Le trafic des espèces sauvages se développe, s’alarme Robin des Bois

Durée de lecture : 4 minutes

4 mars 2014 / Philippe Desfilhes (Reporterre)

Animaux de tous poils, mais aussi plantes rares, font l’objet d’un trafic mondial effréné. En France, l’association Robin des Bois exerce une veille attentive sur ce fléau, à travers son indispensable bulletin A la Trace.


Les Nations Unies ont célébré lundi 3 mars la Journée mondiale de la vie
sauvage. C’est l’occasion de mettre en avant le travail fait par l’Association Robin des Bois dans sa lutte contre le braconnage et la contrebande d’animaux et particulièrement A la Trace, son nouveau bulletin d’information et d’analyses dont le troisième numéro est depuis peu en ligne.

« Nous avons constitué une équipe chargée de suivre trimestriellement les trafics à partir de coupures de presse ou des communiqués officiels que les Douanes et les Etats portent à notre connaissance », explique Jacky Bonnemains, président de Robin des bois. La tâche est considérable. Trois à quatre personnes se consacrent à plein temps à la recherche des informations et à leur vérification. Impossible bien sûr d’être exhaustif. « Selon Interpol, un dixième du trafic seulement est recensé. Mais nous suivons de la manière la précise possible les faits et gestes des trafiquants et essayons de décrypter leurs ruses et dissimulations en tous genres », poursuit Charlotte Nithart, rédactrice en chef d’A la Trace.

Hippocampes, concombres et strombes de mer géants, requins et mammifères marins, tortues, serpents, crocodiles ou sauriens, oiseaux et bien sûr primates, félins, éléphants, rhinocéros, … le macabre décompte des exactions s’étale sur 78 pages dans le dernier bulletin.

« Ce recensement était devenu nécessaire car la contrebande d’espèces menacées a pris ces dernières années des proportions considérables », indique la jeune femme. L’une des perspectives d’ A la Trace est à terme d’observer aussi le trafic d’espèces végétales protégées, dont on parle moins, mais qui est également très rentable pour les trafiquants, et beaucoup moins risqué.

Le sort fait au pangolin, l’un des mammifères les plus menacés par le braconnage, est particulièrement insoutenable. Le dernier bulletin permet d’estimer que 100 000 de ces petits insectivores ont été tués au cours des mois d’octobre, novembre et décembre 2013. « Il sont aujourd’hui essentiellement chassés en Afrique car les espèces asiatiques ont pratiquement disparu », rapporte Jacky Bonnemains. Mais c’est en Asie, et notamment en Chine, qu’ils sont consommés pour leurs supposées vertus médicinales. Leurs écailles ont également un prix, plus de 700 dollars américains (USD) le kilo selon les calculs de Robin des bois. « Nous avons appris que pour les détacher de l’animal, les trafiquants plongeaient celui-ci vivant dans de l’eau bouillante !"

- Un pangolin -

Mais A la Trace n’est pas seulement un répertoire d’histoires cruelles et parfois incroyables, « c’est un outil pour mieux comprendre comment ça se passe, par où et par qui et dans quelles circonstances »,souligne Charlotte Nithart.

Dans les prochains numéros, l’association s’attachera à cartographier de façon de plus en plus précise les trafics à la mode. C’est le cas par exemple du trafic de venins de cobras, qui est l’un des trafics émergents identifiés par Robin des bois. Stupéfiant ! Le venin séché est réduit en poudre et vendu 400 à 500 USD la dose, car il donnerait aux consommateurs une sensation d’euphorie et de résistance à la fatigue. « Nous avons repéré des pics lors des fêtes indiennes de Divali, la Saint-Valentin et les fêtes de fin d’année et suivons la diffusion de ce produit dans les diasporas indiennes jeunes et branchées », poursuit-elle.

L’association souhaite établir grâce son bulletin des statistiques permettant de faire par exemple un lien entre le braconnage des éléphants et des rhinocéros et certaines conditions climatiques et astronomiques, comme les inondations et la pleine lune. « Nous avions besoin d’aller plus loin que notre rôle d’observateur et de partie prenante aux conventions internationales sur la biodiversité », dit Jacky Bonnemains.

A la Trace permet aussi de mieux comprendre la variabilité du cours de ces matières premières interdites. « L’ivoire est évalué par les douanes du Kenya à plus de 1500 $ le kilo et par les douanes chinoises à 8000 $ le kilo. On comprend tout de suite le rôle d’aspirateur de la Chine ! Pour gagner gros, les têtes de réseaux doivent prendre le risque d’une contrebande internationale et transcontinentale, notamment par voie maritime. Or c’est un domaine dans lequel nous avons acquis des compétences logistiques importantes », explique Charlotte Nithart.

L’appartement parisien qui sert de QG à Robin des bois raconte ce combat permanent. Tous les exemplaires de l’hebdomadaire Le Marin et du quotidien Lloyd’s List, les deux bibles du transport maritime, sont conservés dans des boites d’archivage. Les murs attestent qu’ici on exerce ici depuis près de trente ans une surveillance extrêmement minutieuse des moindres faits et gestes de ceux pour qui un animal vaut plus mort que vivant.


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Source : Reporterre.

Photos :
. Dugong : Terre sacrée
. Pangolin : Wallpaper.

Lire aussi : Trois tonnes d’ivoire détruites à Paris pour sauver l’éléphant.

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