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L’écologie et la justice sociale doivent être les carburants du XXIe siècle

16 novembre 2018 / Benoît Hamon

Le mécontentement autour du prix du carburant révèle l’absence de stratégie du gouvernement, explique l’auteur de cette tribune. Qui fait des propositions afin d’atteindre l’objectif d’une économie décarbonée en 2050.

Benoît Hamon est fondateur du mouvement Génération.s et ancien ministre.

Benoît Hamon.

À l’approche de la COP24 qui réunira à Katowice, en Pologne, début décembre les pays signataires de l’Accord de Paris pour préciser leurs engagements, la question de l’augmentation du prix des carburants à la pompe s’est invitée brutalement dans le débat public français. Elle nous met face à nos responsabilités et révèle les contradictions du défaut de stratégie du gouvernement qui ne sont plus soutenables.

Le changement de modèle de société auquel nous aspirons conjugue les enjeux sociaux, écologiques et démocratiques. Nous proposons une trajectoire et un projet positif qui permette à la France, cinquième puissance mondiale, pays des Lumières et patrie des droits de l’Homme, d’engager toute entière ses forces vives, étudiant.e.s, chercheur.e.s, citoyen.ne.s, associations, entreprises vers un objectif clair : une économie entièrement décarbonée en 2050. Ce scénario existe, pourquoi attendre pour mettre en œuvre une stratégie ambitieuse, redistributive, innovante, créatrice d’emplois qui améliore la santé, la prospérité des citoyen.ne.s et contribue significativement à la réduction des émissions de CO2 ? Nous pouvons déjà développer les énergies renouvelables, l’économie circulaire, les mobilités propres, la construction et la rénovation de l’habitat, un autre modèle agricole… Les acteurs et actrices sont prêt.e.s partout dans les territoires, nous pouvons agir.

Car aujourd’hui les beaux discours ne suffisent plus et les décisions récentes ont fini d’exaspérer celles et ceux qui voient fondre leur pouvoir d’achat aussi vite que la banquise, sans alternative. Le sentiment d’injustice qu’elles provoquent, la colère est largement partagée autour d’un constat. Les efforts sont toujours demandés aux mêmes, aux plus fragiles, qui ne doivent pas se plaindre pendant que les plus riches ne payent même plus l’impôt sur la fortune. Non seulement c’est injuste mais c’est inefficace.

Arrêter de succomber aux sirènes des lobbies pétroliers

Or, c’est sur cette inquiétude que viennent se greffer tous les populismes. Le cynisme du moment, le « mentir vrai » récurrent du Président, dont les actes s’éloignent toujours plus des discours, est le ferment d’une désespérance dont les nationalismes ont toujours su s’emparer. À la spirale infernale de l’austérité, des inégalités, des replis identitaires et des conflits, nous opposons un projet positif, des solutions concrètes qui (re)donnent du sens, de la cohésion et de l’espoir. Une politique de transition repose sur plusieurs piliers simultanément pour partager les efforts et coordonner les actions. En France, une partie des mesures est déjà connue, notamment sur la fiscalité, car engager seules des augmentations sur le diesel pour les automobilistes qui n’ont pas d’autre choix sans offrir d’alternative ne peut aboutir qu’à une impasse. Nous pouvons proposer ponctuellement des compensations pour aider les plus touchés mais surtout investir et proposer une TVA réduite à 5,5 % sur les transports en commun et les véhicules propres. Certaines suppressions d’exonérations fiscales sur le kérosène des avions ou le fioul lourd des bateaux de croisière et des porte-containers, les poids lourds, ainsi que les taxes des grands opérateurs et plus globalement ceux qui font des bénéfices insolents avec les énergies fossiles permettraient d’équilibrer les efforts. Et arrêter de succomber aux sirènes des lobbies pétroliers en dénonçant l’absurdité du système anti-écologique qui permet par exemple à Total, leader dans l’extraction des ressources fossiles, de bénéficier du crédit d’impôt dont une grande part vient de la recette de la contribution climat-énergie (CCE) [la « taxe carbone »] ! Celle-ci et toute la fiscalité écologique doit être (re)affectée à 100 % (et non à 20 % actuellement) à la transition écologique et sociale, en partie par redistribution, en partie pour permettre d’investir dans les services publics, les lignes de train qui maillent le territoire, les petites gares qui font vivre les bassins de vie, les maternités, les écoles, mais aussi les pistes cyclables, la biodiversité, l’aménagement du territoire… Si nous sommes égaux devant l’impôt aujourd’hui, nous ne le sommes pas devant les services publics.

Nous percevons déjà les conséquences des atteintes de nos sociétés productivistes aux équilibres naturels de la planète qui engendrent pollution, extinction des espèces, écocide et changement climatique dont les ravages, inondations, sécheresses et incendies sont un facteur prépondérant d’exacerbation des tensions et des inégalités dans le monde d’aujourd’hui. Le coût des dégâts et réparations, quand elles sont possibles, est aujourd’hui largement supérieur à ce qui est investi dans la transition.

Pour rechercher la paix, nous savons qu’il faut s’attaquer aux causes. Ce qui est valable pour la France l’est encore plus pour l’Europe. Face au péril populiste et à l’impasse libérale, relevons la tête et portons l’espoir, repartons des idées. L’écologie et la justice climatique, la justice sociale, la solidarité, la transformation numérique, la démocratie et le désir de construire l’Europe sont les carburants du XXIe siècle sur lesquels nous construirons un nouveau modèle de société pour les générations à venir.




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Lire aussi : Benoît Hamon : « La gauche doit se saisir de la révolution numérique pour en faire un progrès social et humain »

Source : Courriel à Reporterre

Photos :
. chapô : Pxhere (CC0)
. portrait : © Julie Rochereau/Reporterre

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

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