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Législatives

Législatives : un succès à confirmer pour la Nouvelle union populaire

Jean-Luc Mélenchon à Paris le 12 juin 2022.

La gauche et les écologistes rassemblés dans la Nupes ont rassemblé plus du quart des suffrages du 1ᵉʳ tour des élections législatives de juin 2022. Mais la transformation au deuxième tour dépend des abstentionnistes.

La Nupes (Nouvelle union populaire écologique et sociale) a en partie réussi son pari. L’alliance de la France insoumise, Europe Écologie-les Verts, le Parti communiste et le Parti socialiste a réussi à mettre en difficulté le parti présidentiel au premier tour de ces élections législatives du 12 juin 2022. Au niveau national, elle obtient 26,10 % des voix, tout juste devant le parti du président et de ses alliés qui récolte… 25,81 % des voix, selon les résultats colligés par Le Monde lundi matin.

D’après les chiffres du ministère de l’Intérieur, au lever du jour, la majorité présidentielle serait de nouveau devant la Nupes, alors que l’alliance de la gauche et des écologistes était donnée légèrement en tête le soir du scrutin. Sur Twitter, Manuel Bompard, le bras droit de Jean-Luc Mélenchon et candidat dans les Bouches-du-Rhône, a dénoncé « une manipulation » : « Alors que la Nupes réalise 6 101 968 voix (soit 26,8 %), le ministère de l’Intérieur ne lui attribue que 5 836 202 voix (soit 25,7 %) pour faire apparaître artificiellement le parti de Macron en tête. »

Des candidats Nupes n’auraient pas été comptabilisés sous l’étiquette de l’alliance à gauche notamment en outre-mer. C’est le cas par exemple à La Réunion, où deux députés revendiquant leur appartenance à la NUPES, Jean-Hugues Ratenon (LFI) et Karine Lebon (qui siège dans le groupe communiste), ont été estampillés « DVG » pour « Divers gauche ». Sur France info, lundi matin, l’eurodéputé écologiste David Cormand a déclaré que la majorité présidentielle « avait triché. Ils l’avaient déjà fait en refusant de mettre une nuance Nupes. C’est le Conseil d’État qui avait contraint le ministre de l’Intérieur à mettre cette nuance. Cela n’honore pas la politique », a-t-il regretté.

Quoi qu’il en soit, l’union de la gauche sera présente au second tour dans 406 circonscriptions sur 577, selon le dernier pointage indiqué lundi matin par Mathilde Panot sur France Info.

« Nous sommes de retour à l’Assemblée nationale », s’est félicitée l’eurodéputée EELV Karima Delli sur France 3 - les écologistes n’avaient plus de député depuis 2017.

Le Rassemblement national échoue à être la première force d’opposition au gouvernement avec 18,67 % des voix, mais peut se féliciter d’avoir fait un score historique pour des législatives. Il était à 13,2 % au premier tour en 2017. Derrière, Les Républicains sauvent les meubles avec 11,31 %, soit un score nettement supérieur à celui obtenu par Valérie Pécresse au premier tour de la présidentielle.

Abstention record

L’abstention, elle, bat un nouveau record à plus de 52,5 %. Elle avait été de 51,3 % au premier tour des législatives de 2017. « C’est un des maux de la 5ᵉ République, à toutes les élections autres que présidentielles vous avez un décrochage de la participation », dit à Reporterre Simon Persico, politologue à Sciences-Po Grenoble. « Même là où il y avait plus de compétition que d’habitude, vous avez une participation famélique. Elle touche en priorité les plus jeunes et les classes populaires, donc joue surtout contre la Nupes et du Rassemblement national. »

Ce premier tour peut également être vu comme un match nul, dans la mesure où les projections de ces résultats en sièges à l’Assemblée nationale laissent entrevoir que la Nupes peut prétendre au titre de première force d’opposition, mais n’obtiendrait pas la majorité. Le rassemblement autour du parti présidentiel, Ensemble, serait assuré d’avoir une majorité, mais pas absolue et avec l’appoint du Modem. Selon les projections de divers instituts de sondages, la Nupes remporterait 150 à 190 sièges à l’Assemblée nationale (contre 30 députés socialistes, 17 France insoumise et 10 communistes sortants), et Ensemble ! 255 à 295 sièges (contre 308 députés LREM et 42 députés Modem sortants).

L’extrême droite gagne encore du terrain

Toujours selon ces projections, Les Républicains arriveraient en troisième position avec 33 à 80 députés selon les différents instituts de sondages, contre 112 députés sortants. Le Rassemblement national peut espérer obtenir un groupe parlementaire à l’Assemblée nationale, avec des projections qui lui donnent 10 à 45 députés contre 8 députés RN sortants.

« La vérité est que le parti présidentiel est battu et défait au terme du premier tour. Pour la première fois de la 5ᵉ République, un président réélu ne parvient pas à réunir une majorité à l’élection législative qui suit », a réagi Jean-Luc Mélenchon à l’annonce des premiers résultats dimanche soir. Il a fustigé les projections en sièges des instituts de sondage : « Puissent-elles achever d’étourdir nos adversaires. » Et estimé que ces résultats étaient une « opportunité extraordinaire […]. J’appelle notre peuple à déferler dimanche prochain. »

« Le parti présidentiel est loin d’être défait »

« La logique d’union de la gauche porte ses fruits », observe Simon Persico. « Puisque la logique d’une union est de se qualifier au second tour voire de gagner. En revanche, le parti présidentiel est loin d’être défait, même si la prime à la majorité présidentielle est beaucoup plus faible que lors de toutes les élections législatives précédentes. »

Bien qu’arrivée en tête dans la première circonscription du Calvados, la Première ministre Élisabeth Borne avait choisi d’adopter un ton grave, pour sa déclaration dimanche soir. Rappelant que « des millions de Français ont choisi la majorité présidentielle », elle a appelé les électeurs à désigner « une majorité forte et claire », au « risque de l’instabilité ». Elle a également durement attaqué la Nupes, la renvoyant dos à dos avec le Front national. « J’appelle toutes les forces républicaines à se rassembler […]. Ce sont nos valeurs qui sont en jeu », a-t-elle insisté, excluant ainsi l’extrême droite et l’alliance de la gauche de ce champ républicain. « Nous avons face à nous une confusion inédite aux extrêmes. Nous ne céderons rien […] car rappelons-le, le progrès social ce n’est pas la décroissance économique, mais la liberté d’entreprendre et d’innover […], ce n’est pas une écologie d’interdits et de taxes mais une transition écologique ambitieuse. »

Fronts républicains

Si diaboliser son adversaire principal est de bonne guerre, « faire accroire que la Nupes est à l’extérieur du périmètre républicain est faux d’un point de vue factuel », réagit Simon Persico à la déclaration de Mme Borne. « Les formations qui composent la Nupes ont toujours été au rendez-vous du front républicain. Cela contribue par effet miroir à normaliser encore un peu plus le Rassemblement national. »

Le second tour, dimanche 19 juin, s’annonce serré. La faible participation fait qu’il y aura une majorité de duels, car il faut obtenir les voix de 12,5 % des électeurs inscrits sur les listes pour passer le premier tour. Si le quota n’est pas atteint, seuls les deux candidats en tête s’affrontent au second tour. Marine Le Pen a appelé ses électeurs à ne pas choisir entre la Nupes et Ensemble !, « entre ceux qui veulent vous priver de vos droits et ceux qui veulent vous priver de vos biens », a-t-elle déclaré.

En cas de duels opposant la Nupes et le Rassemblement national, la coalition présidentielle a précisé qu’elle donnerait les consignes de vote « au cas par cas ». Avant que la porte-parole du gouvernement, Olivia Grégoire ne rajoute ce lundi matin que « pas une voix ne doit aller au Rassemblement national ». Pour les affrontements RN-Ensemble !, la Nupes a elle pour message commun de faire « barrage à l’extrême-droite », avec des déclinaisons différentes au sein de l’alliance puisque EELV, par exemple, appelle clairement à voter pour les candidats de la majorité présidentielle.

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