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ReportageQuotidien

Les couches lavables sans s’épuiser, c’est possible

L’entreprise Eco-couches, en Suisse, propose un service de location et nettoyage de couches lavables.

Fini les couches jetables et leur corollaire : des tonnes de déchets. Avec son service de location, nettoyage et livraison, l’entreprise Eco-couches, en Suisse, entend lever les derniers freins à l’adoption des couches lavables.

Genève (Suisse), reportage

« Sans ce service, je serais restée aux couches jetables », admet Julia, 40 ans, dans son appartement du 8ᵉ étage d’un beau quartier genevois. Et quand on voit Luce, 2 ans, qui parvient à grimper sur la bibliothèque, renverser un verre d’eau près de l’ordinateur et escalader sa mère pour lui attraper les cheveux en moins de temps que ne dure l’interview, on comprend pourquoi Julia n’a guère le loisir de faire des machines à laver supplémentaires.

Pourtant, cette employée de WWF est une écologiste convaincue : dès sa première grossesse, il y a dix ans, elle a souhaité utiliser des couches lavables dans une démarche zéro déchet. Un enfant consommerait en effet environ 3 800 couches avant de devenir propre, ce qui représente 690 000 tonnes de déchets chaque année en France, selon une étude de l’Ademe.

Nicolas, 47 ans, ancien gestionnaire de ventes, a fondé la petite société familiale qu’il gère avec Ariane Grazioli, sa mère. © Adèle Daumas / Reporterre

C’est en furetant sur une foire qu’elle a rencontré Eco-couches. La petite entreprise venait tout juste de se monter, Julia est l’une de leurs premières clientes. Et cette expérience l’a suffisamment satisfaite pour qu’elle réitère huit ans plus tard, à la naissance de Luce. L’objectif d’Eco-couches est simple : convaincre les jeunes parents débordés d’adopter les couches en tissu, en les déchargeant de la tâche fastidieuse de leur nettoyage.

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En France et en Belgique, ce genre de services existent également — listés sur le site Couches lavables & cie — comme l’association alsacienne Alsace éco services ou L’Atelier des langes à Nantes.

Nettoyer les couches, un « frein à leur adoption »

Au pied de l’immeuble de Julia, Nicolas Grazioli, 47 ans, attend aux côtés de sa Citroën Nemo rouge pétant. Avec son long manteau noir et sa passion pour les figurines Warhammer, Nicolas n’a pas exactement le profil qu’on attendrait d’un promoteur de la couche durable. Et pourtant, cet ancien gestionnaire de ventes a fondé la petite société familiale qu’il gère avec Ariane Grazioli, sa mère.

L’idée lui est venue alors qu’il s’occupait de la fille de son ancienne compagne, qui a dû passer aux couches en tissu à cause de problèmes d’irritation des fesses. « Je me suis rendu compte de tout le travail que ça représentait d’avoir à nettoyer ces couches, que c’était un énorme frein à leur adoption. J’ai réfléchi à une solution pour que les parents puissent avoir le choix entre ces deux solutions [jetables et lavables], parce qu’aujourd’hui, ils ne l’ont pas », raconte-t-il.

Avec 6 à 8 couches utilisées quotidiennement, choisir l’option lavable revient à faire une machine tous les deux jours au maximum. Ce nettoyage représenterait 202 heures de travail jusqu’aux 3 ans de l’enfant, en prenant en compte le temps de rinçage, de préparation des machines, d’étendage et de pliage [1]. Soit près de six semaines d’activité professionnelle à temps complet.

Produits chimiques dans les couches jetables

Une besogne et une charge mentale additionnelles qui reposent essentiellement sur les femmes : elles sont en « première ligne » des tâches domestiques lors des deux années suivant la naissance de l’enfant, observe la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) dans une enquête récente sur la parentalité des hommes.

« Je suis parti d’un problème concret, résume Nicolas. Et puis en me renseignant, j’ai pris conscience de l’impact écologique et sanitaire des couches jetables. » Outre l’ampleur des déchets à traiter, leur composition est pointée du doigt par l’Anses et plusieurs organisations environnementales car elles contiennent pour certaines des produits chimiques toxiques.

Ce sont ces arguments qui ont convaincu Ariane, 72 ans, de soutenir son fils dans cette aventure. « Jusqu’à 3 ans, les enfants sont assis toute la journée sur une usine chimique ! », s’indigne la retraitée, vitupérant contre les « perturbateurs endocriniens » présents dans les couches jetables, comme l’a révélé 60 Millions de consommateurs en 2017.

Notons que l’utilisation de couches lavables a aussi un coût écologique, lié à leur usage (énergie, eau...) : l’Ademe conseille aux parents qui les adoptent de les laver à 40 °C et de les faire sécher à l’air libre.

Tournée en voiture pour récupérer les couches

Aujourd’hui, lundi, c’est la tournée dans la région de Genève. Avec 48 adhérents en ce moment, Nicolas s’en sort tout seul — quand il y en avait jusqu’à 90 à une période, son cousin venait lui prêter main forte. Entre 20 heures et 2 heures du matin — pour éviter les bouchons qui gangrènent l’agglomération aux heures de pointe —, il dépose un sac rempli d’une quarantaine de couches propres sur le pas de la porte de chaque famille et récupère le linge sale en échange. Le vendredi, il se rend du côté de Lausanne, à une heure de route de Genève. Entre les deux, il nettoie les vêtements souillés. Dans le local de l’entreprise, trois machines à laver font tourner les couches à 40 °C avec de la lessive et une solution désinfectante oxygénée.

« Quand on a monté l’entreprise, j’ai contacté la maternité de Lons-le-Saunier [qui a adopté les couches lavables dès 2012] pour qu’ils me transmettent leur protocole de nettoyage, explique Ariane, dont ils se sont inspirés. Chaque enfant a son propre trousseau », fourni par Eco-couches. La septuagénaire coud des boutons de couleur pour reconnaître les affaires de chaque enfant après le lavage. C’est aussi elle qui s’occupe du reconditionnement lorsqu’un trousseau passe d’un enfant à l’autre (il faut désinfecter et laver à 60 °C). Les couches lavables peuvent être utilisées entre trois et cinq ans.

« Chaque enfant a son propre trousseau »

En échange, les parents cotisent à hauteur de 100 CHF (francs suisses) par mois (environ 106 euros). Julia a fait le calcul : en restant aux couches jetables, elle en aurait pour environ 80 CHF par mois. « Oui, c’est un peu plus cher », mais avec son salaire plus celui de son mari urbaniste, « ça ne fait pas une grande différence ». Déléguer ce qu’on appelle les tâches de care (le soin) n’est souvent accessible qu’aux personnes les plus privilégiées, et repose généralement sur le travail de femmes plus pauvres.

Au final, «  vous faites des économies car c’est plus désagréable pour l’enfant de porter une couche sale lorsqu’elle est en tissu. Ça l’encourage à passer au pot  », dit Ariane. © Adèle Daumas / Reporterre

« À l’arrivée, vous faites des économies, soutient Ariane. Avec les couches lavables, les enfants sont propres plus rapidement, tout simplement parce qu’elles retiennent beaucoup plus l’humidité et que c’est plus désagréable de porter une couche sale lorsqu’elle est en tissu. Ça les encourage à passer au pot. »

Un service au plus près des parents

Sans publicité, c’est par le bouche-à-oreille ou parce que les parents ont trouvé leur service sur Internet que Nicolas et Ariane recrutent leurs clients. Malgré le service proposé par Eco-couches, passer aux couches lavables demeure un engagement pour les familles. « Il y a un peu plus de fuites », observe Alma. « Les couches sont plus épaisses, donc ça implique d’avoir des vêtements plus grands et ça fait de plus gros sacs lorsqu’on sort », complète son conjoint. Un constat partagé par Julia : « Il y a plus de contraintes, notamment lorsqu’on part en vacances. »

Alma et Mathias espèrent qu’avec les couches lavables, leurs jumeaux seront propres plus rapidement. © Adèle Daumas / Reporterre

D’ailleurs, les adhésions fluctuent en fonction des saisons : certains parents peuvent avoir profité du temps plus flexible de l’été pour apprendre à leur enfant à devenir propres, d’autres repassent aux jetables après en avoir utilisé en vacances... Dans ces cas-là, Eco-couches suspend temporairement leur abonnement.

Un geste apprécié par les familles mais qui se répercute directement sur les finances de l’entreprise, très dépendantes de ces variations. D’ici quelques mois, Nicolas et Ariane entendent développer des franchises Eco-couches dans d’autres villes suisses.

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