Les potagers coulissants, ou quand des fraises pousseront sur nos fenêtres

10 juin 2014 / Lorène Lavocat (Reporterre)

En agriculture urbaine, on connaissait les jardins partagés, les cultures sur toit ou le principe de la nourriture partagée. Deux jeunes lancent avec « Fraise des villes » un nouveau concept qui ne demande qu’à essaimer : le potager coulissant.


En ville, les légumes gagnent du terrain sur le bitume et colonisent les toits. Mais dans quelques années, ils pourraient désormais envahir nos fenêtres ! L’idée fait en tous cas son chemin dans la tête fertile de deux jeunes Français, l’un issu d’une école de commerce, l’autre d’une formation de design.

Il y a moins d’un an, Gaëtan Laot et Pierre-Marie Malfondet mettent au point un prototype de potager coulissant. Le principe est simple : des jardinières pouvant contenir une dizaine de plants fixées à des sortes de volets coulissants. « En ville, la fenêtre est l’interface entre l’intérieur et l’extérieur, explique Gaëtan Laot. Le potager coulissant permet de cultiver une plus grande surface qu’avec une jardinière classique ». Pratique et esthétique, ce jardin vertical ne pourra pas pour autant nourrir une famille. « Il s’agit plus d’un moyen pour reconnecter les personnes déracinées, c’est une porte d’entrée vers l’agriculture urbaine ».

Pour Antoine Lagneau, spécialiste du sujet à Natureparif, « même s’il n’y a pas grand chose de nouveau, leur projet participe au foisonnement d’idées et d’initiatives autour de la nature en ville. »


- Gaëtan Laot et Pierre-Marie Malfondet -

Le concept d’agriculture urbaine a le vent en poupe et essaime des graines prolifiques dans toutes les grandes villes de France. « Le mouvement est encore en phase d’expérimentation, mais il prend de l’ampleur », précise Antoine Lagneau. Ruches sur les toits, fermes urbaines, nourriture à partager... Pour Gaëtan Laot, « une autre société est en train de voir le jour ». Il rédige actuellement un guide de l’agriculture urbaine, à paraître en octobre aux éditions Bonneton. « Je visite des jardins, et je vois beaucoup d’espoir, raconte-t-il. Cultiver ensemble en ville créer du lien social, du bien-être . »

Car si l’agriculture urbaine ne pourra pas nourrir les millions d’habitants de la capitale, « elle contribue au retour de la nature dans les quartiers, donc de la biodiversité ». D’après Antoine Lagneau, « il ne faut pas opposer agricultures urbaine, périurbaine et rurale, car elles sont complémentaires. Chacune a son rôle à jouer. »

En avril 2013, les deux compères flairent un parfum de nature dans les rues de la capitale. Pierre-Marie Malfondet vient alors d’achever un travail sur le biomimétisme, Gaëtan Laot sort quant à lui d’une expérience professionnelle éprouvante à GDF-Suez. « J’ai passé 18 mois à la Défense, dans le monde des multinationales, témoigne-t-il. Les rapports superficiels, la déconnexion avec la réalité, la référence constante aux marges et au chiffre d’affaires, tout ça m’a laissé une grande désillusion ». Il auto-édite un roman inspiré de son ressenti, et décide de chercher des « solutions concrètes à la crise écologique ». Les deux amis de longue date se retrouvent : le projet de Fraise des villes est né.

Mais le prototype peine à trouver preneur. « On s’est retrouvé dans une impasse ». Car le potager coulissant est avant tout destiné aux collectivités et aux bailleurs de fonds, qui requièrent des certifications et des assurances en pagaille avant de commander des jardinières estimées à « moins de mille euros » chacune. Sans oublier les fabricants, qu’il faut convaincre avec force études de marché et business plans. Pour contourner les obstacles, Fraise des villes s’est associé à un architecte, et va lancer un financement participatif, via la plate-forme KissKissBankBank.



Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. Il n’y jamais eu autant de monde à lire Reporterre, mais nos revenus ne sont pourtant pas assurés.

Contrairement à une majorité de médias, nous n’affichons aucune publicité, et laissons tous nos articles en libre accès, afin qu’ils restent consultables par tous. Reporterre dépend en grande majorité des dons de ses lecteurs. Le journal, indépendant et à but non lucratif, compte une équipe de journalistes professionnels rémunérés, nécessaire à la production quotidienne d’un contenu de qualité. Nous le faisons car nous croyons que notre point de vue, celui de l’environnement et de l’écologie, compte — car il est aussi peut-être le vôtre.

Notre société a besoin d’un média qui traite des problématiques environnementales de façon objective, libre et indépendante, en restant accessible au plus grand nombre ; soutenir Reporterre est ma manière de contribuer à cette démarche. » Renan G.

Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre



Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre.

Source : Lorène Lavocat pour Reporterre

Photos : Fraise des villes

Lire aussi : Le boom de l’agriculture urbaine


Cet article a été rédigé par une journaliste professionnelle et a entrainé des frais. Merci de soutenir Reporterre :

DOSSIER    Alimentation

THEMATIQUE    Agriculture
17 juillet 2018
Les normes écrasent les agriculteurs
Enquête
17 juillet 2018
La privatisation des barrages menace la gestion de l’eau
Tribune
17 juillet 2018
La méthanisation est-elle une bonne solution énergétique ?
Une minute - Une question


Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre

Dans les mêmes dossiers       Alimentation



Sur les mêmes thèmes       Agriculture





Du même auteur       Lorène Lavocat (Reporterre)