Le cercle des députés écologistes disparus

21 juin 2017 / Martin Cadoret (Reporterre)



Entre l’été 2012 et mai 2016, les députés écologistes ont eu un groupe parlementaire qui a compté jusqu’à 18 membres. Seuls sont présents dans la nouvelle Assemblée ceux qui ont pris le car En marche.

Souvenez-vous. Au début du mandat de François Hollande, les députés écologistes créaient leur groupe à l’Assemblée nationale. Un pas essentiel pour peser politiquement, siéger dans les commissions ou encore bénéficier de financements importants. Une première historique, rendue possible par l’accord entre EELV et le PS, qui prévoyait des candidats EELV sans concurrent socialiste dans plusieurs circonscriptions. En 2014, lors la démission de Cécile Duflot et de Pascal Canfin du gouvernement de François Hollande et l’arrivée de Manuel Valls comme Premier ministre, les choses se sont compliquées et le groupe s’est déchiré entre pro et anti-gouvernement. Mi-mai 2016, six députés annonçaient qu’ils siègeraient désormais avec le groupe socialiste, signant de facto la fin du groupe — qui doit compter 15 députés minimum.

Mais, dès le début de l’année 2016, le groupe écologiste s’était scindé en deux avec une composante « réformiste » de huit députés, favorable à l’alliance avec le gouvernement Valls. Parmi ces huit députés, ils sont nombreux à avoir depuis quitté EELV et rejoint les rangs d’Emmanuel Macron. Certains ont même bénéficié d’une investiture la République en marche (REM) pour les législatives. C’est le cas notamment de François de Rugy, dans la première circonscription de la Loire-Atlantique et de Barbara Pompili, secrétaire d’État chargée de la Biodiversité auprès de Ségolène Royal à la fin du quinquennat Hollande, dans la 2e circonscription de la Somme. Tous deux ont été confortablement réélus dimanche 18 juin. Les deux écologistes avaient d’ailleurs quitté Europe Écologie-Les Verts au cours de leur mandat pour se rassembler sous la bannière d’Écologistes !, le parti de centre-gauche fondé par François de Rugy en septembre 2015.

« Ce n’est pas en changeant de groupe parlementaire que je vais changer d’idées » 

Le Breton Paul Molac, transfuge de l’Union démocratique bretonne qui siégeait avec les écologistes, est même devenu le premier député macroniste de l’histoire, après son élection dès le premier tour sous l’étiquette REM dans la 4e circonscription du Morbihan. L’élu, qui siègera au sein du groupe de la majorité à l’Assemblée, pense que, même sans groupe dédié, les questions écologiques seront bien traitées. « Dans l’opinion, y compris chez certains députés, j’ai vu des députés de droite qui avaient des discours très écolos et qu’on pouvait tout à fait avancer avec eux », explique à Reporterre celui qui revendique une « tendance écolo pragmatique, qui consiste à trouver des compromis pour avancer ». Pour lui, c’est cette attitude qui a permis d’obtenir des avancées notamment avec la loi de transition énergétique ou la loi sur la biodiversité. « J’ai défendu des choses pendant mon mandat, ce n’est pas en changeant de groupe parlementaire que je vais changer d’idées. Je vais continuer de défendre l’écologie. »

Paul Molac, le premier député de la République en marche de l’histoire.

Autre transfuge, François-Michel Lambert a également rejoint les rangs de la République en marche et l’a emporté dans la 10e circonscription des Bouches-du-Rhône avec 58,3 % des suffrages. Durant son mandat, il s’était fait exclure d’EELV en juin 2015 pour avoir annoncé son adhésion au Front démocrate de Jean-Luc Benhamias. Éric Alauzet, investi par EELV et le PS, n’a pas bénéficié de l’investiture de REM dans la 2e circonscription du Doubs, mais la formation d’Emmanuel Macron lui a toutefois fait un beau cadeau en ne lui opposant aucun candidat. Compréhensible : il avait appelé à voter Macron dès le premier tour de l’élection présidentielle. Il a été réélu sans surprise avec 62,19 % des suffrages.

Deux députés sont dans un cas un peu à part : ils avaient participé à la disparition du groupe écologiste en le quittant avec François de Rugy, sans pour autant rejoindre la République en marche. Il s’agit de Véronique Massonneau, défaite au premier tour de l’élection législative de la 4e circonscription du Doubs, qui a affirmé à France 3 ne pas regretter de ne pas avoir rejoint REM. L’ex-députée a rejoint Demain, le mouvement d’Anne Hidalgo, la maire de Paris, dans lequel elle veut s’impliquer à l’échelon national. Christophe Cavard s’était représenté sous l’étiquette du parti Écologiste ! dans la 6e circonscription du Gard, mais a lui aussi eu face à lui un candidat REM. Une sévère défaite : le député sortant arrive 5e avec 8,8 % des voix.

« En octobre 2014, nous avions fait une minute de silence pour Rémi Fraisse » 

Le reste des anciens députés écologistes est battu aux législatives, malgré de nouvelles investitures communes avec le PS. C’est le cas de Brigitte Allain (2e circonscription de Dordogne), de Jean-Louis Roumégas (1re circonscription de l’Hérault), de Éva Sas (7e de l’Essonne), de Cécile Duflot (6e circonscription de Paris) et de Laurence Abeille, battue dans la 6e circonscription du Val-de-Marne. À Reporterre, elle fait part de son pessimisme quant à la défense des valeurs écologistes au cours des cinq prochaines années, « sans un groupe écolo qui aurait pu empêcher les lobbys de faire leur œuvre auprès des autres députés ». Car le travail de son groupe a fait avancer les choses durant ses quatre années d’existence, elle en est convaincue. « J’étais très contente qu’on ait fait voter ma loi sur la limitation de l’exposition aux ondes électromagnétiques. Cela n’aurait jamais eu lieu si on n’avait pas été là, pareil pour l’interdiction des pesticides dans les espaces publics », note Laurence Abeille.

Laurence Abeille.

Sergio Coronado, malgré sa qualification pour le second tour des législatives, n’a pas résisté à la vague REM dans la 2e circonscription des Français de l’étranger. Isabelle Attard, qui avait quitté EELV en novembre 2013, n’a pas réitéré son exploit de 2012, lorsqu’elle avait arraché la 5e circonscription du Calvados, dite ingagnable. Outre les lois sur la suppression de la publicité dans les programmes pour enfants ou la proposition de loi pour des repas bio et locaux dans les cantines, l’ex-élue retient un moment fort de sa mandature, symbolique de l’autre voix que voulaient faire entendre les écologistes. « En octobre 2014, nous avions fait une minute de silence pour Rémi Fraisse. Comme c’est interdit, Cécile Duflot avait fait mine de poser une question au gouvernement et s’était interrompue au bout de 20 secondes. Puis, on s’est tous levés en serrant la main… et on s’était fait siffler par le reste de l’Assemblée », se remémore avec émotion la députée. Même si elle ne siègera plus dans l’Hémicycle, elle promet de continuer à s’intéresser à la politique. « Car ce n’est pas uniquement une affaire de mandat, c’est un engagement : comment on aide les autres, on discute, comment on porte un projet de société… et je continuerai à le faire ! »

Enfin, quatre députés ne se sont pas représentés : Michèle Bonneton (Isère, 9e), Danielle Auroi (Puy-de-Dôme, 3e) et Noël Mamère, déterminé à ne pas s’accrocher à son fauteuil de député de la 3e circonscription de Gironde. Citons aussi le cas à part de Denis Baupin (10e circonscription de Paris), attaché à une ligne progouvernementale, qui avait quitté EELV en avril 2016. Craignant de pâtir des accusations de harcèlement et d’agressions sexuelles, l’élu avait annoncé ne pas briguer de nouveau mandat.




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Lire aussi : Écologie politique, année zéro

Source : Martin Cadoret pour Reporterre

Photos :
. chapô : une partie des 18 membres du groupe parlementaire écologiste. EELV
. Paul Molac : Wikipedia (XIIIfromTOKYO/CC BY-SA 3.0)
. Laurence Abeille : © Marie Astier/Reporterre

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