La répression contre les militants anti-Cigéo devant la Cour de cassation

Durée de lecture : 3 minutes

14 novembre 2018



« Peut-on museler l’activité militante, telle est la question qui se pose à vous aujourd’hui. » Devant la Cour de cassation, Maître Guillaume Lécuyer n’a pas mâché ses mots. Ce mercredi 14 novembre, il défendait le pourvoi de cinq militants anti-Cigéo, frappés, dans le cadre d’une instruction pour association de malfaiteurs, d’un contrôle judiciaire très strict, « non nécessaire et disproportionné », a estimé l’avocat, qui en a demandé la levée. Interdiction de se rendre en Meuse, en Haute-Marne, ou sur les communes de Bure et de Saudron, interdiction d’être en contact avec d’autres personnes poursuivies (ainsi notamment qu’avec Me Ambroselli, un des avocats des anti-Cigéo), interdiction de sortir de France sans autorisation.

« Derrière ce mot de contrôle judiciaire, il est question de notre liberté, a expliqué à la presse Angélique, une des requérantes. C’est un casse-tête d’organiser le moindre événement, militant, festif ou autre. » En tant qu’administratrice du réseau Sortir du nucléaire, elle ne peut par exemple plus assister à de nombreuses réunions où elle risquerait de croiser un des autres activistes concernés. « On parle de ma liberté de militer contre un des plus grands projets inutiles, imposés et dangereux actuellement en cours dans l’histoire de l’humanité, a-t-elle insisté. Cigéo, c’est une poubelle nucléaire qui va accueillir 99 % de la radioactivité française enfouie dans le sol. »

À quelques mètres d’elle se trouvait Joël, lui aussi sous contrôle judiciaire. Bien qu’amis de longue date et compagnons de lutte, ils ne peuvent plus se parler, « ni se saluer ni se serrer dans les bras comme nous avons l’habitude de le faire », a précisé Angélique. Sinon ? Le non respect du contrôle judiciaire peut être sévèrement sanctionné par le juge de l’application des peines, notamment avec l’emprisonnement du « fautif ».

Angélique, devant la Cour de cassation, à Paris, le 14 novembre. Joël est au centre, à l’arrière plan (sac à dos rouge).

« C’est aussi ma liberté de vivre mes amitiés avec d’autres militants qui est entravée, a ajouté la militante. C’est un formatage de l’esprit, une autocensure permanente. » Récemment, elle n’a pas pu se rendre à l’enterrement d’un ami, historique de la lutte antinucléaire, là aussi afin de ne pas croiser une des personnes « interdites ».

Devant les juges de la Cour de cassation, Me Lécuyer a fait valoir « des atteintes disproportionnées à la liberté d’expression et d’opinion », occasionnées par cette mesure répressive. « Ce contrôle judiciaire n’était aucunement impératif, a-t-il expliqué, car il n’y avait pas de risques évidents de commission de nouvelles infractions. » Comme le racontait Reporterre, les personnes concernées se voient reprocher des faits de « participation sans arme à un attroupement après sommation de se disperser », de « transports de substances incendiaires », de présence lors d’une manifestation non déclarée, et pour la plupart de « participation à une association de malfaiteurs ». Pour l’avocat, « le contrôle judiciaire vise à mettre à bas la stratégie militante » développée par les opposants à Cigéo, ces « empêcheurs d’enfouir en douce ».

Un avis partagé par Joël : « Entre la présence quotidienne d’un escadron de gendarmerie mobile à Bure et un harcèlement judiciaire qui peu à peu écrème les militants, la lutte contre Cigéo devient de plus en plus difficile, a-t-il raconté. Parmi les mis en examen, il y a plusieurs personnes très investies depuis au moins deux ans, donc ça handicape la lutte. Cette répression très forte a un effet dissuasif, les gens hésitent à venir militer contre Cigéo, car le contexte est dur, effrayant. »

L’avocat général a, sans surprise, balayé ces arguments, arguant que « les interdiction de contact et de territoire ne constituent pas une interdiction de mener une activité sociale et militante ». L’arrêt sera rendu le 28 novembre prochain.

  • Source et photos  : Lorène Lavocat pour Reporterre.




Lire aussi : À Bure, la justice sert à réprimer la lutte contre les déchets nucléaires


25 février 2021
En Haute-Loire, le tribunal autorise la poursuite des travaux destructeurs de la RN88
Lire sur reporterre.net
25 février 2021
119 élus européens dénoncent les failles dans l’évaluation des pesticides
Lire sur reporterre.net
25 février 2021
La France ne respectera pas ses objectifs climat pour 2030 selon une nouvelle étude
Lire sur reporterre.net
25 février 2021
Des jeunes Québécois veulent poursuivre le gouvernement canadien pour inaction climatique
Lire sur reporterre.net
25 février 2021
Pesticides : la justice est saisie pour empêcher le retour des néonicotinoïdes
Lire sur reporterre.net
23 février 2021
Incendie de Rouen : Lubrizol tente d’éviter son procès
Lire sur reporterre.net
23 février 2021
La nouvelle piscine d’entreposage des combustibles usés d’EDF coûtera 1,25 milliard d’euros
Lire sur reporterre.net
23 février 2021
La Zad de Gonesse expulsée
Lire sur reporterre.net
22 février 2021
Israël souillé par une marée noire de grande ampleur
Lire sur reporterre.net
22 février 2021
Origine du Covid : les experts de l’OMS recommandent d’enquêter sur les visons et animaux à fourrure
Lire sur reporterre.net
20 février 2021
Les militants anti-Cigéo enfin libres de vivre normalement
Lire sur reporterre.net
19 février 2021
Le tribunal ordonne l’expulsion de la Zad de Gonesse
Lire sur reporterre.net
19 février 2021
Plan cancer : la santé environnementale marginalisée
Lire sur reporterre.net
18 février 2021
Selon l’OMS, les élevages de visons en Europe représentent un « risque élevé » de propagation du Covid-19
Lire sur reporterre.net
icon-bullhorn*****Sur le vif 18 février 2021
Des résultats positifs en trompe-l’œil pour EDF
Lire sur reporterre.net


DOSSIER    Déchets nucléaires

THEMATIQUE    Libertés
25 février 2021
Barbara Pompili : « Loi Climat : je n’accepterai aucune baisse d’ambition à l’Assemblée nationale »
Entretien
7 janvier 2021
Dans les Alpes, des professionnels renouent avec le savoir-faire de l’écoconstruction
Alternative
21 janvier 2021
Cinq propositions pour sortir la montagne du tout-ski
Tribune


Dans les mêmes dossiers       Déchets nucléaires



Sur les mêmes thèmes       Libertés