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ReportagePolitique

Les écologistes s’organisent contre le RN à la campagne... mais peinent à sortir de l’entre-soi

Ces universités des ruralités écologistes ont été un lieu de retrouvailles pour la formation politique, mais aussi le point de départ de la campagne présidentielle pour Marine Tondelier.

Les Écologistes organisaient dans le Tarn, la quatrième édition de leurs universités des ruralités. L’occasion pour le parti de tenter de parler depuis ces territoires et de réfléchir à sa stratégie vis-à-vis du RN... tout en laissant les questions antiracistes hors jeu.

Gaillac (Tarn), reportage

Ils ont beau savoir depuis longtemps qu’elles seront demain encore plus fortes et plus fréquentes, les Écologistes ne sont pas pour autant immunisés contre les chaleurs extrêmes. À Gaillac, dans le Tarn, la quatrième édition de leurs universités des ruralités écologistes (URE) a été largement bousculée le weekend du 27 au 29 juin : 39 °C en journée, salles municipales surchauffées et des invités contraints d’annuler au dernier moment faute de train…

« Maintenant vous savez ce que c’est pour nous de monter à la capitale ! » lance un brin malicieux Bruno Roturier, l’une des forces vives de l’organisation, à ses camarades venus de toute la France. Lui vient d’un petit village du Tarn, où « pendant longtemps ma parole écolo n’était pas prise au sérieux. Mais là, avec cette vague de chaleur, les gens voient bien que certaines vérités qu’on leur dit depuis des années sont vraies. »

La quatrième édition des universités des ruralités écologistes (URE) a été largement bousculée le weekend du 27 au 29 juin : 39 °C en journée, salles municipales surchauffées et des invités contraints d’annuler au dernier moment faute de train. © Anouk Passelac / Reporterre

300 participants au total, essentiellement adhérents écologistes, sont venus pendant trois jours assister à une pléthore d’ateliers : petites lignes de train, crise viticole, déserts médicaux, extractivisme, violences sexistes et sexuelles et vies LGBTQIA+ en campagne… Et pour amener plus de convivialité, ils et elles étaient accueillis par un « banquet des transitions » végétarien.

Une manière de sortir du format classique des meetings, mais pas de l’apprentissage descendant. Le focus était d’abord mis sur la parole scientifique avec un défilé de mini-exposés pointus sur la microbiologie des sols ou la gouvernance de l’eau, suivis des plus classiques prises de paroles d’élus et militants venus témoigner.

Sivens, Sainte-Soline, «  on ne ressort pas indemne de ces combats-là  »}, rappelle le député de Charente-Maritime Benoît Biteau, l’une des rares figures écologistes rurales, avec sa collègue de la Drôme Marie Pochon, à avoir une audience nationale. © Anouk Passelac / Reporterre

Benoît Biteau a ainsi honoré la mémoire de Rémi Fraisse, tué à quelques kilomètres de là en 2014 par des gendarmes mobiles, dans une lutte pour sauver une zone humide. À Sivens, comme à Sainte-Soline, « on ne ressort pas indemne de ces combats-là », a rappelé le député de Charentes-Maritimes, l’une des rares figures écologistes rurales, avec sa collègue de la Drôme Marie Pochon, à avoir une audience nationale. À sa suite, Thomas Brail, infatigable militant du Groupe national de surveillance des arbres, a partagé son amère satisfaction que désormais, sur les plateaux TV, « ils ne peuvent plus nier la réalité » du changement climatique.

Minoritaires dans leur parti et dans leur village

Le problème c’est qu’« avoir raison » ne suffit pas en politique. Et trois mois après des municipales décevantes, difficile d’afficher comme en 2024 l’ambition de « devenir le premier parti des ruralités » quand l’extrême droite est promise par les sondeurs à obtenir 30 % des votes de certains départements dans dix mois. L’Occitanie a aussi vu basculer des bastions de gauche comme Foix ou Figeac à droite, et, dans le Tarn, les divisions de listes ont permis à l’extrême droite de prendre la mairie de Castres.

Dans ces temps tumultueux, ces universités étaient l’occasion pour les écolos ruraux de se retrouver, eux qui sont à la fois minoritaires dans leur parti et dans leur village : « Ils et elles se sentent parfois très isolés et venir ici ça booste et redonne de l’énergie », souligne Alice Carret, cosecrétaire de la fédération de Midi-Pyrénées.

« On essaie de parler à d’autres personnes, pas juste dans les métropoles »

Mais si leur conscience écologique est ancienne, difficile de ne pas voir combien les militants se vivent en dehors et à l’écart de leurs voisins dans le monde rural, d’autant plus quand ceux-ci votent à l’extrême droite. Le journaliste et documentariste Vincent Jarousseau y a pourtant rappelé les racines profondes de ce vote « indissociable des bouleversements de l’appareil productif », ainsi que la « stratégie de long terme construite autour de Marine Le Pen pour s’implanter dans les territoires désindustrialisés ».

«  C’est difficile de militer dans certains territoires, nos militants se sentent parfois très isolés et venir ici ça booste et redonne de l’énergie  », souligne Alice Carret, cosecrétaire de la fédération de Midi-Pyrénées. © Anouk Passelac / Reporterre

Surtout, la grande force de ce parti, c’est de créer un imaginaire, un sentiment d’appartenance de personnes « avec un niveau d’étude plus bas que la moyenne » nourrissant une volonté de revanche articulée à un racisme normalisé, comme l’expliquait à Reporterre le sociologue Félicien Faury.

En miroir inversé, les Écologistes rassemblent surtout des personnes fortement diplômées, même en ruralité, et très impliquées politiquement. « On a avancé sur les questions de la place des femmes et de la diversité, explique Alice Carret, mais clairement l’endroit où on est le moins diversifié, c’est le niveau d’études, où on reste dans un entre-soi. » Avec ces universités des ruralités, « on essaie justement de parler à d’autres personnes, pas juste dans les métropoles », espère-t-elle.

Créer de « la vraie complicité et de l’estime mutuelle » avec les électeurs du RN

Reste à le faire sans se placer dans la position des « donneurs de leçons ». En la matière, il reste encore du travail. « C’est très tentant de se sentir supérieur, comme si on avait la vérité, mais ça, c’est une impasse », s’est ainsi sentie obligée de rappeler Marie Pragout, élue départementale en Charente lors d’un atelier intitulé : « Parler aux électeurs du RN : pourquoi, comment ? » Pour convaincre, elle plaide pour l’empathie pour ces électeurs et « essayer de les côtoyer et de les connaître », l’argumentation passant seulement ensuite : « Nous, on s‘appuie sur la science, mais si on essaye de caser des arguments rationnels en début de conversation, ce n’est même pas la peine. »

300 participants au total, essentiellement adhérents écologistes, sont venus pendant trois jours assister à une pléthore d’ateliers : petites lignes de train, crise viticole, déserts médicaux, extractivisme, violences sexistes et sexuelles et vies LGBTQIA+ en campagne… © Anouk Passelac / Reporterre

Plus au sud, Émilie Sarrazin, conseillère régionale Nouvelle-Aquitaine et élue à Gradignan, explique que le dialogue avec ces électeurs d’extrême droite « doit devenir notre quotidien même si ça suscite de la peur ». Au point de suggérer aux militants de prévoir des « sas de décompression » après avoir été à la rencontre d’électeurs du camp adverse. Autre astuce : « Parler avec du vocabulaire normal, pas intello, par exemple ne pas parler de ruralité mais de campagnes. »

Quelqu’un dans la salle rappelle quand même que « le vote RN rassemble aussi des radicalisés de la Manif pour tous ou des banquiers d’affaires », et de préciser que « l’empathie, c’est encore très surplombant, il faut créer de la vraie complicité et de l’estime mutuelle ».

Les enjeux antiracistes quasi absents

Dans la salle voisine, la discussion porte sur la culture comme moyen de résister à l’extrême droite. On s’y interroge par exemple sur comment monter un tiers-lieu « de la bonne façon », sans gentrifier, ni se couper de la population locale. Plusieurs adhérents rappellent l’importance des pratiques culturelles populaires du quotidien, tandis qu’une élue raconte son émerveillement d’avoir vu « un balèti [1] : des gens qui dansent de 7 à 77 ans ».

Tout, dans ces discours d’apparence bienveillante, révèle un fossé social effarant, qui conduit même certains militants à se décrire comme stigmatisés dans leur communauté villageoise. « On est un peu l’arabe du coin », ose même une militante de l’Aude devant une salle presque uniquement composée de personnes blanches, qui ne réagira pas à cette sortie raciste.

D’autant qu’hormis un atelier sur l’invisibilisation des travailleurs saisonniers, les enjeux antiracistes, bien présents dans les mondes ruraux, ont été les grands absents du weekend. Idem pour la population locale du Tarn, à l’exception de quelques collectifs de luttes et sympathisants.

Pour Marine Tondelier, Gaillac est la première étape de lancement d’un tour de France de 5 000 km en van électrique, «  zéro carbone, 100 % terrain  ». © Anouk Passelac / Reporterre

Si Gaillac a été au final un lieu de retrouvailles pour la formation politique, c’était enfin et surtout le point de départ d’une autre campagne : un tour de France de 5 000 km en van électrique, « zéro carbone, 100 % terrain » pour Marine Tondelier.

Arrivée tardivement faute de train fonctionnel, la secrétaire nationale du parti, au sein duquel elle est de plus en plus chahutée a profité de sa venue pour évoquer les « territoires méprisés de la République », liant le sort des bourgs, des tours mais aussi des urbains en surchauffe sous les combles. Prônant une « écologie du lien », pas question pour elle d’opposer les groupes sociaux, ni de figer chacun où il ou elle vit « parce qu’aujourd’hui tout le monde bouge ». Elle, en tout cas, trace son chemin vers la très incertaine primaire de la gauche.

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