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Tribune — Nucléaire

Malgré les procès, nous, Greenpeace, continuerons l’alerte sur le danger nucléaire

Trente-quatre activistes de Greenpeace comparaîtront le 29 juin devant le tribunal de Valence. Ils avaient pénétré le site nucléaire du Tricastin pour en dénoncer le danger. Greenpeace réaffirme dans cette tribune son engagement et demande le démantèlement de la centrale.

Pour avoir lancé l’alerte lors de l’action de désobéissance civile non violente du février 2020, les activistes de Greenpeace encourent jusqu’à cinq ans d’emprisonnement.


Le 29 juin prochain, nous serons trente-quatre citoyennes et citoyens à comparaître devant le tribunal correctionnel de Valence suite à une action de désobéissance civile non violente sur le site nucléaire du Tricastin, dans la Drôme, en février 2020. Nous avions dénoncé le vieillissement de cette centrale en entamant son démantèlement symbolique. 

Nous assumons collectivement la portée de nos actes et nous souhaitons rappeler combien nous aimerions ne pas avoir à pénétrer dans des centrales nucléaires pour dénoncer et rendre visible le danger réel que ces installations représentent.

Nous n’agissons ni par héroïsme ni par inconscience. Nous sommes des femmes et des hommes, des citoyennes et des citoyens, des parents, des personnes salariées d’associations, d’entreprises, du monde paysan, des arts ou à la retraite. Face au risque nucléaire et à l’opacité du secteur, depuis des années, nous avons alerté, dénoncé, manifesté, signé des pétitions. Dès lors, le recours à la désobéissance civile non violente nous est apparu comme nécessaire et légitime afin de faire entendre notre voix.

« Nous ne pouvons pas fermer les yeux sur les graves défauts de la centrale »

Le réacteur numéro 1 du Tricastin est entré en service il y a plus de quarante ans, le 21 février 1980. Quarante ans, c’est le nombre d’années pour lequel les réacteurs nucléaires français ont été conçus. Tricastin 1 a donc atteint sa limite de fonctionnement selon les moyens techniques et les normes de sécurité des années 1970. À l’époque, les risques identifiés n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui et, depuis, les menaces extérieures se sont accrues (malveillance, montée des eaux, risque sismique, impasse de la gestion des déchets, etc.). On ne tenait pas compte, par exemple, des risques liés au changement climatique qui entraîne des événements météorologiques extrêmes, notamment des périodes de sécheresse et de canicule.

Lorsque EDF, en lien avec les autorités en charge des contrôles techniques, tente de maintenir le fonctionnement de ce réacteur au-delà de quarante années, elle choisit de servir des intérêts politiques et commerciaux plutôt que l’intérêt général et fait courir un danger inacceptable à tout un territoire, sa population, son environnement, son économie.

Nous ne pouvons pas fermer les yeux sur les graves défauts de la centrale du Tricastin. La cuve de son premier réacteur est la plus fissurée du parc nucléaire français. Elle a été construite en zone sismique et la digue en construction pour renforcer son système de refroidissement ne garantit pas, à ce stade, la résistance à un tremblement de terre de forte amplitude. À plusieurs reprises déjà, des éléments radioactifs ont fui de la centrale et contaminé les nappes phréatiques. De plus, toutes les mesures d’amélioration effectuées ou prévues ne pourront pas compenser les risques liés au vieillissement du cœur du réacteur, dont certaines pièces sont irremplaçables.

Planifier l’arrêt, plutôt que de le subir

Ces failles majeures et le coût colossal que représenteraient ces travaux justifient amplement une mise à l’arrêt rapide et un démantèlement de la centrale du Tricastin, sans parler de la masse supplémentaire de déchets radioactifs qu’on éviterait ainsi de produire. 

Bien sûr, une telle décision aura un impact social et salarial sur les personnes qui dépendent actuellement de la filière nucléaire pour vivre. C’est pourquoi il nous semble essentiel de planifier l’arrêt du Tricastin plutôt que de le subir, le jour de la panne de trop, le jour de l’accident. Établir au plus tôt un calendrier de fermeture permettra aussi d’anticiper la nécessaire reconversion socioéconomique du territoire. En parallèle, il est urgent de mettre en œuvre une réelle politique de sobriété énergétique et de réduction de notre consommation d’électricité et d’accélérer le développement des énergies renouvelables pour compenser la fermeture progressive des centrales les plus vétustes.

Ce que nous avons dénoncé le 21 février 2020, par la mise en scène du démontage de la centrale du Tricastin, reste d’actualité. Nous sommes convaincu·es de la nécessité de poursuivre nos alertes. D’autant que d’autres régions sont concernées par ces risques à Gravelines, au Bugey, à Cruas, au Blayais, à Chinon, à Saint-Laurent et à Dampierre, où EDF prévoit également de prolonger la durée de vie des réacteurs au-delà de quarante ans.

Les conséquences d’un accident seraient démesurées et irréversibles dès à présent et pour les générations futures. N’est-il pas surprenant que ce soit celles et ceux qui lancent l’alerte que l’on juge, et non celles et ceux qui ne prennent pas la mesure de leurs responsabilités ? Il est encore temps pour les pouvoirs publics d’arrêter cette fuite en avant.

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