La pression pétrolière s’accroit sur l’Arctique, fragilisé par le changement climatique

Durée de lecture : 5 minutes

27 novembre 2013 / Barnabé Binctin (Reporterre)



L’océan arctique est doublement victime du changement climatique : sa banquise fond et son écosystème se transforme. Devenant ainsi plus accessible, il est menacé par les compagnies pétrolières qui voudraient exploiter ses ressources. Mais elles sont encore peu présentes : il reste possible de les empêcher de venir.


En grec ancien, « árktos » veut dire ours. Si le nom Arctique est d’abord une référence aux constellations de la Grande Ours et de la Petite Ours qui irradient près du pôle Nord céleste, l’imaginaire collectif l’associera plutôt à l’ours polaire, animal emblématique de la banquise. L’ours blanc est aujourd’hui menacé, comme est vulnérable son habitat de la région Arctique.

Quelles menaces pèsent sur l’Arctique ? La région souffre en premier lieu du réchauffement climatique. Considéré par les scientifiques comme un indicateur précis des variations climatiques à l’échelle de la planète, l’Arctique a vu ses températures moyennes augmenter deux fois plus vite que le reste du monde selon le Programme de surveillance et d’évaluation de l’Arctique, un groupe de travail du Conseil de l’Arctique. Leur rapport Arctic Impact Climate Assessment, paru en 2004, révèle que l’évolution climatique actuelle dans cette région est la plus sévère de la planète, et estime que ces changements de températures devraient s’accélérer.

Ces changements climatiques se traduisent par la fonte des glaces et la disparition progressive du pergélisol, ce sol gelé pendant au moins deux ans qui constitue une partie de l’horizon arctique. Or ces deux conséquences amplifient le réchauffement climatique. C’est le concept d’ « amplification polaire du changement climatique », explique Anne-Marie Tréguier, chercheuse au Laboratoire de physique des océans d’Ifremer : « La fonte des glaces diminue l’albédo, qui est la manière dont un corps reflète la lumière. La glace blanche renvoie normalement le rayonnement solaire vers l’atmosphère. Si la banquise disparaît, elle découvre l’océan, qui est sombre et qui absorbe le rayonnement solaire. L’océan se réchauffe et contribue d’autant plus à la fonte de la banquise, et ainsi de suite. On entre dans un cercle vicieux de réchauffement généralisé ».

La fonte du pergélisol, de son côté, devrait augmenter l’émission de gaz à effet de serre, car il est composé de carbone et de méthane. Une étude parue en 2011 estimait à 1700 milliards de tonnes de carbone le volume contenu dans le pergélisol, soit deux fois plus que le volume actuel dans l’atmosphère.

- Paysage de pergélisol -

Ces bouleversements ont un impact global, car l’Arctique joue un rôle clé dans l’équilibre physique et biologique de la Terre. La commission océanographique internationale considérait ainsi en 2010 que « les processus physiques et biologiques subissent des transformations, tandis que les mécanismes de rétroaction climatiques liés à la dynamique atmosphérique et océanographique en pleine évolution de l’Arctique font sentir leurs effets à l’échelle de toute la planète ».

Parmi eux, une possible modification des courants : « Il est encore trop tôt pour l’affirmer, mais cela est fort probable. La fonte des glaces provoque un apport d’eau douce qui réduit le niveau de salinité et donc de densité, affectant in fine le processus de formation des eaux profondes » explique Pascal Morin, directeur du programme scientifique à l’Institut Polaire Français.

La fonte de la banquise a une autre conséquence : « La région a longtemps été une zone vierge de tout impact anthropique conséquent. Dès lors que la banquise se réduit et que les surfaces océaniques restent libres de glace plus longtemps, elles deviennent de plus en plus accessibles, et plus longtemps, pour les explorations d’hydrocarbures. Et dès qu’on introduit des activités humaines et industrielles, cela perturbe le milieu » poursuit Pascal Morin.

Julien Rochette, chercheur sur les océans et les zones côtières à l’IDDRI, corrobore cette idée. Selon lui, le forage offshore – activité d’extraction pétrolière et gazière en mer – présente des risques environnementaux pour l’écosystème marin à toutes les étapes : « Lors de la phase d’exploration qui vise à évaluer les potentialités de gisement, on envoie de l’air comprimé qui perturbe les espèces marines. De plus, aujourd’hui, les forages réalisés sont de plus en plus profonds, jusqu’à 2 ou 3 km - on parle d’’ultra-profond’. C’est problématique en termes de protection des fonds marins. Et lors de la phase de production, il y a toutes les pollutions chroniques avec déversement de substances dangereuses dans l’écosystème... ».

Le scénario catastrophe réside bien sûr dans l’explosion de la plateforme, provoquant ainsi une marée noire. Celle-ci s’avérerait désastreuse en raison et des très basses températures qui y règnent : « Le temps de réversibilité est plus important avec le froid et les impacts seraient donc plus durables que dans d’autres climats » précise Pascal Morin.

Selon Greenpeace, qui cite un responsable canadien, les solutions manquent en cas de marée noire en Arctique : « Il n’existe, à l’heure actuelle, aucune solution ou méthode qui nous permettrait de récupérer du pétrole en cas de marée noire en Arctique ».

Pourtant, « le risque de marée noire en Arctique existe. Les conditions de forage restent très délicates, et la technologie offshore, particulièrement complexe, est contrôlée par le secteur privé, ce qui est synonyme de manque de transparence à ce niveau. On n’a aucune garantie qu’en cas de problème, les compagnies sauraient faire face » estime Julien Rochette.

- A suivre : Les richesses de l’Arctique suscitent la rivalité des nations riveraines.





Lire aussi : Des semaines en prison pour sauver l’Arctique

Source : Barnabé Binctin pour Reporterre

Photos :
. Ours blanc : Questions critiques
. Bateau : ACIA
. Pergélisol : Fedre.

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