Le président de la COP28 tient des propos « frisant » le climatoscepticisme
© Karim Sahib / AFP - Sultan Al Jaber, le président de la COP28, le 2 décembre à Dubaï.
© Karim Sahib / AFP - Sultan Al Jaber, le président de la COP28, le 2 décembre à Dubaï.
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Jusque là bien huilée, la présidence émiratie de la COP28 a commis son premier faux pas. Sultan Al Jaber a tombé le masque dans une vidéo datant du 21 novembre dernier et rendue publique le 2 décembre par The Guardian et le Center for Climate Reporting.
Réagissant à une remarque de l’ancienne présidente de l’Irlande Mary Robinson estimant qu’il fallait sortir des énergies fossiles, le président de la COP28 n’a pas mâché ses mots : « Je respecte la science, mais il n’existe aucune base scientifique ni aucun scénario pour affirmer qu’il faut sortir des énergies fossiles pour stabiliser le réchauffement à +1,5 °C », a-t-il déclaré. « Montrez-moi la feuille de route d’une sortie des énergies fossiles qui soit compatible avec le développement socio-économique, sans renvoyer le monde à l’âge des cavernes ».
Dans son sixième rapport d’évaluation, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) rappelle en toutes lettres que stabiliser le réchauffement à +1,5 °C implique justement de plafonner les émissions mondiales de gaz à effet de serre en 2025 au plus tard, en vue de les abattre de 43 % d’ici à 2030. Et précise (p. 32) : « La réduction des émissions de gaz à effet de serre dans l’ensemble du secteur de l’énergie nécessite des transitions majeures, notamment une réduction substantielle de l’utilisation globale des combustibles fossiles, le déploiement de sources d’énergie à faibles émissions, le passage à des sources d’énergie alternatives, l’efficacité énergétique et la conservation de l’énergie. »
« “Nous renvoyer dans des grottes” est le plus ancien des tropes de l’industrie des combustibles fossiles : cela frise le déni climatique », a réagit Bill Hare, expert du think tank Climate Analytics, un vieux routier des COP, dans le Guardian. La sortie de Sultan Al Jaber a aussi stupéfié les scientifiques. « À la lumière de cette déclaration, la Journée de la santé apparaît comme une hypocrisie totale. C’est une énorme trahison d’inviter la communauté de la santé à la table et d’ignorer tous les avertissements et les données scientifiques qui soulignent à quel point les dommages des combustibles fossiles sont désastreux sur notre santé et notre avenir. Un résultat qui n’aborderait pas l’élimination progressive des combustibles fossiles serait un échec », a déclaré, lors d’un point presse, Marina Romanello, directrice exécutive du Lancet Countdown.