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La Maison des peuples ouverte à Paris XXe a été évacuée par la police

Durée de lecture : 6 minutes

16 novembre 2019 / Laury-Anne Cholez et NnoMan (Reporterre)

La Maison des peuples, installée depuis samedi 16 novembre après-midi dans une ancienne gare de chemin de fer, à l’est de Paris, a été évacuée dimanche après-midi. Gilets jaunes, écolos, militants de multiples fronts de lutte s’étaient unis pour organiser cette occupation. Le lieu symbolise l’opposition d’un quartier populaire à la gentrification.

- Actualisation Lundi 18 novembre 2019 - 10 h 30 - Pour lire un récit plus détaillé sur l’installation et l’évacuation de la Maison des peuples ainsi que sur la journée de mobilisation des Gilets jaunes, cliquez-ici.

- Actualisation Dimanche 17 novembre 2019 - 19 h - La Maison des peuples a été évacuée par la police dimanche à partir de 16 h. Récit complet (ainsi que des manifestations parisiennes de samedi) dans Reporterre demain lundi.


- Paris, reportage (samedi 16 novembre au soir

La première « Maison des peuples » s’est ouverte à Paris samedi 16 novembre au 102 bis rue de Bagnolet, dans le XXe arrondissement vers 15 h. Alors que les affrontements entre Gilets jaunes et forces de police faisaient rage depuis midi place d’Italie, des militants ont décidé d’ouvrir cette Maison des peuples dans une ancienne salle de concerts appelée La Flèche d’or.

Celle-ci était vide depuis deux ans. L’occupation a été préparée depuis quelques semaines par un collectif de 23 groupes représentant des Gilets jaunes, des écologistes, des militants pour l’accueil des migrants, militants queer, des mal-logés, etc. Le but était de marquer le premier anniversaire de la révolte des Gilets jaunes avec l’inauguration de cette maison qui a vocation à rester ouverte et accueillante.

Quand les journalistes de Reporterre sont arrivés vers 15 h, une quarantaine de personnes préparaient l’occupation en déchargeant des vivres, des matelas et quelques ustensiles pour la vie quotidienne (cuisine et hygiène). Selon Loïc Canitrot, de la compagne de théâtre Jolie Môme, investi dans ce collectif, « l’idée est d’avoir un lieu ouvert pour se retrouver, discuter et s’organiser ensemble à l’abri des violences et des oppressions. Tout le monde est invité à nous rejoindre. »

Comme le lieu était habité depuis plus de 48 h, il n’est en principe pas expulsable sans une décision de justice. Un représentant de la société propriétaire du lieu, Keystone Fleche, venu en début de soirée, a indiqué à Reporterre qu’un huissier allait venir « constater l’occupation illicite des lieux ». Il a pris rendez-vous lundi matin avec des membres du collectif.

Aux alentours de 19 h, plusieurs centaines de personnes étaient déjà présentes. Une première assemblée générale s’est tenue. Les principes qui guident le collectif organisateur ont été présentés : anticapitalisme, antiracisme et antisexisme. Plusieurs commissions ont été constituées : communication, animation, logistique et accueil.

Les activités s’organisaient dans une atmosphère chaleureuse, avec un Infokiosque et une cantine à prix libre.

Plusieurs dizaines de personnes devaient dormir dans le lieu pour commencer l’occupation durable.

Un des aspects de la Maison des peuples est aussi de lutter contre l’embourgoisement du quartier. Le site de La Flèche d’or a en effet été racheté par la filiale Keystone Flèche, filiale d’un grand groupe d’investissement international, Keys AM, qui présente La Flèche d’or parmi ses actifs.

En fait, le site est une ancienne gare de la ligne de la Petite ceinture. « Elle était utilisée tous les jours par les travailleurs et les ouvriers du quartier », dit une membre de la commission communication. « Cette privatisation est en fait l’appropriation d’un bien commun qui pourrait être utilisé au bénéfice de tous. » En face de La Maison des peuples se trouve le Mama Shelter, un hôtel de luxe appartenant à Keys Am et au groupe Accor. L’installation de la Maison du peuple pose ainsi un défi contre la gentrification d’un quartier encore populaire de Paris, mais dont sont peu à peu chassés les moins fortunés.


Le tract des initiateurs de la Maison des peuples

Voici le texte du communiqué recueilli sur place par les journalistes de Reporterre :

« Rejoignez-nous dès maintenant au 102 bis rue de Bagnolet, à Paris.

La Maison des peuples (anciennement Flèche d’or) ouvre ses portes et vous attend.

Pour partager le "banquet de l’Élysée", pour discuter, nous remettre de cette journée de manifestations, pour faire un bilan de ce jour, ces semaines et cet an de mobilisations... et surtout préparer les jours, les semaines qui viennent !

Pensez à apporter un matelas + duvet, une eco-cup, des provisions pour le banquet et toute votre bonne humeur !

Parmi les premiers arrivés vous attendent déjà... les Gilets Jaunes Rungis IDF, Gilets jaunes de Pantin, Extinction Rebellion Ile de France/Paris, la Fanfare Invisible, Plein le dos, CLAQ (Comité de Libération et d’Autonomie Queer), Désobéissance Ecolo Paris, Droit au logement, Assemblée citoyenne des Gilets jaunes de la Plaine Saint Denis, Radiaction, Youth For Climate Paris, Ce jaunes de Montreuil, Attac France, Gilets Jaunes place des fêtes...

A partir de ces 16 et 17 novembre, nous, Gilets jaunes, militant.es écologistes, accueillant.es de migrant.es, transpédégouines, mal-logé.es, soignant.es aménageons en Maison Des Peuples l’ancienne flèche d’or, 102 rue de Bagnolet à Paris.

Cet espace vide depuis deux ans - alors que tant de personnes dorment à la rue-, mais habité depuis plusieurs jours maintenant, va trouver une utilité auprès des collectifs, des mobilisations, des Parisien.n.e.s, des banlieusard.e.s et de celleux venus de beaucoup plus loin qui ont besoin d’espaces pour réfléchir, discuter, organiser et agir ensemble.

Ces derniers mois nous nous sommes rencontré.e.s dans les luttes. Chacun.e est arrivé avec ses thématiques et ses pratiques, nous sommes tout.e.s reparti.es avec la conviction que nous sommes complémentaires et enrichi.es par ces rencontres.

Les violences, les oppressions, les menaces qui nous touchent ont en commun d’être les conséquences directes d’une capitalisme de plus en plus autoritaire.

Nous voyons ce système prêt à abandonner ses apparences démocratiques, à éliminer ou corrompre ce qu’il présentait autrefois domme des contre-pouvoirs. Obsédé par le profit, il a renoncé depuis longtemps à préserver un avenir pour les plueples, pour les espèces vivantes, y compris peut-être pour lui–même…

Nous cessons de vouloir le raisonner et construisons nos propres laboratoires, accueillants et inventifs, pour créer des rapports respectueux, dénués d’exploitation , privilégiant l’intelligence collective, les diversité culturelles, la justice, l’éducation populaire, la prise en compte de la globalité du Monde et toute démarches privilégiant la construction commune à long terme.

Parce que nos gilets ont jaunes, noirs, verts, rouges, oranges, violets… ou parce que nous sommes sans-gilet, nous invitons tous les peuples, en réflexion, en expression et en action. Cette Maison des peuples est une action parmi d’innombrables initiatives qui fleurissent partout dans le pays et dans le monde.

Venez nous rejoindre et participez. Notre rêve est reconductible et ne manquera pas de s’enrichir des mobilisations syndicales du mois de décembre. On construit et on lutte tous.tes ensemble ! »


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Lire aussi : Les Gilets jaunes ont forcé la mue sociale du mouvement écologiste

Source : Laury-Anne Cholez, avec Hervé Kempf, pour Reporterre

Photos : © NnoMan/Reporterre

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