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Justice

Le géant français de la banane mis en demeure au Cameroun

Dans une bananeraie dans l’ouest du Cameroun, à Njombe-Penja, en 2009.

La Compagnie fruitière, géant français de la banane, fait l’objet d’une mise en demeure pour des atteintes présumées aux droits humains et à l’environnement dans sa filiale camerounaise des Plantations du Haut-Penja.

Quelques semaines seulement après que les eurodéputés ont fortement réduit la portée de la loi européenne sur le devoir de vigilance, son équivalent français est activé contre un grand nom du secteur fruitier : la Compagnie fruitière, visée pour des atteintes présumées aux droits humains et à l’environnement commises par sa filiale camerounaise, les Plantations du Haut-Penja (PHP).

Quatre organisations, Transparency International, Transparency International Cameroun, ActionAid France et Intérêt à agir, ont adressé le 9 décembre une mise en demeure formelle à cette multinationale basée à Marseille.

Peu connue du grand public, la Compagnie fruitière, créée pendant la période coloniale, se présente aujourd’hui comme le leader européen de la distribution de fruits et le premier producteur en Afrique, avec des plantations au Cameroun, au Ghana et au Sénégal. Chaque année, elle produit et commercialise près de 900 000 tonnes de fruits et légumes, dont 775 000 tonnes de bananes, selon ses chiffres.

Depuis la fin des années 2000, sa filiale PHP, qui exploite près de 5 000 hectares de bananeraies dans l’ouest du Cameroun, à Njombe-Penja, et emploie environ 6 000 personnes, a été épinglée à plusieurs reprises par des médias et des organisations de la société civile pour ses pratiques sociales et environnementales problématiques.

Salaires insuffisants, exposition aux pesticides

Elle assure ces dernières années avoir engagé une politique ambitieuse, en s’associant notamment avec Banana Link, défenseur d’une filière banane équitable et durable, et avec le Cirad, organisme public français de recherche agronomique, tout en obtenant plusieurs certifications (Fairtrade, Rainforest Alliance, etc.).

Pourtant, les données récoltées par le collectif d’organisations à l’origine de la mise en demeure montrent que la situation sur le terrain demeure préoccupante. Les employés seraient toujours soumis à des durées de travail longues (de 12 à 15 heures) et largement supérieures à la limite légale. Ils percevraient également des salaires insuffisants pour vivre décemment : 90 euros pour 240 heures de travail avec huit ans d’ancienneté. Ils risqueraient à tout moment de perdre leur emploi : d’après des témoignages, les licenciements abusifs seraient fréquents.

Ils manqueraient par ailleurs de protections individuelles, alors qu’ils manipulent des pesticides dangereux, dont certains sont interdits en Europe, et présenteraient des problèmes de santé — irritations cutanées, troubles respiratoires et oculaires — possiblement liés à l’exposition à ces substances.

Un camion de la Compagnie fruitière à à Njombe-Penja, le 17 septembre 2025. © AAF/AAI/TI-C/TI-S

Quant aux riverains des plantations, ils continueraient de subir les conséquences des épandages aériens de pesticides et du déversement dans leurs villages d’eaux usées non traitées, chargées elles aussi en produits chimiques.

Par ailleurs, et si « aucune décision judiciaire n’a établi l’existence de pratiques corruptives imputables à PHP », la perception d’une corruption généralisée autour de l’entreprise et des autorités locales reste répandue et entretient un « grand sentiment de vulnérabilité » chez la population.

« Le plan de vigilance publié par la Compagnie fruitière en 2025 est très loin de répondre aux exigences posées par la loi », estiment les quatre organisations. Selon elles, « il ne permet ni de démontrer une maîtrise réelle des risques, ni d’identifier les mesures spécifiques exigées par la loi pour prévenir et faire cesser les atteintes graves constatées sur le terrain ».

Ces organisations demandent donc à la multinationale d’agir concrètement pour améliorer les conditions de travail et protéger la santé du personnel de sa filiale camerounaise ainsi que celle des communautés locales. Elles exigent également qu’elle fasse preuve de davantage de transparence (PHP ne publie pas, par exemple, « d’organigramme détaillé »), et qu’elle prenne des mesures anticorruption, ce qui constitue une première dans le cadre de la loi française sur le devoir de vigilance.

Sollicitée par Reporterre, la Compagnie fruitière n’avait pas réagi à l’heure où cet article était mis en ligne.

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