L’écologie est-elle soluble dans la gauche ?

Durée de lecture : 5 minutes

9 septembre 2014 / Gilles Lacan, Franck Laval et Hélène Pelosse

« La gauche a vampirisé l’écologie et ce sont les écologistes qui ont construit la théorie de leur propre servitude ». Gilles Lacan, Franck Laval et Hélène Pelosse estiment que, pour retrouver leur crédibilité, les écologistes doivent « se recentrer sur leurs fondamentaux : un mode de production, de distribution et de consommation compatible avec la sauvegarde de la planète ».


Les Verts sont actuellement divisés entre deux tendances, dotées l’une et l’autre de stratégies sans issue. La première, loyaliste à l’égard du PS, rassemblée autour des groupes parlementaires de l’Assemblée et du Sénat, consacre l’essentiel de ses efforts à revenir au gouvernement et, dans cet espoir, à tenter de lui sauver la mise, en cautionnant l’une des politiques écologiques les plus médiocres que la France ait connues depuis longtemps.

La seconde, plus critique, dominante dans les instances officielles du parti, cherche l’alliance avec les communistes et la gauche socialiste, pour constituer une improbable majorité alternative, à la gauche de la gauche, sans avoir pris conscience du basculement à droite de la société française, presque aussi manifeste que la fonte de la banquise arctique.

Un abandon de la centralité des questions écologiques

Le point commun de ces deux courants est un abandon de la centralité des questions écologiques au profit de considérations d’ordre social, voire sociétal, marquées par la croyance que l’écologie est soluble dans la gauche dont elle ne serait qu’une composante particulière.

Ainsi cela fait plus de deux ans qu’EELV soutient sans piper un gouvernement dont l’objectif majeur et assumé est de créer des emplois par la croissance, alors que depuis le rapport Meadows (1972), la pensée écologique est dominée par la question centrale des limites de la croissance.

Ainsi le principal mérite des écologistes au gouvernement serait d’avoir fait voter « une des véritables lois de gauche de ce mandat » [sur le logement, NDLR] (ce qui n’est sans doute pas faux), alors que les responsables écologistes sont a priori attendus, même dans un autre secteur que celui de l’environnement, sur la dimension écologique de leur action.

La gauche a vampirisé l’écologie

Chacun le sait, la mauvaise monnaie chasse la bonne et l’on ne peut servir deux maîtres à la fois… La gauche a vampirisé l’écologie et ce sont les écologistes qui ont construit la théorie de leur propre servitude. Une première justification est couramment avancée selon laquelle le partage, qui est au cœur de l’idéologie de gauche, ferait aussi partie des paradigmes de l’écologie.

Un second argument, d’ordre économique, s’appuie sur l’idée que la transition vers la société écologique nécessite de lourds investissements publics, que la gauche pourrait rendre plus indolores en recourant au déficit public et à la création monétaire.

La relation entre l’écologie et le partage relève de la morale, la réalité n’infirmant ni ne confirmant un tel rapprochement. On n’évoquera pas les sociétés hiérarchisées du passé, parfaitement insérées dans leurs écosystèmes, dès lors qu’il s’agit de sociétés pré-capitalistes.

Mais aujourd’hui, s’il est vrai que les sociétés égalitaires du nord de l’Europe sont aussi parmi les plus soucieuses de la protection de la nature, les progrès environnementaux accomplis dans la Californie conservatrice de Schwarzenegger, notamment en matière de gestion des déchets et de lutte contre la pollution de l’air, sont certainement plus encourageants que le désastre écologique où s’abîme le Venezuela partageux de Chávez.

Transition écologique et rigueur budgétaire doivent être menées de front

Quant à la nécessité d’accroître le déficit public pour financer la transition énergétique, il faut avoir la foi keynésienne chevillée au corps pour répéter de tels mantras. Depuis quarante ans que les gouvernements, de gauche comme de droite, présentent des budgets en déficit, cela n’a jamais favorisé quelque transition énergétique que ce soit mais seulement permis de maintenir à un niveau irréaliste les dépenses d’un Etat « en faillite ».

Les mécanismes imaginés au XXe siècle pour favoriser la croissance dans un monde en expansion sont devenus inopérants aujourd’hui en raison même des limites physiques de cette croissance, dues à l’épuisement des sols et des ressources naturelles comme à l’accroissement mortifère de la pollution.

Transition écologique et rigueur budgétaire, entendue comme la maîtrise de l’ensemble des dépenses publiques, ne peuvent être menées que de front.

Alliances politiques : seul doit primer le critère écologique

A l’instar de ce qui s’est passé à Villejuif, où la liste EELV a fusionné au second tour des dernières élections municipales avec la liste UMP-UDI, les écologistes doivent reconsidérer leur stratégie, en recouvrant le libre choix de leurs alliances sur le seul critère de l’écologie, en évitant surtout de reproduire demain avec le centre et la droite les erreurs commises hier avec la gauche. Ce n’est pas la gauche ou la droite qu’il faut faire progresser, mais l’écologie !

Ces choix seront difficiles car, contrairement à ce que l’on pouvait penser il y a encore dix ou quinze ans, le temps ne joue pas nécessairement pour l’écologie. En période de crise, la tentation est grande de privilégier le court terme.

Pour retrouver la crédibilité qu’ils ont fini par perdre, pour être audibles du peuple et se faire entendre de leurs partenaires, les écologistes doivent se recentrer sur leurs fondamentaux : un mode de production, de distribution et de consommation, à commencer sans doute par l’agriculture, compatible avec la sauvegarde de la planète. Mais, sur ce terrain, ils doivent se montrer plus exigeants.



Source : Mediapart

Gilles Lacan, Franck Laval et Hélène Pelosse sont membres du Vert libre, association rassemblant des écologistes sans distinction d’appartenance politique et privilégiant la défense de l’environnement sur toute autre considération.

Photo : EELV 13e

Lire aussi : Il faut transformer le « parti invisible » en une force politique remplaçant le PS

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