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ReportageMunicipales 2026

Municipales : ces citoyens qui défient Laurent Duplomb

Théophile et Aurélie Cloez, devant la maison de gardien du château de la Rochelambert, mènent la liste citoyenne Ruessitoyenne.

Municipales — En Haute-Loire, bastion des républicains Laurent Duplomb et Laurent Wauquiez, l’opposition tente de se faire entendre. À l’approche des municipales, des initiatives citoyennes ont vu le jour dans plusieurs villes.

Saint-Paulien (Haute-Loire), reportage

À une douzaine de kilomètres du Puy-en-Velay, Saint-Paulien, 2 500 habitants, étire ses commerces autour de l’imposante église romane, entre champs cultivés et zones pavillonnaires. Ce 31 janvier, dans la salle de cinéma municipale de la coquette bourgade de Haute-Loire, une poignée d’habitants assiste à la réunion publique organisée par Ruessitoyenne, une liste citoyenne participative en construction, dont le nom a été choisi en clin d’œil aux habitants de Saint-Paulien, les Ruessiennes et Ruessiens. Une initiative qui n’a rien d’anodin : dans la commune, le sénateur Les Républicains, Laurent Duplomb, possède une certaine aura.

Théophile Cloez, 37 ans, fines lunettes et barbe bien taillée, et son épouse Aurélie mènent l’initiative. À leurs côtés, 3 autres colistiers sur les 10 déjà engagés. Leur ambition : se faire connaître et convaincre d’autres volontaires de rejoindre l’aventure afin d’atteindre les dix-neuf personnes nécessaires pour présenter leur liste aux élections municipales de mars. « On a une base de programme, mais vous allez participer à construire les choses avec nous », explique Théophile Cloez.

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Le couple s’est marié à Saint-Paulien il y a dix ans. Le maire était alors Laurent Duplomb, à la tête d’une exploitation laitière sur la commune. Cet ancien représentant de la FNSEA, le syndicat majoritaire et productiviste, est une figure influente dans le département. Aujourd’hui sénateur, il est l’auteur de propositions de loi controversées pour la réintroduction de pesticides.

Après plusieurs années passées dans une autre commune du département, Théophile et Aurélie Cloez sont revenus s’installer à Saint-Paulien en septembre pour travailler comme gardiens au château de la Rochelambert. Engagés en politique depuis 2022 et prônant un mode de vie écologique, leur envie d’agir localement s’est renforcée au fil des prises de position portées par Laurent Duplomb.

La ville de Saint-Paulien est entourée de terres agricoles. © Antoine Boureau / Collectif Relief / Reporterre

« Ce n’est pas dirigé contre la personne, tient à préciser la mère de famille. Mais quand on a quatre enfants, on ne peut pas laisser passer de telles lois qui vont à l’encontre du vivant. On veut montrer qu’il existe d’autres chemins possibles. »

Le bastion de Laurent Wauquiez

L’équipe invite les quelques visiteurs à s’asseoir autour de la table pour discuter agriculture, écologie, animation locale, fonctionnement démocratique... « On veut que les habitants soient écoutés et entendus », défend Théophile Cloez. Les participants apprécient la démarche. « On a besoin de plus de transparence et que les élus rendent des comptes », estime Agnès, retraitée.

Se lancer dans la bataille pour les municipales ici n’a rien d’évident. Saint-Paulien, dirigée par la droite depuis des décennies, appartient à la communauté d’agglomération du Puy-en-Velay, fief du député Laurent Wauquiez. Lors des dernières élections législatives, l’ancien maire de la commune (2008-2016) et ex-président de la région Auvergne-Rhône-Alpes (2016-2024) a été réélu dans sa circonscription avec plus de 60 % des voix. Dans ce département, bastion des Républicains, l’opposition peine à se faire une place.

« On est “wauquiérisés” »

C’est précisément ce qui a poussé Baptiste Porte, 22 ans, à s’engager avec Ruessitoyenne. Étudiant en droit public à Lyon, il a grandi à Saint-Paulien où il revient chez ses parents le weekend. « Ce qui me plaît dans la démarche de Théophile et Aurélie, c’est la volonté de proposer quelque chose de différent. En Haute-Loire, le système est très verrouillé. On est “wauquiérisés”. Certains commerçants ou médias sont totalement sous le joug de Laurent Wauquiez, c’est très compliqué. Il y a la nécessité de construire une nouvelle opposition dans le département et j’ai envie d’y participer. » Autre colistière, Béatrice Dolmy, 66 ans, prône aussi le changement. « On veut un nouvel élan, plus de liens entre les gens », déclare l’enseignante.

Dans les rues de Saint-Paulien, beaucoup ignorent encore l’existence de Ruessitoyenne. « Ah, le gars du château ? Je ne connais pas sa tête », glisse un commerçant. Parmi les quelques curieux qui se sont déplacés au cinéma pour la réunion publique, Pierre Bertrand, président de l’ADMR, une entreprise de services à domicile, vit dans la commune depuis 1965. Assis tout en haut de la salle, il observe, bras croisés. « Des doux rêveurs… commente-t-il. Ce n’est pas avec des idées comme ça qu’on va faire tourner le pays. »

Lui ne voit pas l’intérêt de changer de majorité. « On est très bien lotis : on a des commerces, des médecins, une pharmacie, des équipements sportifs, une médiathèque, un fort tissu associatif... et même des jardins partagés. » Concernant Laurent Duplomb, il considère sa présence dans la commune comme une chance. « Ça aide d’avoir un sénateur ici. Il connaît les rouages, il sait où frapper pour les subventions », déclare-t-il avant de s’éclipser, quelques minutes après le début de la réunion.

À Brioude, un projet construit sur le temps long

Dans d’autres communes de Haute-Loire comme à Saint-Sigolène, Saint-Pierre-Eynac, Grazac ou encore Brioude et le Puy-en-Velay, des habitants cherchent aussi à explorer une voie citoyenne.

À Brioude, Christophe Bedrossian et son équipe portent la liste Brioude Autrement, présentée comme « la première alternative de gauche face à la majorité sortante ». Dans la sous-préfecture de Haute-Loire de 6 500 habitants, ils ont construit leur projet sur le temps long à travers réunions publiques, ateliers participatifs et porte-à-porte.

«  On ne voulait pas attendre la fièvre électorale de la campagne », explique par téléphone le tête de liste, maire sortant d’un village voisin, et élu communautaire. Leur démarche a pris racine au sein des Cabanes de l’écologie populaire, une association créée en 2024 et dédiée à la formation et à l’information politique citoyenne. Leur objectif : mobiliser les habitants des quartiers populaires en les incitant à s’inscrire sur les listes électorales et à reprendre place dans le débat local.

Des mots laissés par les habitants de Saint-Paulien dans la boîte à idées installée par la liste Ruessitoyenne. © Antoine Boureau / Collectif Relief / Reporterre

«  La droite locale est conservatrice et vieillissante. Son leitmotiv, c’est que rien ne change. Notre volonté est de redonner du souffle à la démocratie », résume Christophe Bedrossian. Autour de lui, des personnes d’horizons sociaux et professionnels variés, avec « beaucoup d’envie et d’énergie », affirme l’élu de 56 ans, salarié dans un restaurant solidaire et fondateur du média local Télé Regain. Parmi les promesses phares de Brioude Autrement, des cantines 100 % bio et locales et davantage de services publics offerts aux habitants.

Au Puy-en-Velay, ateliers thématiques et soirées d’échanges

Au Puy-en-Velay, la stratégie est un peu différente. Le Puy en commun, conduit par Laurent Johanny, conseiller municipal d’opposition dans la ville de 19 000 habitants, se présente comme une liste « unitaire de gauche, citoyenne, écologique et sociale ». « Ce n’est pas une liste purement citoyenne », précise-t-il d’emblée. Elle est née du rassemblement de quatre élus d’opposition souhaitant « mettre l’humain et la solidarité » au cœur de leur démarche. « Nous assumons clairement nos valeurs de gauche et d’écologie, mais sans bannière politique mise en étendard », précise-t-il.

Au cœur du programme, trois priorités, détaille le tête de liste : la transparence financière, « pilier numéro un dans un contexte marqué par des affaires concernant l’attribution de marchés publics dans la ville et une enquête en cours du Parquet national financier » ; les mobilités, avec « trente ans de retard à rattraper en matière de mobilités actives et de transports publics » ; et l’alimentation scolaire, « seulement 5,5 % de repas bio dans les cantines, c’est largement insuffisant ».

Depuis plusieurs mois, le collectif a organisé des soirées d’échanges dans les quartiers pour coconstruire le programme. « Nous voulions que chacun puisse prendre la parole dans un cadre bienveillant, explique Laurent Johanny, qui évoque l’hésitation de certains habitants à s’engager dans la politique locale. Des personnes ont participé aux ateliers mais refusent de figurer sur la liste, par crainte de pressions ou de baisse de subventions pour leur structure. C’est un vrai problème pour la démocratie. »

Face à cette situation, rouvrir des espaces d’échanges et de débats semble indispensable et c’est bien l’objectif que partagent les listes citoyennes du département. À Brioude, Christophe Bedrossian veut croire que le changement est possible  : «  Une victoire ici et au Puy pourrait transformer le visage de la Haute-Loire.  »



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