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En bref — Forêts

L’homme dans l’arbre, Thomas Brail, en grève de la faim contre les coupes rases

Thomas Brail dans un platane près de la tour Eiffel à Paris, le 1ᵉʳ juin 2022.

C’est une décision lourde qu’il juge nécessaire. Après avoir passé une semaine accroché à un arbre sur le Champ de Mars, à Paris, le grimpeur arboriste Thomas Brail a entamé une grève de la faim samedi 4 juin.

Depuis une semaine, l’action du porte-parole du Groupe national de surveillance des arbres (GNSA) a déjà eu un retentissement médiatique important. Il s’est perché dans une tente à une dizaine de mètres de hauteur au pied de la Tour Eiffel pour dénoncer l’état des forêts françaises et leur industrialisation. Il exige l’arrêt des coupes rases et demande une révision de l’article L350-3 du Code de l’environnement. Ce texte censé protéger les arbres d’alignement en ville et sur les bords des routes a vu sa portée amoindrie par la loi 4 D votée l’été dernier par la majorité macronienne.

Thomas Brail interpelle la Première ministre Élisabeth Borne chargée de la planification écologique. Il l’avait déjà rencontrée lorsqu’elle était ministre de la Transition écologique, en 2019. À l’époque, il était resté 28 jours dans un platane devant le ministère pour protester contre des coupes abusives dans le sud de la France. Élisabeth Borne avait promis d’avancer sur la protection des arbres, y compris par un tweet de félicitation à Thomas Brail. Depuis, rien n’a été fait.

« J’ai l’impression de revivre la même aventure qu’en 2019, affirme Thomas Brail dans une vidéo enregistrée samedi. C’est une triste décision que j’ai pris ce matin, ajoute-t-il mais c’est la seule qui permettra de faire avancer les choses ». Le grimpeur arboriste a déjà reçu le soutien de plusieurs associations dont France Nature Environnement Paris.

Il a confié à Reporterre le texte que nous publions ci-dessous :

« Perché à 14 mètres dans ma chrysalide, je cherche inlassablement le moyen d’alerter le monde.

Je peine à sortir de ce duvet chaud et protecteur pour aller m’offrir au regard des passants.

Chaque matin au réveil, je regarde la photo d’école de mon fils dans ce cadre accroché en face de moi. Je fais cela pour la nature et les arbres qui périclitent mais je fais cela avant tout pour lui.

L’action que je mène à Paris dans ce platane bicentenaire est mûrement réfléchie. Personne ne met sa vie en danger par plaisir et ne laisse son fils avec joie.

Combien sommes-nous vraiment à avoir pris conscience du mur qui nous attend ?

À chaque passage au pied de mon arbre, tout le monde lève un pouce en l’air, oscille la tête ou applaudit en approbation de cette grève de la faim que j’ai initiée il y a trois jours maintenant. Je sais au fond de moi que cela ne suffira pas si chacun d’entre nous ne prend pas la mesure du désastre annoncé.

Je suis ici pour les forêts que l’on maltraite, pour les arbres des villes et villages que l’on abat en toute impunité. Je suis ici pour vous et vos enfants, loin de ma campagne.

Je ne suis pas le seul à le dire mais nous sommes trop peu à agir.
Je me chauffe au bois, j’ai utilisé du bois pour la construction de ma maison et nous aurons toujours besoin de cette ressource.

Depuis la nuit des temps l’homme l’utilise mais depuis la nuit des temps l’homme l’a extraite des forêts avec respect et conscience. L’industrialisation n’est pas un modèle viable, elle est destructrice et n’est certainement pas la solution si nous ne voulons pas que cette planète devienne un four. Nous devons toujours garder un couvert végétal pour garder une humidité constante.

Je ne suis ni militant, ni activiste, ni quoi que ce soit.
Je suis papa d’un petit garçon de quatre ans et demi et j’ai une petite entreprise en lien avec les arbres. En somme je suis comme vous.

C’est pourquoi je veux m’adresser à toutes celles et ceux qui veulent agir maintenant.
Je vous le dis clairement : n’attendez plus.

Regardez s’il vous plaît vos enfants dans les yeux ou regardez tout simplement cette nature qui nous entoure et trouvez cette force et ce courage de sauver ce qu’il reste à sauver.
Aidez-moi, aidez-vous. »

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