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Macron : Pas touche aux riches

Durée de lecture : 3 minutes

11 décembre 2018 / Hervé Kempf (Reporterre)

Rien sur les privilèges exorbitants des riches, rien sur l’écologie, des libéralités qui seront supportées par le contribuable : Macron fait mine de céder sans rien lâcher sur l’essentiel.

Visage lourdement maquillé, mains posées à plat et bougeant peu, regard vrillé sur le spectateur, objet doré à sa droite, voix grave et calme, Emmanuel Macron a voulu inspirer un sentiment de sérénité et d’autorité compréhensive lors de son discours du mardi 10 décembre (en vidéo ici).

Mais passé le moment de séduction d’un texte bien écrit et suggérant un diagnostic sensible de la crise, effacé le maquillage, il reste la réalité du visage et celle des idées : ne rien céder sur le cœur de la politique de l’actuel président de la République, ne rien céder sur les privilèges des hyper-riches.

Des « mesures sociales » sont annoncées : hausse du Smic, abandon de la CSG sur les petites retraites, défiscalisation des heures supplémentaires, prime exceptionnelle par les entreprises, sans impôt ni cotisation sociale. Dans le détail, il apparaît que la charge de la hausse du Smic par la prime d’activité, tout comme l’allègement de la CSG, seront supportés par l’État, donc par le contribuable. Et que ce qui sera donné ici devra être pris ailleurs — sans doute dans la poursuite de l’affaiblissement des services publics mené par le même M. Macron. Quant à la défiscalisation des heures supplémentaires, c’est une vieille recette néolibérale, sans coût pour les entreprises, nuisible au chômage, et affaiblissant la Sécurité sociale et les recettes de l’État.

Xavier Niel : « On a un super-président. »

La remise en vigueur de l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune) est écartée fermement, malgré les presque 4 milliards d’euros — à peu près le montant de la taxe carbone — qu’il rapporterait annuellement. Quant à la flat tax et au CICE (subvention de plus de 20 milliards d’euros accordée aux entreprises sans effet notable sur l’emploi), on n’en parle même pas. M. Macron annonce juste qu’il va réunir « nos concitoyens les plus fortunés » pour qu’ils « aident la Nation à réussir ». Les braves gens !

Attendez-vous à apprendre qu’ils seront encouragés à faire des donations — défiscalisées — à des fondations, comme l’a annoncé Xavier Niel, grand ami du président. Ce sont ainsi les fortunes privées qui orienteront les actions sociales et culturelles, alors que l’intérêt général exigerait qu’elles découlent d’un choix collectif et mis en œuvre par l’État.

La justice écologique et sociale attendra

Pour le reste, le président annonce un grand débat national : vu l’expérience que l’on a sous cette présidence du débat sur l’alimentation et sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), on peut douter du résultat. Mais l’objectif essentiel est de noyer dans les paroles la révolte populaire des Gilets jaunes. L’autre moyen étant de les noyer sous les gaz lacrymogènes et une répression violente, en s’affranchissant des règles de droit, comme Reporterre le racontera demain.

Les jeunes ? Oubliés. La question écologique ? Évoquée en deux mots, sans aucune conséquence ni geste concret. C’est sans doute le plus grave du discours du président des riches : l’incapacité fondamentale à articuler la question écologique — qui ébranle pourtant lourdement le pouvoir, par la démission de Nicolas Hulot et par la contestation de la taxe carbone, qui a déclenché le mouvement des Gilets jaunes — à une politique renouvelée. M. Macron, hélas, n’a qu’un seul but : maintenir les privilèges de sa caste, et continuer la transformation néolibérale. La justice écologique et sociale attendra. Sauf si la révolte continue.


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Lire aussi : Les riches détruisent la planète. À bas les riches.

Source : Hervé Kempf pour Reporterre

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