« La zone humide de Notre-Dame-des-Landes est un milieu irremplaçable »

Durée de lecture : 2 minutes

4 février 2016 / Entretien avec François de Beaulieu

Le site du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes est « un milieu d’une richesse unique », pourvu d’une grande diversité d’habitats et donc d’animaux et de végétaux. Les Naturalistes en lutte estiment qu’il devrait être classé Natura 2000.

François de Beaulieu est membre du collectif des Naturalistes en lutte.


Reporterre – Pour les Naturalistes en lutte, le site de Notre-Dame-des-Landes pourrait être classé Natura 2000. Pourquoi ?

François de Beaulieu – C’est un milieu d’une richesse unique. Après trois ans de travail de terrain minutieux, nous avons cartographié des habitats naturels remarquables, dont plus de 35 hectares de prairie humide oligotrophe (des prairies pauvres en éléments nutritifs mais très riches en biodiversité). Il y a une grande diversité d’habitats : des mares, des talus... et donc une grande diversité d’animaux et de végétaux. Par exemple, le campagnol amphibie, un petit rongeur devenu peau de chagrin en Loire-Atlantique. Et, côté plantes, la présence de chênes tauzins est tout à fait remarquable. Avec le réchauffement climatique, ce chêne très résistant pourrait bien compenser la disparition de son cousin, le chêne pédonculé, qui ne résiste pas bien à la sécheresse.

Comment expliquer cette richesse ?

C’est une relique précieuse d’une époque précédant la folie destructive du productivisme. Aujourd’hui, le bocage, ce milieu de faible pression humaine, est considéré comme le plus menacé en Europe. En Loire-Atlantique, il a été très abîmé par l’agriculture industrielle. C’est donc exceptionnel de trouver un ensemble aussi vaste et aussi bien préservé. Car le milieu à Notre-Dame-des-Landes est en très bon état, sans doute parce que les paysans locaux ont maintenu des pratiques agricoles peu intensives.

Pourtant, l’étude sur la faune et la flore avait conclu que Notre-Dame-des-Landes constituait un milieu banal...

C’est faux ! Le bureau d’études Biotope [qui a réalisé l’étude d’impact] n’a pas eu les moyens ni le temps de faire une prospection approfondie... Il a sous-estimé les surfaces de zones humides, fait des erreurs d’identification de certaines espèces. Bref, le dossier est mal ficelé et faussé. Nous avons découvert de nouvelles espèces pour la France. Et le triton marbré ou le triton de Blasius sont des populations d’importance régionale. Cette zone a un tel niveau de biodiversité qu’elle devrait être classée Natura 2000. C’est un milieu irremplaçable par la multiplicité des niches écologiques, la diversité des espèces et par ses deux siècles d’existence. Les travaux entraîneraient la destruction de dizaines de milliers d’individus et la disparition définitive de leurs habitats.

- Propos recueillis par Lorène Lavocat


Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. La crise écologique ne bénéficie pas d’une couverture médiatique à la hauteur de son ampleur, de sa gravité, et de son urgence. Reporterre s’est donné pour mission d’informer et d’alerter sur cet enjeu qui conditionne, selon nous, tous les autres enjeux au XXIe siècle. Pour cela, le journal produit chaque jour, grâce à une équipe de journalistes professionnels, des articles, des reportages et des enquêtes en lien avec la crise environnementale et sociale. Contrairement à de nombreux médias, Reporterre est totalement indépendant : géré par une association à but non lucratif, le journal n’a ni propriétaire ni actionnaire. Personne ne nous dicte ce que nous devons publier, et nous sommes insensibles aux pressions. Reporterre ne diffuse aucune publicité ; ainsi, nous n’avons pas à plaire à des annonceurs et nous n’incitons pas nos lecteurs à la surconsommation. Cela nous permet d’être totalement libres de nos choix éditoriaux. Tous les articles du journal sont en libre accès, car nous considérons que l’information doit être accessible à tous, sans condition de ressources. Tout cela, nous le faisons car nous pensons qu’une information fiable et transparente sur la crise environnementale et sociale est une partie de la solution.

Vous comprenez donc sans doute pourquoi nous sollicitons votre soutien. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, et de plus en plus de lecteurs soutiennent le journal, mais nos revenus ne sont toutefois pas assurés. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Lire aussi : A Notre Dame des Landes, les Naturalistes en lutte ont changé la donne

Source : Lorène Lavocat pour Reporterre

Photos : À Notre-Dame-des-Landes. © Naturalistes en lutte
. Chapô : Exaculum pusillum.

DOSSIER    Notre-Dame-des-Landes

THEMATIQUE    Nature
21 septembre 2019
Avec le sommet de l’ONU sur le climat, Antonio Guterres veut secouer les États
Info
21 septembre 2019
Le mouvement pour le climat mise gros sur la désobéissance civile
Enquête
20 septembre 2019
Philippe Martinez : « Avec les écologistes, on se parle ; ce n’était pas le cas avant »
Entretien


Dans les mêmes dossiers       Notre-Dame-des-Landes



Sur les mêmes thèmes       Nature