Les trains de nuit repartent, mais à petits pas
Des militants réunis gare de l'Est, à Paris, pour réclamer davantage de trains de nuit : la totalité des lignes envisagées convergent vers Paris. - © Violaine Colmet Daâge / Reporterre
Des militants réunis gare de l'Est, à Paris, pour réclamer davantage de trains de nuit : la totalité des lignes envisagées convergent vers Paris. - © Violaine Colmet Daâge / Reporterre
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Les trains de nuit Paris-Aurillac et Paris-Berlin sont de retour. Heureuse nouvelle. Des militants se sont toutefois mobilisés pour avertir que le nombre de lignes et de wagons est insuffisant.
Paris, reportage
« Vive le train, vive le train, vive le train de nuit ! Si on n’agit pas, demain, on sera cuit ! » Bonnet sur la tête, polochon sur l’épaule et valise à la main, Jean-François entonne joyeusement le cantique de Noël — Vive le vent — réarrangé pour l’occasion. Le militant de Greenpeace et de 350.org a répondu à l’appel du collectif Oui au train de nuit.
« Il y a quelques années, j’ai sillonné l’Europe à bord du train de nuit », se souvient-il. Avec quelques dizaines d’acolytes, il est venu mardi soir 12 décembre gare de l’Est fêter la liaison Paris-Berlin, enfin rouverte après dix ans d’interruption. « C’était stupide de l’arrêter ! » Le groupe est aussi là pour réclamer plus d’ambition pour le rail. « Depuis dimanche, une vingtaine de villes se sont mobilisées pour demander au gouvernement d’accélérer le déploiement des trains de nuit », indique Nicolas, membre du collectif. Qui encourage, le gouvernement à commander rapidement une flotte suffisante de voitures-couchettes ainsi qu’à ouvrir des lignes transversales.
À l’arrêt depuis, respectivement, 2003 et 2014, les lignes nocturnes Paris-Aurillac et Paris-Berlin ont repris le rail ces derniers jours. La liaison franco-germanique disposera de trois liaisons hebdomadaires jusqu’en octobre 2024, avant de devenir quotidienne. La liaison Paris-Aurillac (Cantal) bénéficie, elle, « d’un aller-retour quotidien pendant les périodes de vacances des zones A et C, ainsi que les vendredis et dimanches soirs, dans chaque sens en dehors des périodes de vacances », précise la SNCF voyageurs.
Arrivée le matin même en provenance de Berlin, la première liaison de nuit entre les deux capitales avait à son bord le ministre délégué aux transports, Clément Beaune. « Nous avons désormais six lignes de trains de nuit, s’est-il réjoui à la descente du train. L’objectif est d’en avoir une dizaine d’ici 2030. » Une commande de voitures-couchettes devrait être passée fin 2024-début 2025, a-t-il ajouté, sans toutefois s’avancer sur le nombre exact de wagons. Un chiffre pourtant très attendu par le collectif. Depuis 2019, celui-ci réclame l’ouverture d’une trentaine de lignes, accompagnée de la commande de 600 nouveaux wagons pour les faire fonctionner, en cohérence avec les préconisations d’une étude réalisée en 2021 à la demande du gouvernement.
Pénurie de voitures-couchettes et lignes transversales
Selon le collectif, l’État envisage la commande de 150 voitures neuves. Un volume qu’il juge « minimaliste ». « Cela permettrait de remplacer les voitures existantes vieilles de quarante ans, mais pas de fournir le matériel nécessaire pour faire fonctionner les dix lignes promises », s’inquiète Pascal, membre du collectif.
Le PDG du groupe Jean-Pierre Farandou a raconté le matin même avoir utilisé des voitures autrichiennes « rénovées pour assurer la commande du gouvernement ». L’Autriche inaugurait d’ailleurs en octobre ses lignes de nuit flambant neuves, commandées… en 2018.
Autre écueil dénoncé par le collectif : la totalité des lignes envisagées convergent vers Paris. Or, 75 % des Français habitent ailleurs. Le collectif réclame, comme le préconisait le rapport de 2021, des lignes transversales pour connecter les régions les plus éloignées entre elles : Aquitaine-Alpes, Nord-Est-Méditerranée, Bretagne-Alpes par exemple. « Ce sont les trajets les plus longs, pointe Nicolas. Le trajet Bordeaux-Nice le plus rapide, c’est 9 heures. Ce n’est pas attractif en train de jour car il y a un vrai manque de lignes à grande vitesse. Nous aimerions avoir des trains de nuit sur ces liaisons. »
« Et pourquoi pas voyager en train de nuit vers les pays de l’Est ? »
La relance du train de nuit permettrait surtout de gagner des parts de marché sur l’aérien, un mode de transport énergivore et néfaste pour le climat. Entre 2019 et 2022, le train de nuit a ainsi conquis de nombreux usagers, et doublé sa fréquentation. Sa croissance pourrait se poursuivre, espèrent les militants, pourvu que les tarifs ne soient pas prohibitifs. À cet égard, le ministre s’est engagé à geler les prix des billets intercités en 2024, afin qu’ils soient attractifs.
Il a aussi plaidé pour le développement d’une classe affaire, avec des cabines de wagons-lits qui disposent d’un lavabo. Le train de nuit deviendrait ainsi une alternative sérieuse à l’avion.
En outre, « près de 3 millions de Français travaillent à l’étranger dont 1,5 million en Europe », a indiqué la sénatrice Mathilde Ollivier, venue soutenir le collectif Oui au train de nuit. En cette période de Noël, je pense à eux, qui pourraient ainsi revenir plus facilement. » Gare de l’Est, mardi soir, Bertrand est enthousiaste, lui aussi, à l’idée de ces trajets européens. Depuis quatre ans, il a choisi de ne plus prendre l’avion par conviction écologique, mais il aimerait voyager à nouveau avec ses deux adolescents. « Et pourquoi pas en train de nuit vers les pays de l’Est que tant de Français connaissent peu », rêve-t-il.