Le salon de l’agriculture bio imagine les solutions de l’avenir

25 septembre 2017 / Pascale Solana (Reporterre)



Né il y a dix ans, le salon agricole Tech et Bio accueille des milliers de visiteurs venus du monde entier. Entre machines agricoles originales et écolos, et club d’affaires où se croisent banquiers et paysans, ce salon témoigne du dynamisme du secteur.

  • Bourg-lès-Valence (Drôme), reportage

« Nous voulions dépasser les conflits. Montrer que la bio, ce n’était pas un truc pour marginaux, que des agriculteurs pouvaient en vivre, montrer des résultats techniques et économiques. Or, discuter derrière la charrue, c’est le meilleur moyen de rassembler des agriculteurs ! » se souvient Jacques Pior, le monsieur Bio de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA), à l’origine de l’initiative en 2007. D’où l’idée de faire des démonstrations sur le terrain, au début chez quelques agriculteurs qui prêtaient leurs terres, puis très rapidement, au lycée agricole de Bourg-lès-Valence, dont l’exploitation est entièrement bio. « Le choix d’un lieu de formation pour exposer est un message aux jeunes, et plus encore aux professeurs et aux proviseurs, d’autant qu’aujourd’hui, la formation aux pratiques bio est un réel enjeu », dit-il.

La première édition a rassemblé 4.000 visiteurs. Cette année, près de 17.000 sont venus les 20 et 21 septembre. Parmi eux, des professionnels dont des agriculteurs, bio ou non, tel ce jeune maraîcher, allongé sur une machine, face contre terre, en train d’essayer un « lit de désherbage ». La machine avance avec la pression des jambes, ou avec une batterie électrique. Elle permet de travailler le sol, en solitaire ou à deux, tout en soulageant le dos.

En dix ans, le nombre de visiteurs a quadruplé.

Plus loin, c’est le robot désherbeur Naïo qui trace tout seul entre les rangs. Depuis sa présentation il y a deux ans, les équipements de désherbage innovants se multiplient. Normal, le désherbage est délicat et capital en bio. Et de plus en plus problématique pour beaucoup d’agriculteurs qui veulent réduire les traitements sans pour autant sauter le pas du bio. Les machines vont devenir plus accessibles.

« Souvent, les agriculteurs bio sont en avance et ce qu’ils font intéresse tout le monde » 

Tout à l’autre bout du salon, plus exactement de l’une des parcelles, démonstration est faite de traction animale tandis qu’un poulailler monté sur roues, concept novateur venu d’Allemagne, intrigue : le déplacement aisé des poules pondeuses influe sur la qualité de leur nourriture, les parcelles se régénèrent plus rapidement. Il y a aussi une tondeuse à pré conçue pour faucher plus haut et favoriser la repousse et la biodiversité. Dans la partie dédiée aux grandes cultures (céréales…), on observe la démonstration d’un drone qui largue un invisible prédateur de la pyrale du maïs en capsules en des endroits très précis. Habituellement, l’agriculteur qui n’utilise pas de traitements chimiques de synthèse doit déposer le prédateur sur la plante à la main, en passant entre les rangs. 500 mètres et plus dans un sens, puis dans l’autre, et ainsi de suite, la balade entre les hautes tiges à feuilles coupantes n’est pas des plus agréables, explique Marie Aubele, responsable technique chez Sangosse, entreprise de biocontrôle dans le Sud-Ouest. « Les bio loin de tout, c’est fini. Souvent, ils sont en avance et ce qu’ils font intéresse tout le monde. Pour preuve, nous avons autant d’agriculteurs bios que de non bios qui s’intéressent à cette technique. Elle permet à ces derniers de diminuer les traitements chimiques. »

Un drone pour des traitements ciblés.

Cette préoccupation rend le monde agricole de plus en plus sensible aux propositions techniques des bios qui ont fait leurs preuves. Ce chargé de mission pour un pôle de compétitivité, venu de Bretagne, le confirme : « La frontière est de plus en plus ténue. C’est bien l’intérêt des échanges dans ce salon. De plus, le rôle de l’agriculteur dépasse le périmètre de sa ferme. » En témoigne la présence d’équipementiers de production d’énergie (méthanisation…). Au stand Boiron, dont « la vente des médicaments homéopathiques vétérinaires connaît une croissance à deux chiffres depuis 10 ans », « ce n’est pas le statut bio ou non bio qui détermine le choix de l’homéopathie, mais l’approche de l’agriculteur vis-à-vis de ses animaux », explique-t-on.

Dans le carré Fertilité et profils des sols, une agricultrice explicite la vie de « ce sol qui était là avant nous et qui restera après nous. Nous devons tout faire pour le renouveler et pour que les plantes y trouvent le gîte et le couvert ». Juste à côté, un large et profond trou a été creusé au tractopelle afin de bien montrer la composition du sol, de sa partie la plus organique en surface à la plus minérale, caillouteuse, bien plus bas, et leurs rôles et interactions. Deux jeunes diplômés de l’année de la licence pro Agriculture biologique espèrent trouver ici des contacts pour un emploi. De l’amont à l’aval, la filière représente 118.000 emplois directs (selon l’Agence Bio), près de 11 % de l’emploi agricole.

« En bio, on est pas trop compétition » 

Jacques Pior : « Les agriculteurs vont se convertir ont besoin de réponses techniques et économiques ».

« Les bios de demain sont les conventionnels d’aujourd’hui. Et les agriculteurs qui vont s’engager et changer de modèle ont besoin de réponses techniques, économiques », explique Jacques Pior. Qui mieux que d’autres agriculteurs pouvaient leur en donner ? Dans l’agriculture bio, on rencontre des gens particulièrement créatifs, innovants, des exploitations autonomes étonnantes, d’où l’idée en 2013 de créer une sorte de concours général de la bio. Sauf que ce n’est pas vraiment un concours parce que, « en bio, on est pas trop compétition », dit-il précisant qu’il y en a 15 chaque année, mais qu’on aurait pu en présenter plus [1]. Leur témoignage et leur expérience sont des modèles. Leurs dossiers de candidature sont analysés par les étudiants en licence pro AB dans le cadre de leur cursus à partir des critères spécifiques de la méthode Idea, mise au point par l’Institut national de recherche agronomique, qui évalue performances techniques, économiques, écologiques et sociales.

Parmi les Talents 2017, Sébastien Brache, ingénieur écologue et ornithologue de formation installé dans la Drôme, a recréé une ferme quasi autonome avec des brebis, des poules et des fruitiers, des mares et des ruisseaux restaurés et sur les principes de l’agroforesterie. Son atout principal est la performance écologique [2].

Les Talents 2017.

Au fil des éditions bisannuelles, le salon s’est étoffé et enrichi. Organisé par type de production (arboriculture, viticultures, maraichage) et par thème (semences, eau et irrigation…), le salon est immense : 25 hectares, 350 exposants, 100 démonstrations, 120 conférences et des ateliers, un Club affaire avec la présence d’une vingtaine d’entreprises pour permettre à l’amont de la filière – les producteurs — de rencontrer l’aval afin d’écouler leurs produits. Un Club des financeurs présente depuis cette année les banques ou organismes pouvant compléter financièrement un projet. « Inimaginable il y a 10 ans », observe Jacques Pior. Autre nouveauté, un « concours » des toutes dernières innovations agricoles en matière de machinisme, de service ou d’intrant. C’est le public qui vote. Exemple : ce pulvérisateur à usage viticole ou maraîcher pour la biodynamie ou l’agriculture bio, à traction animale ! Ou encore, un effaroucheur sonore électronique, dernier cri !

L’effaroucheur dernier cri.

Dans les allées, on entend parler anglais et aussi portugais, allemand, finnois… Des délégations sont venues venues de 16 pays. Celle de la Polynésie se dit impressionnée par l’avance de la métropole. « C’est formidable, ces démonstrations ! Un salon comme celui-ci n’existe nulle part ailleurs », ajoute Stoïlko Apostollov, un vétérinaire de la délégation bulgare. « L’agriculture augmente assez rapidement en Finlande, précise Johanna Helkimo, dont la délégation se compose d’agriculteurs, d’un entrepreneur, d’un chercheur et de conseillers. Nous avons un projet régional dans le nord du pays. Notre but est d’innover dans les techniques et de trouver de nouveaux contacts. » Pour son collègue représentant de la délégation italienne, Federico Marchini, « le bien commun n’est pas la propriété d’une nation ou d’une région, c’est un concept de bien-être le plus élargi possible et un service rendu à une société, à un environnement soutenable et possible économiquement ». C’est pour ça qu’il est venu à Tech et Bio. Pour connaître et partager les connaissances, « sans jalousie, et dans l’espoir de pouvoir reproduire ce salon dans notre terroir ».




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[1Lire ou relire sur Reporterre le portrait de Nicolas Brahic, Trophée de l’excellence 2016.

[2Regarder les portraits des talents en vidéo sur le site internet du salon.


Lire aussi : Les drones et les robots sont-ils l’avenir de l’agriculture ?

Source : Pascale Solana pour Reporterre

Photos : © Pascale Solana/Reporterre

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