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Photographe dans les Vosges ©Mathieu Génon/Reporterre

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Reportage — Luttes

Le jour de leur procès, les décrocheurs s’emparent d’un portrait de Macron

Mercredi 11 septembre s’est tenu à Paris le procès de neuf activistes poursuivis pour le « décrochage » d’un portrait d’Emmanuel Macron. Avant, pendant et après l’audience, les soutiens des prévenus leur ont manifesté leur solidarité, décrochant notamment le 133e portrait présidentiel.

  • Paris, reportage

Des gilets jaunes ANV-COP 21, des pancartes « Stop à l’inaction climatique » et une flopée de chants : mercredi 11 septembre, au matin, des centaines de militants écologistes ont monopolisé les abords du tribunal de grande instance de Paris. Ils s’étaient réunis en soutien à huit de leurs camarades d’ANV-COP 21 et au vidéaste-activiste Vincent Verzat, de la chaîne YouTube Partager C’est Sympa. Les neuf prévenus s’apprêtaient à comparaître pour avoir « décroché » des portraits d’Emmanuel Macron au mois de février dernier.

Avant 8 h, une poignée d’activistes ont tenté de rallier le parvis de l’enceinte judiciaire, mais c’était peine perdue : ils ont été accueillis par la police et priés de faire demi-tour. Quelques heures plus tôt, la préfecture de Paris avait publié un arrêté d’interdiction de manifester devant l’entrée du palais de justice. C’est donc à une centaine de mètres de là, rue André-Suarès, que la foule s’est rassemblée autour d’Alma, Étienne, Marion, Félix, Cécile, Pauline, Thomas, Emma et Vincent, les neuf prévenus. Environ 250 personnes ont scandé à plusieurs reprises « Nous sommes tous décrocheurs de portraits ! » et le classique « On est plus chaud, plus chaud, plus chaud que le climat ». Le directeur de Greenpeace France, Jean-François Julliard, s’est emparé du micro pour louer la désobéissance civile et la diversité des modes d’action face à l’urgence climatique. Cécile Duflot, directrice d’Oxfam, la Gilet jaune Priscilla Ludosky ou encore la députée La France insoumise Mathilde Panot ont également pris la parole.

« Ce procès, c’est le vôtre, c’est le nôtre, celui de tous les activistes du climat », a clamé Marion Esnault, l’une des prévenues, avant d’entrer dans le tribunal de grande instance à 8 h 45 et de devoir s’armer de patience : l’audience a été reportée à 13 h 30. Dehors, la foule de leurs soutiens avait le choix entre une formation à la désobéissance civile et une conférence sur la légitimité de la non-violence menée par Monique Pinçon-Charlot, Charles Adrien Louis (B&L évolution), Sylvie Ollitrault (sociologue), et Luc Semal (chercheur au Centre d’écologie et des sciences de la conservation).

« Nous sommes là pour Emma, Alma, Marion, Étienne, Félix, Cécile,Pauline, Thomas et Vincent » 

Dans l’après-midi, pendant que leurs camarades comparaissaient devant la 33e chambre du tribunal de grande instance de Paris, un petit groupe d’une dizaine d’activistes d’ANV-COP 21 — et autant de journalistes — se sont faufilés dans le métro en direction de la mairie de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis). Devant l’édifice, à 15 heures, ils ont enfilé leur t-shirt jaune et leur gilet fluo et sont furtivement allés récupérer le portrait d’Emmanuel Macron accroché sous un escalier, dans le hall de l’hôtel de ville. Des médiateurs se sont occupés d’expliquer l’action aux employés de la mairie, pas ravis de perdre leur cadre présidentiel.

Mercredi 11 septembre 2019, dans la mairie de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis).

« Nous sommes là pour Emma, Alma, Marion, Étienne, Félix, Cécile,Pauline, Thomas et Vincent, a déclaré dans le hall Sandy Olivar Calvo, porte-parole de l’action, avec un portrait réquisitionné à ses côtés. Aujourd’hui, nous avons décroché un 133e portrait dans une mairie de France. On a voulu décrocher ce portrait pour montrer le vide de la politique climatique et sociale d’Emmanuel Macron, mais également pour soutenir les activistes de Paris qui sont en procès. Malgré le fait que nous ayons le bureau de lutte antiterroriste sur notre dos — alors que ces actions sont 100 % non violentes et symboliques —, malgré le fait qu’il y ait un procès aujourd’hui et le 13 septembre à Orléans, on se mobilise pour montrer notre détermination à continuer les décrochages tant que le gouvernement ne changera pas de cap. »

Les activistes se sont dispersés avant l’arrivée de la police, puis se sont retrouvés en fin de journée à La Base, le QG parisien des mobilisations climat situé rue Bichat (10e arrondissement). La Ville de Paris avait publié un arrêté pour bloquer la circulation dans la rue et ainsi permettre le déroulement d’une soirée festive en l’honneur des « décrocheurs » en procès. Le rappeur Kalune a dégainé ses rimes percutantes pour ouvrir le bal, relayé par une batucada, des percussions traditionnelles du Brésil. Les personnes présentes ont pu déguster La Decrocheuse, bière brassée spécialement pour l’occasion.

Au bout d’une longue journée de mobilisation, à 21 heures, la foule a formé une haie d’honneur et lancé un tonnerre d’applaudissement : les neuf prévenus arrivaient. Acclamés jusqu’à la scène, les protagonistes du jour avaient les yeux rougis par l’émotion. « Merci à tous d’avoir été là, s’est écriée Cécile Marchand, chargée de campagne Climat aux Amis de la Terre. C’est grâce à vous qu’on a fait de cette journée non seulement notre procès, mais aussi le procès de l’inaction climatique du président Emmanuel Macron. Nous n’avons plus une minute à perdre, nous allons nous attaquer ensemble, structurellement, à ce système ! » Vincent Verzat a assuré le show en lançant une ola - un mouvement de foule semblable à une houle - dans l’assistance. « Un jour, ce ne seront plus les militants du climat qui seront sur le banc des accusés, mais les responsables du changement climatique. Nous sommes du bon côté de l’histoire », a prédit Pauline Boyer, porte-parole d’ANV-COP 21. L’artiste électro Fakear s’est chargé de clore les festivités. Le temps d’un concert, les activistes se sont évadés rêveusement dans les ondulations de ses mélodies envoûtantes, bien loin du tribunal de grande instance de Paris.

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