L’écologie n’est pas punitive, mais libératrice

Durée de lecture : 4 minutes

17 juillet 2020 / William Clapier



Alors que les questions écologiques occupent une place centrale du débat politique, ses détracteurs caricaturent un « autoritarisme vert » ou encore des « élucubrations écototalitaires ». L’auteur de cette tribune s’attache à prendre le contrepied de ces expressions à l’emporte-pièce.

Essayiste, William Clapier vient de publier Effondrement ou révolution ? au Passeur éditeur.


Alors que la Convention citoyenne pour le climat a publié ses propositions et que l’aggravation de la crise socioécologique pousse la société civile vers l’urgence d’un changement « d’imaginaire culturel » et de mode de vie, des voix affirment leur opposition, dénonçant les dérives d’un « autoritarisme vert » ou les « élucubrations écototalitaires ».

Le saut civilisationnel auquel nous appelle la crise socioenvironnementale ne relève en aucun cas d’une répression des attentes fondamentales de l’être humain. Guide sur les voies de la résilience sociétale, l’écologie communique une attitude respectueuse et empathique à l’égard du vivant, initie à l’intelligence de ses écosystèmes et prédispose à l’émerveillement de son mystère. Compétente en sciences de la nature et protectrice du vivant, l’écologie est enseignante de vie, non pas une mère fouettarde. Son bon sens nous dissuade de rester complices d’une trajectoire suicidaire. Elle nous alerte sur les conséquences écocides de l’actuel système extractiviste-productiviste-consumériste, qui tourmentent l’humanité de maux toujours plus dévastateurs.

Ceux qui dénigrent l’écologie en la réduisant à une entreprise coercitive rejettent les exigences concrètes du nécessaire changement à opérer 

Que veulent dire alors celles et ceux qui sont rétifs aux communications du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) et assimilent les sympathisants de l’écologie à de nouveaux « Khmers verts » ? L’écologie serait-elle « punitive » parce qu’elle nous convierait à quitter un mode de vie insoutenable pour la planète, à modifier nos comportements consuméristes et à valider une politique alternative ? Serait-elle « punitive » parce qu’elle nous ouvre les yeux sur la « dépollution intérieure » à réaliser en soi ? Serait-elle moralisatrice parce que révélatrice de nos dérives écocides et autres irresponsabilités quotidiennes ? Autant dire que l’interdiction de fumer dans les lieux publics est « punitive ». Tout comme celle de jeter détritus et autres déchets sur les plages, dans les lieux publics et privés. Que le gaspillage, la pollution et l’accumulation de richesses superflues ne sont pas des formes de violence infligées au vivant et à la vie sociale.

En réalité, ceux qui dénigrent l’écologie en la réduisant à une entreprise coercitive rejettent les exigences concrètes du nécessaire changement à opérer pour résoudre la mégacrise environnementale dans laquelle nous sommes plongés. Le drame écologique n’est autre que le miroir de ce que nous infligeons à la planète et à nous-mêmes.

Voudra-t-on taire ou relativiser cette réalité parce qu’elle dérange et remet en question nos modes de vie 

Nullement punitive ni liberticide, l’écologie responsabilise chacun pour devenir pleinement et collectivement humain. L’humanisation de notre être est un chemin personnel qui ne peut s’effectuer sans être solidaire de tous. De mes proches les plus proches ; et de mes proches en humanité les plus éloignés géographiquement. En particulier ceux qui subissent de plein fouet la crise socioenvironnementale, avec les prémices d’un exode climatique souvent tragique, l’extraction effrénée des richesses de leurs sous-sols dans des conditions de travail sordides pour inonder nos grandes surfaces commerciales de smartphones et autres articles high-tech. Leurs terres étant aussi la poubelle de nos déchets plastiques et autres produits dégradés.

Voudra-t-on taire ou relativiser cette réalité parce qu’elle dérange et remet en question nos modes de vie ? Les oreilles de notre cœur peuvent-elles rester sourdes aux détresses humaines et non humaines provoquées par les errements géocides du paradigme consumériste de nos sociétés « occidentalisées » ? L’écologie ne peut pas être « punitive ». Ce sont les décisions dites de « transition écologique » qui le sont lorsqu’elles sont socialement injustes, dépourvues de mesures d’accompagnement pour les plus démunis.

La mutation socioécologique à laquelle nous sommes appelés est un processus intérieur animé d’une conscience universelle. Gratifiant, l’engagement proécologique peut être le transformateur sociétal, l’aiguillon éthique et spirituel dont notre humanité a prioritairement besoin si elle aspire encore à un avenir durable et désirable. En définitive, loin d’être répressive, l’écologie éveille à une démarche régénératrice de notre unique habitat commun parce qu’elle responsabilise et encourage à agir, solidaire de tout humain et de tout être vivant. Comment douter qu’il y ait urgence à sa mise en œuvre ?





Source : Courriel à Reporterre

Dessin © Sanaga/Reporterre

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

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