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ReportageClimat

Inondations : au « village des sinistrés » du Pas-de-Calais

Un mobil-home destiné aux sinistrés des inondations à Longuenesse, dans le Pas-de-Calais, le 2 février 2024.

Douze familles frappées par les inondations ont emménagé dans des mobil-homes à Longuenesse, dans le Pas-de-Calais. Le relogement est provisoire, mais les sinistrés se préparent à rester plusieurs mois.

Longuenesse (Pas-de-Calais), reportage

Malgré la pluie battante et la vigilance orange crues annoncée le 8 février, Éric ne s’enquiert plus de la météo. « J’ai tout perdu, à quoi ça sert de savoir le temps qu’il fera ? » se désole-t-il, le regard vers la fenêtre. De sa maison à Saint-Omer, il ne reste presque rien depuis les trois inondations qui ont frappé le Pas-de-Calais en novembre et janvier.

Après avoir été relogé dans un appartement de la ville puis dans un camping, le quinquagénaire a atterri le 5 février au « village des sinistrés » de Longuenesse, avec son fils Christopher et leur chienne Maya. « J’ai dû quitter le premier logement. À 3 000 euros par mois, l’assurance a dit stop », raconte-t-il. Bien qu’il ait ensuite trouvé un bungalow dans un camping, Éric n’a pu rester faute de disponibilité avec les vacances qui arrivent.

« C’était la dernière solution »

Depuis le début de la semaine, onze autres familles se sont installées dans des mobil-homes. Le nouveau quartier, situé à proximité de commerces, a été aménagé par la communauté d’agglomération du pays de Saint-Omer. Sur le terrain bétonné qui abritait avant une caserne de pompiers, quelques ouvriers s’affairent à raccorder les derniers branchements des bungalows. L’un d’eux dispose du gravier pour assécher le sol boueux. En cette fin de matinée pluvieuse, rares sont les habitants qui sortent de leur nouveau chez-eux. Les mobil-homes blancs, alignés... la vision est triste.

Éric, lui, est devant sa TV. Son bungalow meublé de 35 m2 doté de deux chambres lui permet d’être à l’abri avec son fils. Tandis que son assurance prend en charge le loyer de 625 euros, Éric paie environ 200 euros de charges : « C’est cher, mais c’était la dernière solution. » Il a cherché des locations, mais « il n’y a plus rien sur le marché, ici il y a beaucoup de sinistrés comme moi ».

Éric : «  J’ai dû quitter le premier logement. À 3000 euros par mois, l’assurance a dit stop.  » © Stéphane Dubromel / Reporterre

Dans tout le Pas-de-Calais, 6 500 habitations ont été sinistrées en novembre et 2 800 en janvier, selon la préfecture. Près de 300 demandes de relogement temporaire ont été déposées.

L’ancien ouvrier qui touche une pension d’invalidité de 1 000 euros par mois a aussi dû équiper son nouveau logement : une TV, une radio, un micro-ondes, de la vaisselle… « Le minimum pour tenir. » Pour combien de temps ? Difficile à dire : « L’assurance peut m’indemniser pendant six mois, tout dépend de l’avancement des travaux. » Pas de décoration ni de photo dans son mobil-home, « je n’avais pas le cœur à faire ça ».

« Un coup de massue »

En attendant les travaux, Éric repasse presque tous les jours dans sa maison pour vérifier que l’eau n’est pas revenue. Si lors de la première inondation, en novembre, il a pu mettre des affaires à l’abri, « la crue de début janvier a été un coup de massue, l’eau est montée jusqu’à 90 centimètres », explique-t-il, photos à l’appui. La peinture, l’électricité, les sols… « Tout est à refaire, j’en ai pour 10 000 euros rien que pour l’électroménager. » Depuis trente ans qu’il a sa maison, il « n’avai[t] jamais vu ça ».

Entre tous ses déménagements, l’un de ses rares réconforts est d’avoir retrouvé sa chienne Maya : « Lorsque j’ai été évacué, j’ai dû la confier à des amis, elle est un peu perdue avec ces changements. »

Pour le moment, 15 mobil-homes sont habités sur ce terrain qui peut en accueillir jusqu’à 30. © Stéphane Dubromel / Reporterre

De l’autre côté du terrain, Gwendoline et Alexis, parents de quatre enfants âgés de 20 mois à 13 ans, viennent tout juste de défaire leurs quelques cartons. Les deux grands étant à l’école, ce midi, c’est pâtes devant un dessin animé pour Ambre et Chloé.‌

Lorsqu’ils ont été évacués par les pompiers de leur maison de Fauquembergues début novembre, « les enfants ont eu très peur, ma fille de 6 ans m’a dit qu’elle allait mourir, j’avais de l’eau jusqu’à la taille », se souvient Alexis. Cette maison, c’était pourtant leur rêve : originaires de Boulogne-sur-Mer, ils ont déménagé en avril dernier pour une location de 148 m2 comptant cinq chambres.

Tout reprendre à zéro

Après une semaine dans un hôtel, un mois dans un gite et un autre mois chez les parents d’Alexis, ils se retrouvent désormais dans un mobil-home de 36 m2 avec leur chien Taz. Avenant, le Jack Russell fait des bonds dans l’unique pièce à vivre. « C’est sûr que l’on est à l’étroit, mais on avait besoin d’un logement à nous », indique Gwendoline. Dans le salon-cuisine, difficile de faire travailler les grands tout en s’occupant des plus petits. « Pour l’instant, ils ont l’impression d’être en vacances », constate la maman.

Gwendoline, Alexis et leurs filles Ambre et Chloé sont arrivés dans ce mobil-home le 7 février 2024. © Stéphane Dubromel / Reporterre

Désormais à plus de 20 kilomètres de leur ancienne école, les enfants ont dû changer d’établissement. « Pour eux, ça fait pas mal de chamboulements, l’avantage c’est que l’école est tout près, je peux les emmener à pied », sourit Gwendoline‌.

Pas simple pour autant de rester positifs devant leurs enfants. « On a tout perdu dans l’inondation, pour l’instant on en est à 7 000 euros de pertes », selon Alexis. Son salaire d’autoentrepreneur en bâtiment doit payer les charges du mobil-home ainsi que 667 euros de loyer pour leur maison inondée. « On va aussi devoir racheter des équipements comme une machine à laver, avec quatre enfants c’est vital ! »‌

Gwendoline‌ : «  Pour [les enfants], ça fait pas mal de chamboulements.  »‌ © Stéphane Dubromel / Reporterre

Alors que leur propriétaire avec qui ils sont en conflit n’a pas encore engagé les travaux, « on ne veut pas retourner dans cette maison, mais on n’a rien trouvé d’autre, depuis les inondations les loyers ont explosé ».

Si Gabriel Attal et Christophe Béchu se sont rendus à Longuenesse le 8 février pour réitérer leur soutien à la population, le couple n’attend plus rien de l’État. Il estime que les inondations sont liées au changement climatique, et que « les autorités ont aussi mal fait les choses, pourquoi n’y a-t-il pas eu de curage des rivières ? »

« Pour que la vie reprenne »

Dans une allée un peu plus loin, Jean-François Maes termine l’installation de trois mobil-homes. « Nous en sommes à 15, mais on peut en accueillir jusqu’à 30, ça dépendra des demandes, explique le propriétaire de 21 campings dans les Hauts-de-France, qui propose des locations aussi à Clairmarais, Arques et Helfaut pour une quarantaine de familles. Je vais mettre en place une aire de jeux, des tables et un terrain de pétanque, l’idée est de faire quelque chose de sympa pour que la vie reprenne. »

Malgré les arguments de vente, un potentiel client hésite : « C’est pas si mal, mais je ne sais pas si ça va plaire à ma fille. » L’air perdu, le quinquagénaire qui logeait chez ses parents depuis novembre ne peut plus rester, la cohabitation devenant difficile. « Je suis en train de tomber, j’avais une maison, mais il n’y a plus rien, dit-il. Je ne sais pas ce que je vais devenir. »


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