Les confinements ont entraîné une forte hausse du méthane dans l’atmosphère, selon une étude
15 mars 2020, lors d'un épisode de confinement à Almería, en Espagne. La baisse des activités a paradoxalement entraîné une hausse du méthane. - Wikimedia / LaMons / CC BY-SA 4.0
15 mars 2020, lors d'un épisode de confinement à Almería, en Espagne. La baisse des activités a paradoxalement entraîné une hausse du méthane. - Wikimedia / LaMons / CC BY-SA 4.0
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La hausse de la concentration de méthane dans l’atmosphère est une source d’inquiétude majeure pour les climatologues. Il est en effet le deuxième plus important gaz à effet de serre émis par nos activités (agriculture, énergies fossiles, déchets), derrière le CO2. Dans un article publié le 5 février dans la revue Science, une équipe internationale de recherche explique en détail pourquoi ce méthane a très fortement augmenté dans l’atmosphère entre 2020 et 2023, au-delà de ce que prévoyaient les modèles.
Paradoxalement, c’est la chute de nos activités liée aux confinements en 2020 et 2021, lors de la pandémie de Covid-19, qui expliquerait 80 % de cette accélération anormale de l’accumulation de méthane, selon les chercheurs. Leurs travaux viennent ainsi confirmer et préciser des résultats antérieurs.
Plus précisément, les confinements ont entraîné une réduction de nos émissions de polluants, notamment les oxydes d’azote et monoxydes de carbone. Or ceux-ci réagissent dans l’atmosphère et contribuent à former des radicaux hydroxyles. À leur tour, ces radicaux jouent un rôle de « nettoyage » en contribuant à détruire le méthane. Cela paraît contre-intuitif mais : moins de polluants entraîne moins de nettoyage et... plus de méthane.
Les conditions climatiques ont amplifié le phénomène
Les chercheurs ont identifié une seconde cause à cette hausse soudaine de méthane : les zones humides (marais, lacs, sols saturés en eau). Celles-ci émettent naturellement du méthane via l’activité microbienne de ces milieux. Des conditions particulièrement humides sur la période 2020-2023, liées au phénomène La Niña, ont accentué ces émissions, notamment en Afrique tropicale et en Asie du Sud-Est.
En revanche, le méthane émis par les fuites lors de la production d’énergies fossiles, et celui émis par les feux de forêts n’ont que peu évolué sur la période.
« La forte sous-estimation de cette hausse de méthane en 2020-2021 montre qu’il manque des cases dans nos modèles. Il est très important d’en tenir compte pour mieux comprendre la réponse des sources naturelles de méthane au changement climatique et aux changements d’humidité qu’il entraîne », dit Philippe Ciais, auteur principal de l’étude et chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement.
Quant à la hausse de méthane engendrée par la baisse de la pollution de l’air, elle ne fait qu’accentuer le besoin de baisser d’autant plus rapidement toutes nos sources d’émissions de gaz à effet de serre, soulignent les scientifiques.