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Luttes

Les luttes ont remporté plusieurs victoires en ce début d’année

Manifestation, à l'été 2021, contre un projet de complexe hôtelier luxueux sur l'île Berder dans le Morbihan. La justice y a mis un coup d'arrêt.

Fin de partie pour une carrière, une porcherie industrielle ou un méthaniseur géant. Chaque mois, Reporterre met en avant des victoires remportées par des militants écologistes en lutte.

L’année 2024 commence plutôt bien pour les luttes écolos. Après des années de combats, plusieurs collectifs viennent de remporter des victoires contre un projet de golf, deux carrières, une porcherie, ou encore un mégaméthaniseur. Tour d’horizon des bonnes nouvelles de ces dernières semaines.

Pas de golf sur la Montagne Noire

Après treize ans de lutte, les militants qui s’opposaient au projet de golf de Fontiers-Cabardès, proche de Carcassonne, dans la montagne Noire, ont remporté leur combat. Le 16 janvier, le préfet de l’Aude a déclaré qu’il serait « totalement absurde d’avoir un discours de préservation de la ressource en eau en montagne Noire et d’être en accord avec un projet de golf ».

Ce projet avait été lancé par l’héritière de la marque de vêtement Lacoste. Elle souhaitait construire un parcours de dix-huit trous avec un hôtel restaurant ainsi qu’un complexe résidentiel de villas, maisons de luxe et un héliport. Le tout aurait conduit à la bétonisation de 200 hectares. Les opposants se sont réjouis de cette déclaration mais disent rester « vigilants » sur l’avenir des terres agricoles et naturelles de la région.

Victoire contre la carrière de Saint-Colomban

Le projet d’extension de la carrière Lafarge à Saint-Colomban en Loire-Atlantique a été suspendu le 13 janvier. C’est le maire du village qui a annoncé la nouvelle lors de ses vœux annuel. Lafarge France justifie cet abandon par des raisons économiques : « Le contexte est particulièrement dur pour notre secteur ; la construction et le logement subissent de plein fouet la crise », comme le rapporte Ouest France.

Ce projet d’extension d’une carrière de sable et de granulats était vivement contesté depuis des années. Les opposants dénonçaient notamment l’artificialisation de terres agricoles et l’impact sur les nappes phréatiques

La lutte de Saint-Colomban est devenue un sujet national après une manifestation des Soulèvements de la terre en juin 2023. En effet, outre la pression exercée par les industriels du sable, des activistes écolos dénoncent, aussi, la mainmise de l’agriculture industrielle. Certains activistes avaient pénétré dans des serres et arraché du muguet et de la mâche. Ils dénonçaient ainsi la razzia des maraîchers industriels nantais sur les terres agricoles de la région.

Défaite pour une carrière de Vinci

Autre victoire contre une carrière, cette fois en Bourgogne. La filiale de l’industriel du béton TRMC, qui souhaitait agrandir la carrière de pierres de Sainte-Cécile en Saône-et-Loire, a été déboutée le 22 décembre 2023. Un arrêté préfectoral a abrogé l’enquête publique relative à sa demande d’autorisation environnementale. Une décision motivée par le fait que « la consultation [...] a été faite en majorité sur ce dossier erroné ». La vigilance est de mise : « On n’est pas crédules, on sait très bien qu’ils vont revenir. S’il faut, on ira jusqu’au juridique », a déclaré à France 3 Camille Petit, coprésidente de l’association Les amis de Sainte-Cécile.

Le projet vise à agrandir la carrière sur plus de 8 hectares, dont 7 hectares de bois classés Natura 2000. Les riverains s’inquiètent des pollutions que cette industrie pourrait engendrer ainsi que de l’achat des terres agricoles alentour. « La carrière a acheté des terrains à des prix d’or. En tant que jeune agriculteur, je ne peux pas les concurrencer et agrandir ma surface », expliquait à France 3 Maël Basdevant, éleveur caprin.

À Colmar, la friche urbaine ne sera pas bétonnée

Le chemin du Castor va-t-il être sauvé ? À Colmar, le collectif qui se bat contre l’urbanisation du secteur du Biberacker Weg a remporté une victoire juridique le 10 janvier. Le permis d’aménager pour un lotissement de cinquante logements a été retoqué par la mairie. La raison : l’absence d’étude environnementale. Cet espace de verdure, un ancien quartier maraîcher d’une dizaine d’hectares, est devenue une friche, attirant les promoteurs immobiliers.

La fin d’une porcherie ?

Le tribunal administratif de Rennes a annulé le 21 décembre 2023 un arrêté autorisant l’extension de la porcherie de Priziac dans le Morbihan. Le jugement s’appuie sur l’avis de l’Autorité environnementale qui s’inquiète de « l’impact sur les milieux naturels des retombées d’azote » et « des émissions d’ammoniac [qui] apparaissent ici comme une limitation environnementale forte à l’intensification de l’élevage que permet le traitement des déjections ». Dans Ouest France, Christophe Janno — président d’Ar Gaouenn, l’association qui porté l’affaire en justice — estime qu’« il y a une connivence des services de l’État vis-à-vis de ce genre d’élevages ». Pour le collectif d’opposition Rafu, il s’agit d’une « décision historique susceptible de faire jurisprudence pour d’autres batailles juridiques ».

L’île de Berder sauvée des griffes d’un promoteur

Fin de partie pour la municipalité de Larmor-Baden, dans le Morbihan. Mi-novembre, le Conseil d’État a rejeté le pourvoi de la mairie concernant son plan local d’urbanisme qui autorisait la construction d’un projet immobilier. L’île de Berder avait été vendue à un promoteur qui souhaitait y construire un établissement hôtelier de luxe. « La justice administrative classe donc de manière définitive l’île de Berder en espace remarquable, conformément aux protections dont elle bénéficie depuis longtemps », explique le collectif Berder Ensemble dans Actu.

Pas plus de déchets en Corse

En Corse, après une dizaine d’années de lutte, le centre d’enfouissement de déchets de Ghjuncaghju a subi un fort revers judiciaire. Le 29 novembre dernier, la préfecture de Haute-Corse a refusé d’accorder une dérogation à destruction d’espèces protégées sur le site. Une défaire juridique pour la société Oriente Environnement, porteuse du projet. Le Conseil national de protection de la nature (CNPN) conseille même « d’abandonner le projet et de trouver un site alternatif ». Pour les opposants, cette décision est une victoire. « Nous caressons à nouveau l’espoir de faire annuler le projet car l’arrêté le remet complètement en cause. En plus, nous voyons que la population est derrière nous », assurait à Reporterre Pascale Bona, une des membres actifs du collectif d’opposants Tavignanu Vivu.

Un collectif d’associations corses avait publié une «  Déclaration des droits  » du Tavignanu symbolique, afin de le doter d’une personnalité juridique. Wikimedia / CC BY-SA 3.0 Deed / Pierre Bona

Échec pour un méthaniseur géant en Loire-Atlantique

Il n’y aura pas de méthaniseur géant à Corcoué-sur-Logne, en Loire-Atlantique. En novembre dernier, le préfet du département a décidé de ne pas valider ce projet porté par une coopérative d’agriculteurs mais surtout par la société Nature Energy — un producteur danois de biométhane racheté par le groupe pétrolier Shell. Dans l’arrêté publié le 1er décembre, le préfet motive sa décision en expliquant que neuf recommandations parmi les dix-sept formulées par la mission régionale de l’Autorité environnementale ont été « peu ou pas prises en compte ». Il pointe également l’inadaptation de la desserte routière, ainsi que l’opposition de la majorité des communes concernées.

Pour les opposants, réunis au sein du collectif La Tête dans le gaz, c’est une victoire. « On est hyper heureux d’avoir été écoutés et entendus », a déclaré à France 3 Mauricette Couëron, membre du collectif. Claude Naud, le maire de Corcoué-sur-Logne, s’est également réjoui de cette décision sur la même chaîne. « Je ne suis hostile à aucune forme de méthanisation ou de quelque autre forme de production d’énergie, à condition qu’elle soit pensée, raisonnable sur les territoires, en accord avec ceux qui y vivent. »

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