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Le réchauffement climatique constitue une menace majeure pour la santé humaine

Durée de lecture : 5 minutes

29 novembre 2018 / Alexandre-Reza Kokabi (Reporterre)

Les hausses de température provoquées par le changement climatique ont d’ores et déjà des effets directs sur notre santé. Chocs cardiovasculaires liés aux canicules, propagation de virus, pénuries alimentaires pourraient se multiplier. Mais nos systèmes de soins ne semblent pas du tout prêts à faire face.

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La revue médicale The Lancet publie, ce jeudi 29 novembre, la deuxième édition de son rapport Lancet Countdown dédié aux aspects sanitaires du changement climatique. Fruit d’une collaboration entre 27 institutions universitaires, agences onusiennes et intergouvernementales de tous les continents, ce document révèle le risque « inadmissible » pesant sur la santé actuelle et future des populations du monde entier, en raison du changement climatique.

Dans toutes les régions du globe, l’exposition aux chaleurs extrêmes ne cesse d’augmenter depuis le début des années 1990. En 2017, 157 millions de personnes supplémentaires étaient exposées aux évènements caniculaires par rapport à la moyenne de 1986-2005. Depuis le début des années 2000, nous subissons en moyenne 1,4 jour de canicule supplémentaire par an. Les personnes âgées vivant en ville et les travailleurs en extérieur subissent le plus durement ces bouleversements.

  • Télécharger l’étude :
Deuxième édition du « Compte à rebours du Lancet »

« Les coups de chaleur peuvent provoquer des chocs cardiovasculaires voire, associés à la pollution, de graves problèmes respiratoires, explique Emmanuel Drouet, enseignant-chercheur à l’Institut de biologie structurale de Grenoble. La référence en matière de canicule, c’est l’été 2003. Il y a quand même eu 70.000 décès supplémentaires en Europe. »

153 milliards d’heures de travail perdues en raison de la chaleur

En 2017, 153 milliards d’heures de travail ont été perdues en raison des fortes chaleurs, dont 80 % rien que dans l’agriculture. Ce secteur socle de la sécurité alimentaire mondiale est très affecté par la hausse des températures : le rapport montre une diminution du rendement des récoltes dans toutes les régions du globe, « également entretenue par l’élévation du niveau des mers ou les évènements extrêmes, qui fragilisent encore plus les terrains agricoles », précise Emmanuel Drouet.

Ces variations des températures et des précipitations favorisent aussi le décuplement de populations d’insectes vecteurs de virus comme la dengue ou le paludisme. En 2016, le potentiel de transmission mondiale de la dengue, une fièvre hémorragique, a atteint son plus haut niveau.

« Le changement climatique rend tout à fait possible une épidémie de dengue en France métropolitaine, pense Emmanuel Drouet. La présence des moustiques vecteurs dépend de la chaleur et de l’humidité et selon les scénarios du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), l’Europe pourrait parfaitement présenter les conditions de leur prolifération. Ils sont d’ailleurs déjà là, s’adaptent extrêmement vite et je suis sûr que nous trouverons des moustiques tigres à Paris dans peu de temps. »

Schéma des effets du changement climatique sur la santé

Malgré la gravité de ces signaux d’alerte, le Lancet Countdown constate une inaction mondiale en matière d’adaptation des systèmes de santé à la hausse des températures. Les dépenses consacrées à l’adaptation aux changements climatiques restent inférieures aux 100 milliards de dollars promis chaque année en vertu de l’Accord de Paris. Moins de 4 % des dépenses totales pour le développement sont consacrées à la santé humaine. Les chantiers ne manquent pourtant pas : près de la moitié des pays africains ne satisfont pas aux exigences fondamentales des réglementations de santé internationales en matière de préparation à une urgence de santé publique.

« En 2050, les canicules à 45°C seront certainement annuelles en Europe »

Le rapport n’est guère plus encourageant quant à l’atténuation du changement climatique à travers la baisse des émissions de gaz à effet de serre. Un tiers de la population mondiale vit sans accès à des combustibles ou à des technologies propres, durables et sans danger pour la santé. En parallèle, le nombre de personnes employées dans le monde par les secteurs liés à l’extraction de combustibles fossiles a augmenté de 8 % entre 2016 et 2017. Et dans le secteur des transports, la consommation mondiale de carburant par habitant liée au transport routier a augmenté de 2 % entre 2013 et 2015. Résultat : les habitants de plus de 90 % des villes respirent un air pollué, toxique pour leur santé cardiovasculaire et respiratoire, en plus de contribuer aux émissions à effet de serre.

« Vu notre trajectoire, les climatologues sont désormais assez certains qu’à l’horizon 2030-2050, les canicules à 45°C seront pratiquement annuelles en Europe, dit Emmanuel Drouet. Et la physiologie humaine n’est pas adaptée à ces périodes ultra-chaudes qui se profilent. Tout humain sera vulnérable, pas seulement les personnes âgées ou les petits enfants. »

Selon l’étude proposée par la revue The Lancet, plus de la moitié des villes interrogées prévoient que le changement climatique compromettra sérieusement leurs infrastructure de santé, ébranlées par des conditions météorologiques extrêmes ou par un afflux de patients trop important pour la capacité d’accueil des services existants.

« Si un gros effort d’atténuation n’est pas entrepris, il va arriver un moment donné où l’adaptation des systèmes de santé à ces coups de chaleur ne sera plus possible, déplore Emmanuel Drouet. La seule attitude responsable, désormais, c’est un changement radical de nos modèles économiques et de nos modes de vie en société. C’est devenu une question de vie ou de mort, pour l’humain comme pour la biodiversité dont sa santé dépend très directement. »


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Source : Alexandre-Reza Kokabi pour Reporterre

Photo :
. chapô : Pixabay (CC0)



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