Le projet Europacity va se poursuivre malgré un débat public au bilan mitigé

13 septembre 2016 / par Emilie Massemin (Reporterre)



Le « débat public » sur le projet Europacity a rendu ses conclusions lundi 12 septembre. Le projet doit artificialiser des terres agricoles à côté de Paris pour bâtir un centre commercial géant. De nombreuses questions restent sans réponse.

Le projet Europacity va être poursuivi, a déclaré le directeur du projet Christophe Dalstein lundi 12 septembre. Le directeur général d’Alliages & Territoires, la filiale d’Immochan qui porte le projet, a fait cette annonce à l’issue du bilan du débat public concernant ce projet de mégacomplexe commercial, ludique et culturel situé à Gonesse (Val d’Oise).

« Nous avons décidé de poursuivre la mise en oeuvre du projet, a ainsi déclaré M. Dalstein. Mais nous prenons bien sûr acte de la richesse des points de vue exprimés lors de ce débat, qu’ils soient positifs ou négatifs, favorables ou critiques. Nous travaillons d’arrache-pied pour faire évoluer ce projet, l’adapter à ce qui a été dit pendant quatre mois. » Une nouvelle version du projet doit être présentée en décembre 2016.

Europacity doit s’étendre sur 80 hectares de terres agricoles à 20 kilomètres au nord de la capitale. Il comprendrait 230.000 mètres carrés de commerces, 150.000 mètres carrés de surface dédiée aux loisirs (piste de ski, centre aquatique...) et 50.000 mètres carrés d’espaces culturels (salles de spectacle, halle d’exposition...), ainsi que des chambres d’hôtel, des restaurants, des espaces de congrès, etc. Le complexe a vocation à s’intégrer dans le projet de Zac du triangle de Gonesse, 299 hectares d’aménagements urbains desservis par une nouvelle ligne de métro. Le début du chantier d’Europacity est prévu pour 2019, avec une ouverture du site en 2024.

3,1 milliards d’investissements privés

Cette annonce, alors que le porteur de projet disposait d’un délai de trois mois pour livrer sa décision, étonne un peu la présidente de la Commission particulière de débat public Claude Brévan. « C’est la première fois que je vois ça, souligne-t-elle. Mais cette décision a sans doute été prise par souci de transparence et pour rassurer les investisseurs sur le fait que le débat public ne débouche pas sur un abandon du projet. » Le coût d’Europacity est estimé à 3,1 milliards d’investissements privés, dont 2,6 financés par Alliages & Territoires.

Les opposants au projet contestent la décision d’Immochan. « Il ressort du débat public que le projet n’est pas réellement accepté sur le territoire, estime Bernard Loup, co-président du Collectif pour le triangle de Gonesse. Nous allons poursuivre notre mobilisation et nous regarderons les propositions faites dans trois mois. Mais ce projet reste inacceptable. »

Pour mémoire, le débat public concernant le projet Europacity, organisé par la Commission nationale du débat public (CNDP), s’est déroulé du 15 mars au 13 juillet 2016. Il a mobilisé environ 2.000 participants au cours de quelque 70 heures de réunions, débats et ateliers thématiques. « La participation a été importante, apprécie Mme Brévan. Mais peu de profanes se sont joints aux discussions. Nous sommes sur un territoire où la population connaît pas mal de difficultés et est difficile à mobiliser sur des projets de moyen terme. »

« De nombreuses personnes frappées par le gigantisme du projet »

Il est ressorti du débat qu’Europacity a suscité « beaucoup de questions relatives au modèle de société qu’il représente », observe le président de la CNDP Christian Leyrit. « De nombreuses personnes ont été frappées par le gigantisme du projet : pour certains, c’était une raison de s’y opposer, mais pour d’autres, parmi lesquels le maître d’ouvrage, c’était au contraire l’enjeu de sa réussite. » Si Alliages & Territoires met en avant un projet « en phase avec la révolution des modes de vie, qui permet d’offrir en un même lieu des activités commerciales, culturelles et de loisirs, des participants dénoncent le développement d’un consumérisme effréné ».

Parmi les points de discorde, les questions environnementales. Alliages et Territoires met en avant un projet quasi-autonome sur le plan énergétique grâce aux énergies renouvelables et en particulier de la géothermie. Mais ces points méritent d’être confortés, a souligné l’Ademe, invitée à analyser le projet par la CNDP. Plus encore, c’est le sacrifice de terres agricoles parmi les meilleures d’Europe qui préoccupe les opposants au projet. « Pourquoi faire ce projet sur ces terres agricoles alors qu’on a la friche PSA ? », a ainsi interrogé une habitante de Bondy (Seine-Saint-Denis) lors du débat public.

Par ailleurs, les élus de Seine-Saint-Denis redoutent l’impact d’un nouveau centre commercial sur les commerce de centre-ville. La question du nombre d’emplois créés a également fait débat. « Nous avons trouvé des chiffres qui vont du simple au double », indique Mme Brévan. Pour les élus, il est également important de savoir si les emplois créés profiteront réellement à la population.




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Lire aussi : Europacity : le débat public se conclut sur des positions inconciliables

Source : Emilie Massemin pour Reporterre

Photos : Dominique Mercier

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