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Pollutions

Le plus petit des PFAS est omniprésent dans l’eau, confirme l’Anses

L’Anses a fait des prélèvements aux points de débit de l’eau potable, et dans les ressources où cette eau est puisée, pour analyser la présence de PFAS.

L’Agence nationale de sécurité sanitaire a confirmé l’omniprésence du plus petit des PFAS, le TFA : 92 % des échantillons analysés, qu’ils soient d’eaux brutes ou d’eau potable, en contenaient.

La date fatidique approche. Dans un peu plus d’un mois, le 12 janvier 2026, en vertu d’une directive européenne, il deviendra obligatoire de surveiller, dans l’eau du robinet, 20 PFAS. Ces polluants éternels viendront s’ajouter à la liste des contaminants déjà contrôlés dans notre eau (bactéries et nitrates par exemple).

Combien d’analyses dépasseront la nouvelle limite réglementaire ? Pour tenter d’anticiper la réponse à cette question, l’Agence nationale de sécurité sanitaire a coordonné des prélèvements sur l’ensemble du territoire. Les résultats de cette campagne ont été rendus publics mercredi 3 décembre.

Résultat : sur 627 échantillons d’eau du robinet, seuls 9 [1] présentaient un dépassement de la nouvelle valeur réglementaire de 100 nanogrammes par litre (ng/L) pour l’ensemble des 20 PFAS.

Le TFA, le plus petit des PFAS, est omniprésent

Cependant, derrière ces résultats rassurants, ces analyses confirment aussi l’omniprésence du plus petit des PFAS, le TFA : 92 % des échantillons analysés, qu’ils soient d’eaux brutes ou d’eau potable, en contenaient. « C’est monstrueux, réagit auprès de Reporterre Pauline Cervan, toxicologue à Génération futures. L’ensemble de la France est contaminé. » L’association a mené les premières analyses de TFA dans l’eau en France et alerte depuis deux ans sur son omniprésence.

Pour mener cette campagne, l’Anses a fait des prélèvements aux points de débit de l’eau potable, et dans les ressources où cette eau est puisée (nappes phréatiques, rivières…) — dites « eaux brutes ». Dans chaque département, ont été choisis le plus gros point de débit d’eau potable, un autre tiré au sort et des points dits d’« intérêt », où l’on pouvait anticiper une éventuelle présence de PFAS, en raison de la présence d’une usine par exemple. Au total, « les échantillons prélevés représentent l’alimentation [en eau] d’au moins 20 % de la population française », indique l’Anses.

« L’ensemble de la France est contaminé »

Au-delà des 20 PFAS réglementaires, l’Agence a élargi ses recherches à 15 autres polluants éternels, dont 5 faisant partie de la catégorie des PFAS dits « à chaîne ultracourte ». C’est parmi eux que se trouve le TFA, le plus petit et le plus fréquent des PFAS.

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Si les connaissances sur le TFA sont encore lacunaires, on le soupçonne d’être toxique pour le foie et l’Allemagne a proposé de le classer comme toxique pour la reproduction. « Il pourrait aussi y avoir de potentiels effets perturbateurs endocriniens », ajoute Pauline Cervan.

Les résultats de l’Anses sur le TFA concordent avec ceux publiés par Générations futures ces dernières années. Ainsi, la plus forte concentration dans de l’eau potable constatée en France par l’Anses est de 25 000 ng/L. Elle a été mesurée à proximité de Salindres (Gard), là où se situe l’usine Solvay de production de TFA : l’association, avec des journalistes du Monde et de France 3, avait révélé en février 2024 la pollution record du site. La firme a annoncé en septembre 2024 l’arrêt de la production et le licenciement de 68 personnes.

Des valeurs de référence trop hautes

Par ailleurs, en janvier dernier, Génération futures et UFC-Que choisir avaient effectué une trentaine de prélèvements d’eau potable et cherché plusieurs PFAS, dont le TFA. « Les résultats de notre rapport étaient moins alarmants puisque “seuls” 80 % des échantillons contenaient du TFA », compare-t-elle. Les quantités trouvées par les associations étaient aussi moins importantes. Côté Anses, 100 % des échantillons contenant du TFA dépassent la quantité de 100 ng/L. Pour Générations futures, ce chiffre était de 66 %.

Or, cette valeur de 100 ng/L est selon l’association celle qui devrait être retenue par les pouvoirs publics. Le TFA est — entre autres — issu de la dégradation des pesticides PFAS. « La limite réglementaire pour les pesticides et les métabolites [produits de dégradation] de pesticides pertinents est de 100 ng/L par litre, explique Pauline Cervan. Et le TFA a été reconnu comme métabolite pertinent par la Commission européenne. » Avec cette valeur, 100 % des prélèvements de l’Anses présentent donc un dépassement.

Ce n’est pourtant pas du tout la valeur retenue par les pouvoirs publics français. Il n’existe pour l’instant pas de valeur réglementaire — les travaux sont en cours. Il faut pour l’instant se contenter d’une valeur « indicative », fixée à… 60 000 ng/L, soit 600 fois plus. En dessous, il n’y aurait pas de risque pour la santé. Avec cette référence, l’Anses peut se féliciter d’un 20 sur 20 : même le pic de TFA enregistré dans le Gard est en dessous. Et seuls deux échantillons se situent au-dessus de la « valeur cible » officielle, qui vise à maintenir le taux de TFA dans l’eau en dessous de 10 000 ng/L.

Pour l’Anses, la valeur proposée par Générations futures n’est pas pertinente, notamment parce que le TFA provient de plusieurs sources : industrielles et dépôts atmosphériques, en plus des pesticides. « La contribution respective des différentes sources de TFA n’est pas clairement établie et n’est probablement pas identique en tous lieux », écrivent les auteurs du rapport.

« Pourtant, on sait que dans les zones agricoles, si les eaux sont contaminées au TFA, les pesticides sont responsables, soupire Pauline Cervan. D’autres agences sanitaires en Europe, comme au Danemark ou en Suède, l’ont déjà dit. Ne pas le reconnaître est un vecteur d’inaction très grave. »

Trois autres PFAS fréquemment retrouvés

Concernant les autres PFAS, les résultats de l’Anses rappellent la présence relativement fréquente de certains. On peut lister les 3 autres PFAS les plus souvent quantifiés, tous 3 faisant partie de la liste de 20 qui seront surveillés à partir de janvier :

  • Le PFOS, classé comme potentiellement cancérogène et dont la production et l’utilisation sont restreintes depuis 2009 (retrouvé dans 24 % des échantillons d’eau brute, 19,1 % eau potable) ;
  • le PFHxS, interdit dans l’Union européenne (26,6 % en eau brute, 21,7 % en eau potable) ;
  • le PFHxA, dont l’usage a aussi été restreint par l’Union européenne en 2024 en raison de « risques inacceptables pour la santé et l’environnement » (18,2 % en eau brute, 16,1 % en eau potable).

En dehors de cette liste réglementaire, l’Anses reconnaît cependant pour deux substances qu’il « serait intéressant de les ajouter dans la surveillance et le contrôle », a indiqué son directeur de l’évaluation des risques Mathieu Schuler. Le TFA, donc, mais aussi le 6:2 FTSA. Concernant ce dernier, « les données de toxicité nous confirment l’intérêt de l’intégrer dans la surveillance », a indiqué Éléonore Ney, à la tête de l’unité d’évaluation des risques liés à l’eau de l’Agence.

« Agir rapidement pour protéger la population »

Un autre PFAS à chaîne courte dont les effets sur la santé sont encore mal connus, le TFMSA, remarqué par l’Anses, ne fait pas partie de la liste de recommandations.

Ces conseils de l’Agence sont importants, car ils pourraient se concrétiser dans un décret d’application de la loi française d’interdiction des PFAS — dite loi Thierry — qui devrait être publié début janvier au plus tard. La liste des PFAS à surveiller pourrait donc s’allonger prochainement.

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En attendant, même l’Anses le reconnaît. Pas besoin d’en savoir plus pour se rendre compte qu’il faut « agir rapidement pour diminuer autant que possible les concentrations de PFAS dans l’eau, et protéger la population », a dit devant les journalistes Sophie Lardy, directrice du laboratoire d’hydrologie de l’Anses, qui a coordonné ces analyses.

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