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Luttes

LGV Bordeaux-Toulouse : elles défendent un chêne et finissent au tribunal

Mobilisation de militants opposés à l'autoroute A69 et à la LGV Toulouse-Bordeaux lors du procès sur le fond du dossier A69, le 25 novembre 2024.

Le 4 novembre, trois opposantes au grand projet ferroviaire du Sud-Ouest comparaissaient à Toulouse pour des faits de violences et pour avoir occupé des arbres. Elles voulaient empêcher l’abattage d’un chêne bicentenaire.

Toulouse (Haute-Garonne), reportage

« S’opposer à la LGV, ce n’est pas s’opposer au train. C’est s’opposer à un désastre écologique et social, qui détruit 5 000 hectares de terres, soit l’équivalent d’une douzaine d’A69. » Accompagnée par une cinquantaine de soutiens, Léa est entrée au tribunal judiciaire de Toulouse, mardi 4 novembre aux alentours de 14 heures.

Comme deux autres opposantes à la ligne à grande vitesse Bordeaux-Toulouse, elle comparaissait libre devant les juges pour des faits d’occupation, de dégradations et de violences sur une personne dépositaire de l’autorité publique. Le parquet requiert 140 heures de travaux d’intérêt général et 1 000 euros d’amende avec sursis pour refus de prélèvement ADN pour deux des trois opposantes, ainsi que des peines d’inéligibilité et d’interdiction de territoire en Haute-Garonne de deux à trois ans, avec exécution provisoire pour les trois prévenues. Le délibéré se tiendra le 4 décembre.

Le chêne sur lequel les militantes ont voulu grimpé pour le protéger contre l’abattage était marqué «  grand capricorne  » et «  chauve-souris  », ici à Saint-Jory, le 6 novembre 2024, déjà occupé à l’époque par des écureuils. © Antoine Berlioz / Hans Lucas / Reporterre

Les faits qui leur sont reprochés se sont déroulés le 29 août à Saint-Jory, au nord de Toulouse. Un peu avant 5 heures du matin, un groupe d’opposants, dont faisaient partie les trois prévenues, a tenté de s’approcher et de grimper à un chêne qui devait être abattu par la SNCF dans le cadre de travaux préparatoires à la LGV menés dans le secteur.

Saint-Jory est un lieu central de l’opposition à la LGV, puisque la zad de la « Guinguette vaillante », installée sur les bords de la Garonne au nord de la commune, permettait jusqu’à peu de visibiliser cette lutte.

Une action « symbolique »

Alertée par un système d’alarme posé sur place, la gendarmerie est rapidement arrivée sur les lieux avant d’interpeller les trois opposantes et de constater qu’une partie du barbelé posé autour du chêne avait été sectionnée. L’un des gendarmes a affirmé qu’une des opposantes lui a « sauté dessus » au moment de son interpellation, pour tenter de reprendre le téléphone qu’il lui avait subtilisé.

Face à la présidente du tribunal, les trois opposantes ont expliqué sans détour leur action. « Notre objectif, c’était de monter dans ce chêne bicentenaire pour éviter sa coupe. C’était symbolique, pour alerter les médias et les habitants de Saint-Jory sur ce qu’il se passe ici. On a eu raison, puisque le chêne a été abattu quelques jours plus tard », précise l’une d’entre elles.

Vue d’un nouveau pont pour le passage de deux lignes supplémentaires de train dans le cadre du chantier de la LGV Toulouse-Bordeaux à Lespinasse, en Haute-Garonne. © Antoine Berlioz / Hans Lucas / Reporterre

Pour revenir sur les faits de violence, la présidente a décidé de visionner la caméra-piéton de l’un des gendarmes présents lors de l’intervention. La salle d’audience, pleine à craquer, a découvert ces images sur un petit écran d’ordinateur. « Le gendarme m’a subtilisé mon téléphone et lisait mes conversations privées, regardait mes photos, a expliqué Léa. Je lui ai dit à plusieurs reprises de verrouiller mon téléphone, que c’était mon intimité. » L’opposante a alors tenté de le verrouiller en le saisissant, avant d’être plaquée au sol. « Connasse, connasse ! » peut-on entendre sur la vidéo.

Absent de la salle, le gendarme au cœur de cette altercation a fait savoir par écrit à la présidente qu’il demandait 800 euros de préjudice moral.

« C’est une consultation au rabais »

Trois témoins ont également défilé à la barre, notamment pour expliquer les raisons de l’opposition à la LGV Bordeaux-Toulouse. « C’est un dossier bâclé, encore pire que celui de l’A69 », affirme Jean Olivier, coprésident des Amis de la Terre Midi-Pyrénées. « En 2014, une enquête publique avait déjà conclu à un avis défavorable pour ce projet, en soulignant la médiocrité du rapport d’étude d’impact. Il n’y a pas eu d’actualisation du bilan carbone depuis onze ans sur ce dossier ! »

Malgré un recours sur le fond déposé en juin 2024, et qui n’a pas encore été jugé, les travaux préparatoires au nord de Toulouse et au sud de Bordeaux ont déjà commencé. Ceux concernant les 220 kilomètres de ligne nouvelle entre les deux villes ne sauraient tarder.

Chantier de construction de deux lignes pour la LGV Toulouse-Bordeaux entre les lignes existantes et le canal du Midi, où se situait plus de 150 chênes et une végétation dense de type ripisylve à Lespinasse, en Haute-Garonne, le 4 novembre 2025. © Antoine Berlioz / Hans Lucas / Reporterre

Une consultation en ligne, largement dénoncée par les opposants, est ouverte depuis le 27 octobre 2025. « C’est une consultation au rabais, affirme Jean Olivier. Sur la forme comme sur le fond, rien ne va. Les pouvoirs publics craignent qu’une nouvelle enquête publique en bonne et due forme pointe une nouvelle fois la médiocrité du dossier. L’État et l’Europe sont déjà en train de revoir leurs financements pour un projet qu’ils jugent fragile. »

Présente en tant que partie civile, SNCF Réseau, par la voix de son avocate, estime à plus de 10 000 euros les dommages pour les barbelés, et à plusieurs dizaines de milliers d’euros les frais liés aux occupations d’arbres.

Dans une lettre transmise à la présidente, où elle justifiait notamment ses actions d’opposition à la LGV, Léa a assuré qu’il ne lui restait « plus grand-chose pour tenter d’alerter et freiner les travaux pour éviter cette politique du fait accompli. Je n’évalue plus nos actions seulement à l’aune de leur efficacité future, mais aussi à celle de leur sincérité et de la dignité qu’elles apportent au présent. »

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