Les vigiles d’un parc solaire ont blessé des opposants à coups de barres de fer
Ici, l'agent de sécurité tient une chaîne pour repousser les militants, le 6 décembre 2023. - Capture d'écran/Extinction Rebellion
Ici, l'agent de sécurité tient une chaîne pour repousser les militants, le 6 décembre 2023. - Capture d'écran/Extinction Rebellion
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Coups, injures, blessures… Les opposants au parc photovoltaïque en forêt de Boralex à Cruis, dans les Alpes-de-Haute-Provence, ont subi une forte violence de la part des vigiles, lors d’une action de blocage.
Marseille (Bouches-du-Rhône), correspondance
Dans la pénombre, une silhouette trapue s’avance menaçante. D’un bras, elle agite une chaîne dans l’air. En arrière-plan, de lourds engins de chantier éclairés dans un halo puissant font vrombir leur moteur. La scène est extraite d’une vidéo tournée mercredi 6 décembre par des bloqueurs « non violents » du projet de parc photovoltaïque sur une parcelle forestière, aménagé par la société Boralex à Cruis, dans la montagne de Lure (Alpes-de-Haute-Provence).
« Qu’est-ce qui y a ? Nique ta mère ! » éructe le vigile sous-traitant de la multinationale de l’énergie. Il porte un bonnet et une veste siglée « Sécurité ». Ce moment spectaculaire témoigne d’un contexte de grande tension durant lequel les activistes disent avoir été victimes de multiples violences de la part des vigiles : coups, insultes, traînage au sol, usage d’un chien sans laisse et sans muselière. Une partie de ces actes est consignée dans plusieurs films tournés avec les téléphones des militants, que Reporterre a consultés.
Côte cassée, traumatisme, ITT
Les militants font part de blessures sur trois d’entre eux. Deux personnes ont été évacuées par les pompiers aux urgences de Sisteron. L’un des patients « aurait été projeté en l’air », écrit le médecin de l’hôpital. Diagnostic : « traumatisme du genou lors du contact au sol, plus torsion », sept jours d’incapacité totale de travail (ITT).
L’autre personne hospitalisée témoigne d’une côte cassée et de plusieurs contusions, après avoir reçu des coups de barre de fer, « celles sur lesquelles doivent être mis les panneaux photovoltaïques », dit-il à Reporterre. Le médecin lui a reconnu quatorze jours d’ITT. La troisième personne blessée sérieusement, mais qui n’a pas été évacuée par les pompiers, souffre d’une entorse au genou.
Des blocages de chantier se produisent depuis un an, afin de dénoncer et ralentir l’implantation d’un grand parc solaire en forêt, de 17 hectares sur deux parcelles communales. Les militants estiment qu’il est paradoxal de raser des forêts pour produire de « l’énergie verte ». Des violences ont déjà été commises contre les écologistes lors de précédentes actions de protestation.
Cette fois-ci, un cap a été franchi dans les méthodes employées. Les voitures et les vêtements sérigraphiés de la précédente entreprise de sécurité jusque-là missionnée ont laissé place à un groupe dont l’employeur est dissimulé et dont certains employés se masquent le visage. « Ce ne sont pas des vigiles, c’est une milice qui se croit tout permis pour nous dégager », estime un des militants violentés.
« Ils ont tiré vraiment très fort, comme des ânes »
Le 6 décembre, des membres d’Extinction Rebellion (XR), du Groupe national de surveillance des arbres (GNSA) et du Café des libertés de Forcalquier démarraient une tentative de blocage, comme fréquemment sur ce site.
Entre 6 h 30 et 7 heures du matin, une quinzaine d’écologistes a franchi le grillage à moutons qui entoure le terrain, en cours d’aménagement en parc photovoltaïque de l’industriel Boralex. Sur la vidéo filmée par l’un d’eux, les travailleurs ne sont pas surpris de cette présence. « Le café arrive dans deux heures », leur lance même Merlin, du Café des libertés, comme si cela était une habitude.
La moitié de l’équipe s’est accrochée aux machines par la technique de l’« arm lock ». Les vigiles sont intervenus brutalement. « Ils ont tiré vraiment très fort, comme des ânes, pour nous faire sortir, pour casser nos “arm lock” », témoigne le militant à la côte cassée. Les militants ont lâché prise. Puis, les vigiles ont continué leur pression avec des menaces, des coups de poing, de pied, des insultes, le chien de sécurité lâché sans muselière sur les manifestants, comme cela est visible dans la vidéo publiée par XR.
Ce comportement est bien éloigné de la déontologie que doit respecter la profession de sécurité d’après la loi qui l’encadre par le Code de la sécurité intérieure. Le recours à la violence légale est réservé aux forces de sécurité représentant l’État. La présence d’un chien ne peut avoir qu’un caractère « dissuasif » et son usage qui peut être apparenté à une « arme par destination » ne peut être réalisé qu’en cas de légitime défense.
Plus tard dans la matinée, après le départ des militants, une animatrice d’une radio locale, Léa Longo, a été agressée au volant de son véhicule par plusieurs vigiles sur la piste forestière à l’entrée de la zone de chantier. Dans le cadre de son activité professionnelle, notre consœur souhaitait obtenir des informations de la part des responsables du chantier à la suite des événements survenus plus tôt. Alors qu’elle repartait après avoir calé, elle s’est fait tirer les cheveux et a subi des insultes sexistes.
Du côté de Boralex, les vigiles avaient de « bonnes raisons de se croire en danger », affirme Jean-Christophe Paupe, le directeur général Europe de la firme. Lui décrit un contexte de mois de violence de la part des militants, période au bout de laquelle le 6 décembre « nos gardiens se sont fait agresser durement », explique-t-il. Trois vigiles auraient été blessés lors de cet épisode. Il réserve ses preuves — dont des images de vidéosurveillance, dit-il — à la justice. Une partie des militants et des vigiles ont porté plainte. Contacté, le procureur de la République de Digne-les-Bains indique que « suite à l’ensemble des plaintes déposées, une enquête est diligentée par la gendarmerie nationale ». Les militants ont promis de poursuivre leur désobéissance civile. Le surlendemain de ces évènements, ils bloquaient à nouveau le site.