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Le gouvernement soutient la voiture « propre », laissant vélo et train à l’abandon

Durée de lecture : 6 minutes

23 juillet 2018 / Marie Astier (Reporterre)

Vendredi 20 juillet, Nicolas Hulot et Élisabeth Borne ont présenté les mesures pour la « mobilité durable » et contre la pollution de l’air. La voiture individuelle ne doit plus être au centre de nos déplacements, a plaidé le ministre de la Transition écologique. Mais le plan privilégie le soutien à l’automobile électrique.

« On va peut-être enfin prendre le taureau par les cornes », s’est félicité Nicolas Hulot vendredi 20 juillet en fin de matinée, en présentant les engagements de l’État pour la mobilité propre et contre la pollution de l’air. Une première étape avant la loi d’orientation sur les mobilités prévue pour début 2019. « On voit bien qu’on n’est pas au niveau, on va donc prendre nos responsabilités », a poursuivi le ministre de la Transition écologique et solidaire, alors que la France a été renvoyée devant la Cour de justice de l’Union européenne pour non-respect des niveaux de pollution aux dioxydes d’azote le 17 mai dernier.

« Les émissions de gaz à effet de serre sont en très large partie dues aux carburants pétroliers, nous devons atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 », a précisé de son côté la ministre des Transports, Élisabeth Borne, faisant ainsi le lien entre pollution de l’air et lutte pour le climat.

Nicolas Hulot, Jean-Luc Fugit (Président du Conseil de l’air) et Élisabeth Borne, vendredi 20 juillet, à Paris.

Aux côtés des ministres étaient également présents le maire de Montpellier, Philippe Saurel, et l’adjoint à la mairie de Paris chargé des transports, Christophe Najdovski, afin de montrer que l’État doit sur ce sujet agir avec les collectivités territoriales. La mesure phare du plan consiste donc en un « partenariat ambitieux » entre ces deux parties afin de développer les « zones à faible émission ». Il n’y en a aujourd’hui en France que deux, à Paris et à Grenoble, qui consistent à interdire la circulation aux véhicules les plus polluants en cas de pic de pollution. L’objectif est de « les déployer dans l’ensemble des agglomérations de plus de 100.000 habitants », annonce le gouvernement. « La mesure est pour l’instant incitative, elle a quelques mois pour se déployer avant qu’on puisse la généraliser via la loi Mobilités, c’est un bon premier pas », se félicite Marie Chéron, responsable mobilité à la Fondation pour la nature et l’homme (FNH).

La vignette Crit’air, certificat de la pollution causé par le véhicule.

Entre autres nouveautés annoncées, on peut également souligner celles destinées à favoriser le covoiturage, en expérimentant les voies réservées, ou en permettant un remboursement des frais de covoiturage par l’employeur.

Vers une voiture individuelle plus propre

Beaucoup de mesures sont tournées vers les véhicules thermiques. L’objectif de mettre fin à la vente de voitures neuves émettant des gaz à effet de serre d’ici 2040 confirme les annonces du plan Climat. Autres souhaits des ministres : voir les ventes de voitures électriques multipliées par 5 d’ici la fin du mandat (2022) et les ventes de poids lourds à faible émission par 15 d’ici 2025. Les dispositifs d’aide à l’achat d’une voiture moins polluante sont maintenus, Nicolas Hulot se félicitant du succès de la prime à la conversion, qui a déjà aidé 95.000 ménages à changer de véhicule.

« C’est bien la preuve que, quand l’État met les moyens, ça marche », note malicieusement Marie Chéron. Car c’est bien là que le bât blesse du point de vue des ONG environnementales : ce plan manque de précision sur les financements. Aucun chiffre n’a été mis en face de l’appel à projets pour financer des transports en commun en site propre [1], « alors qu’il y a besoin d’un milliard d’euros », souligne encore Marie Chéron.

Le plan Vélo suspendu aux arbitrages interministériels

Gros point noir souligné par le collectif d’ONG suivant la politique des transports, le report de l’annonce des mesures pour le vélo à la rentrée. La ministre des Transports a expliqué vouloir réunir toutes les parties prenantes à ce moment-là. À l’hôtel de Roquelaure, siège du ministère de la Transition écologique, la volonté semble là : « La part modale du vélo est passée de 10 % en 1970 à seulement 2,7 % aujourd’hui », déplore le ministère, qui annonce vouloir repasser à 9 % en 2024. Selon ses chiffres, « le plan Vélo à lui seul devrait permettre de réduire de plus de 5 % les émissions de PM10 [particules fines] du secteur routier ». « On va financer des choses très concrètes telles que des pistes cyclables et des garages à vélo », a précisé le ministre de la Transition écologique.

« Mais le plan Vélo est déjà annoncé depuis des mois », s’impatiente Lorelei Limousin, responsable des politiques de transports au Réseau action climat (RAC). « On s’inquiète, car on n’a toujours pas la certitude qu’il sera budgété, et si les annonces arrivent trop tard, elles ne seront pas dans la loi de finances de l’année prochaine, on perdra encore des mois. »

Les promoteurs du deux roues prennent au sérieux ce retard, selon eux signe d’un blocage gouvernemental. « Les arbitrages ne sont pas faits. Ce serait bien que les autres ministères soutiennent madame Borne et monsieur Hulot », insiste Olivier Schneider, président de la Fédération des usagers de la bicyclette. Son énumération des obstacles à franchir est longue : « Bercy bloque sur le fonds vélo, qui aurait besoin de 200 millions d’euros pour développer les pistes cyclables ; cela ne le dérange pas non plus que le Medef soit contre le remboursement obligatoire de l’indemnité kilométrique vélo par les employeurs ; l’Éducation nationale freine des quatre fers sur l’apprentissage du vélo à l’école et veut que ça se fasse sur le temps périscolaire plutôt qu’avec les professeurs ; il faudrait pousser les policiers à accepter les plaintes pour vol de vélo, mais le ministère de l’Intérieur ne veut pas de contraintes, etc. »

La route encore trop privilégiée

« Pourtant, plus de 1 milliard d’euros sont remboursés chaque année aux transporteurs routiers sur la taxe carbone et l’augmentation du prix du diesel, note Lorelei Limousin au RAC. Ces dépenses climaticides pourraient être diminuées et le gain affecté aux mobilités propres. »

Le fret ferroviaire est également un absent remarqué des déclarations de la matinée. « C’est très très inquiétant, car quand on pose la question, il y a un blocage total du gouvernement sur le sujet. 90 % du transport de marchandises se fait par camion : où est le train ? » s’interroge Marie Chéron.

« 90 % du transport de marchandises se fait par camion : où est le train ? » s’interroge Marie Chéron, de la Fondation pour la nature et l’homme.

Autant de manques symboliques d’une certaine vision de la transition dans les transports. « Le volet report modal manque à l’appel », résume Lorelei Limousin. Autrement dit, si le plan programme une voiture individuelle plus propre et plus partagée, il n’appuie pas assez au goût des écolos sur les façons de s’en passer, via le développement du vélo et des transports en commun notamment.

« Depuis des décennies, on a développé un mode de vie centré autour de la voiture individuelle. Nous devons amener une forme d’introspection sur ce sujet », a cependant dit Nicolas Hulot en introduction de son discours. « Beaucoup de grands projets autoroutiers sont pourtant maintenus, tels que le contournement de Rouen, celui d’Arles, ou le projet de l’A31 bis », note Lorelei Limousin.


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[1Transport ayant une voie réservée. Ce peut-être les bus à haut niveau de service, les tramways, les métros, etc.


Lire aussi : Face au monstre polluant des transports motorisés

Source : Marie Astier pour Reporterre

Photos :
. chapô : Wikipedia (Tabl-trai/CC BY-SA 3.0)
. ministres : © Marie Astier/Reporterre
. fret : Wikipedia (Thomas Wolf/CC BY-SA 3.0)

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