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ReportageJustice

Militant écolo octogénaire agressé : un an de prison requis

Le militant contre les décharges sauvages Christian Puech aurait été tabassé pour son militantisme.

Il aurait tabassé Christian Puech, octogénaire et infatigable militant écologiste, car ce dernier le filmait déversant des gravats dans la nature. Le prévenu, 32 ans, nie. Le procureur requiert un an de prison.

Montpellier (Hérault), reportage

« Retirez vos mains de vos poches », enjoint la présidente du tribunal correctionnel de Montpellier, Laure Cabanel, au trentenaire brun qui se présente le 10 janvier à la barre. Engoncé dans son anorak, Sébastien F. n’a visiblement pas l’habitude des prétoires. C’est la première fois que cet homme de 32 ans, titulaire d’un BEP espaces verts, et qui vit de petits boulots — « en ce moment, je taille les vignes » —, comparaît devant un tribunal.

Il est accusé de « violences et blessures volontaires ayant entraîné une incapacité supérieure à huit jours », en l’espèce six semaines d’ITT. Ce qui pourrait lui valoir jusqu’à trois ans de prison.

À ses côtés se tient, assis droit sur son banc, en imper sombre, l’octogénaire à la crinière argentée qu’il aurait violemment tabassé, deux ans et demi plus tôt, car celui-ci l’aurait vu en train de décharger des déchets dans la nature. Écrivain, photographe et grand voyageur, Christian Puech est un amoureux du vivant. Le retraité vit depuis trente-cinq ans dans un mas isolé de la commune de Montbazin, 3 000 habitants, à 20 km à l’ouest de Montpellier, au milieu de la garrigue.

« On ne peut pas envoyer les militants au combat. Comment s’engager si on a peur de se faire tabasser ? », s’interrogeait-il au micro de France Bleu Hérault en juin dernier. Il réclame donc une loi pour défendre les lanceurs d’alerte pour l’environnement.

Christian Puech, 80 ans, et son avocat Jean-Marc Darrigade, au tribunal correctionnel de Montpellier. © Henri Frasque / Reporterre

Dans la région, il mène — avec obstination et une verve certaine qui poussent la présidente du tribunal à lui demander d’abréger — un combat contre les décharges sauvages. Un activisme qui lui a déjà valu menaces de mort et pneus crevés. L’octogénaire n’en a cure. Alors, le 24 mai 2021, quand il a vu passer un camion à plateau chargé de gravats devant sa propriété, Christian Puech a empoigné sa caméra et s’est approché à une vingtaine de mètres du pollueur pour le filmer. Mais l’homme l’a repéré, s’est approché et l’a menacé.

Plusieurs opérations et six plaques métalliques

« Je lui ai dit que je pourrais être son père, que ce qu’il avait fait était une petite connerie qui faisait beaucoup de torts à la société et au vivant, mais que s’il me frappait, c’était beaucoup plus grave », raconte le retraité. Selon son récit, l’homme sembla se raviser, puis, alors qu’il lui tournait le dos, le frappa à la tête. Violemment tabassé au sol, Christian Puech parvint à se traîner jusqu’à chez lui, malgré son visage fracassé et son tibia fracturé en deux endroits. « J’étais animé par l’esprit de survie qui m’a permis de traverser l’Amazonie en solitaire ». Il mit un an à s’en remettre, après plusieurs opérations. « Derrière mon visage d’apparence normale, il y a six plaques métalliques. »

« Si M. Puech était mort, nous serions devant une cour d’assises », lance son avocat, Jean-Marc Darrigade. L’agressé, doté d’une solide constitution, ayant survécu, l’affaire est jugée par le tribunal correctionnel, devant un juge unique. L’enquête a, du coup, été un peu moins poussée que pour un homicide. Avec des brèches dans lesquelles s’est engouffrée la défense du prévenu.

« Je suis formel, c’est bien la personne qui m’a agressé », affirme Christian Puech, qui a vu son agresseur bien en face, et a toujours été constant dans ses déclarations. Il a dressé un portrait-robot de Sébastien F. Et reconnu celui-ci, après sa propre enquête dans le village, sur les photos de son profil Facebook. « Il doit se tromper de personne », nie Sébastien F. « J’ai jamais fait ça de ma vie. Peut-être que je dois ressembler à la personne. C’est malheureux ce qui est arrivé, mais je ne suis pour rien dans cette histoire », nie-t-il, lui aussi avec constance.

Un an de prison requis par le procureur

Son téléphone qui a borné à proximité toute la journée ? « Je suis allé voir mon père. » Le chantier de sa cousine dans le village, dans la maison de la grand-mère ? « Je n’y ai pas participé. » Le SMS qu’il a envoyé à son ami Thomas, après avoir appris sa convocation à la gendarmerie : « Apparemment, je suis convoqué pour violences aggravées, ça doit être l’autre c… » ? Il pensait, soutient-il, que c’était lié à son ancienne compagne, dont il venait de se séparer, et « l’autre c… », c’est elle. « Ne nous prenez pas pour des c… ! » s’insurge justement l’avocat de Christian Puech. Il dénonce une agression « ultraviolente » et « lâche », et estime que le tribunal a « suffisamment d’éléments », dont le portrait-robot, et la reconnaissance formelle par la victime, pour condamner Sébastien F.

C’est aussi l’avis du procureur, Alain Octuvon-Bazile, qui salue une enquête « quasi complète » et « menée avec célérité ». Et requiert un an de prison, dont six mois avec sursis, et un stage de citoyenneté, contre Sébastien F. L’avocat de la commune, Stéphane Cros, qui s’est constitué partie civile, réclame 3 000 euros pour le « préjudice moral du village ».

« On veut créer un coupable parce qu’il faut un coupable, mais mon client ne l’est pas », plaide Sabine Martin, l’avocate de Sébastien F., qui met en avant l’absence de témoignage incriminant son client, à l’exception de celui de la victime. « L’agresseur a repris rapidement la route, alors qu’il est impossible à mon client de conduire sans lunettes », pointe-t-elle. « Quant à la téléphonie, on lui fait dire n’importe quoi. C’est bien compréhensible que son téléphone ait borné à Montbazin s’il est allé voir ses parents ». Invité à reprendre une dernière fois la parole, Sébastien F. maintient : « J’y suis pour rien. » Le jugement a été mis en délibéré au 7 février.

On estime qu’en France, entre 500 000 et un million de tonnes d’ordures sont abandonnées sur le territoire chaque année.

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