« La concentration d’ozone à Paris a augmenté de 90 % en vingt ans »

25 juillet 2018 / Entretien avec Patrick Garnousi

L’association de surveillance de la qualité de l’air en Île-de-France Airparif a annoncé un pic de pollution à l’ozone qui devrait durer jusqu’à jeudi 25 juillet au moins. Comment naît un pic d’ozone ? Quelle est la dangerosité de ce gaz ? Comment faire pour s’en prémunir ? Reporterre s’est entretenu avec un spécialiste.

Patrick Garnousi est prévisionniste chez Airparif.


Reporterre — Comment se forme un pic d’ozone ?

Patrick Garnousi — L’ozone troposphérique [situé dans les basses couches de l’atmosphère] est un polluant estival à grande échelle. Il provient de la transformation de l’oxyde d’azote, produit par les activités humaines comme le trafic urbain ou les industries. Cette production a souvent lieu tôt le matin, quand les habitants des villes partent travailler. Au cours de la journée, avec l’augmentation des températures et de l’ensoleillement, l’oxyde d’azote accomplit ce qu’on appelle une transformation photochimique et devient de l’ozone. Les COV (composés organiques volatiles) comme les solvants des peintures ou les émissions des deux roues sont des catalyseurs de cette réaction chimique, ils l’accélèrent et la facilitent. S’il fait très chaud et très beau pendant plusieurs jours et que, en plus de cela, il y a peu de vent, comme en ce moment, l’ozone s’accumule dans l’atmosphère et on atteint des niveaux inquiétants : cela donne un pic.



Y a-t-il une augmentation des pics d’ozone au fil des années ?

Notre bilan pour l’année 2017 montre qu’il y a eu une augmentation nette des niveaux moyens annuels d’ozone dans l’agglomération parisienne : + 90 % entre 1995 et 2017. On est passé de 20 microgrammes par mètre cube d’air à 38 microgrammes. Et c’est une hausse que nous avons constaté non seulement en France mais aussi dans toute l’Europe. La raison en est sûrement que, dans tout l’hémisphère Nord, on produit de plus en plus de gaz précurseurs de l’ozone, comme l’oxyde d’azote et les COV.



Peut-on aussi faire un lien avec le changement climatique ?

Effectivement, si, à l’avenir, les canicules sont plus nombreuses — des épisodes de fortes chaleurs avec un fort ensoleillement et peu de vent —, il est possible qu’il y ait de plus en plus de pics d’ozone.



Quels sont les effets de ces pics sur la santé ?

C’est un gaz irritant qui peut provoquer une gêne quand il circule dans les poumons. À forte concentration, il peut donc déclencher des problèmes respiratoires, voire une diminution des fonctions pulmonaires. D’ailleurs, il est particulièrement dangereux pour les publics sensibles comme les personnes asthmatiques, âgées ou les enfants. Un rapport de l’OMS [l’Organisation mondiale de la santé] publié en 2013 affirme qu’il peut ainsi affecter la croissance et le développement de leurs fonctions pulmonaires. Mais l’ozone a aussi des conséquences sur la nature puisqu’il est corrosif. Ainsi, on a constaté une nécrose des feuilles et des végétaux, ce qui peut provoquer par exemple une baisse des rendements en blé.



Aujourd’hui, que peut-on faire pour s’en protéger ?

On recommande surtout aux habitants d’éviter les efforts physiques au plus fort du pic, c’est-à-dire de 15 h à 19 h. L’idée est de limiter au maximum son exposition. Mais ça ne veut pas dire qu’il faut rester confiné chez soi. Il est très important de continuer à aérer sa maison car les polluants s’accumulent plus à l’intérieur, dans un espace clos, qu’à l’extérieur. C’est le cas notamment des COV, contenus dans la peinture des murs ou la colle des meubles. Le mieux est d’ouvrir ses fenêtres plutôt le matin et le soir, quand le niveau d’ozone est au plus bas.



Quelles sont vos prévisions pour le reste de la semaine ?

Pour aujourd’hui et demain [mercredi 25 et jeudi 26 juillet], on attend encore des niveaux très soutenus en Île-de-France. Pour le reste de la semaine, il est difficile de prévoir avec certitude car la production d’ozone dépend fortement de la météo, et notamment de l’ensoleillement. Cependant, si de fortes chaleurs, du beau temps et peu de vent sont prévus, c’est plutôt mauvais signe car ce sont les conditions idéales pour la fabrication d’ozone… Le problème, c’est que ce polluant va s’accumuler de jour en jour et risque donc de s’étendre à d’autres régions proches de l’Île-de-France, comme la Bourgogne ou les les Hauts-de-France.

  • Propos recueillis par Mathilde Bouquerel


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Lire aussi : Le pic de pollution cache la permanence de la pollution de l’air

Source : Mathilde Bouquerel pour Reporterre

Photo :
. chapô : Paris, comme d’autres villes française, connaît un pic de pollution à l’ozone depuis lundi 23 juillet. Mairie de Paris via Twitter

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