La faillite de la classe dirigeante

Durée de lecture : 2 minutes

9 novembre 2016 / Hervé Kempf

On ne peut s’empêcher de prendre la victoire de M. Trump comme une claque immense aux classes dirigeantes. Il est vulgaire, sexiste, raciste, climato-sceptique, oui. Il est dangereux, oui. Il est un milliardaire qui méprise profondément les pauvres, oui. Il a une attitude effrayante à l’égard de l’environnement, oui.

Mais si M. Trump a gagné, c’est, que cela plaise ou non, parce qu’il a su parler à une large partie des « petites gens ». Exprimer leur rejet de l’establishment oligarchique qui se partage le pouvoir politique à Washington et le pouvoir financier à Wall Street. Exprimer leur ras-le-bol d’une « globalisation » qui se fait à leur détriment. Exprimer leur malaise dans un monde qu’ils ne comprennent plus.

Et surtout, si Trump a gagné, c’est parce que la pseudo-gauche aux ordres de, ou fondue dans, la finance a mis tout son poids contre le seul qui aurait pu le battre, Bernie Sanders. Celui-ci était le candidat qui parlait au peuple et aux jeunes, mais pour leur proposer un avenir où la justice et l’écologie seraient les maîtres-mots, un avenir où l’on reprendrait le contrôle des marchés financiers.

Pour les classes dirigeantes, il représentait le véritable danger. Il fallait l’éliminer. Et Mme Clinton a bénéficié d’un appui éhonté du Parti démocrate qui, abandonnant toute équité, a mis son poids derrière elle pour évincer le rival Bernie Sanders. Hillary Clinton est très intimement liée à la firme Goldman Sachs, une des principales banques de Wall Street largement responsable de la crise financière de 2008. Et Mme Clinton avait un budget de campagne nettement supérieur à celui de M. Trump.

Nous sommes coincés entre des politiciens d’extrême-droite à la Trump et une classe dirigeante corrompue et autoritaire. Si la France et l’Europe veulent ne pas connaître le sort de cette Amérique qui sombre, il est urgent de changer de cap : en finir avec les politiques néo-libérales, réduire les inégalités, orienter l’économie vers une écologie créatrice d’emplois.


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Source : Hervé Kempf pour Reporterre

Photo : New York Times

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