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ReportageMunicipales 2026

Municipales : un enjeu pour les projets destructeurs de l’environnement

Les défenseurs de la cité Bergère à Montpellier, le 9 mars 2026.

Municipales — Pour les collectifs de lutte, les élections municipales sont un moment crucial. Les élus locaux, poussés à se positionner, peuvent jouer un rôle fondamental pour ou contre les projets écocidaires.

Montpellier (Hérault), reportage

Sous une pluie battante, cinq militants brandissent leurs pancartes potagères. Tomate, poireau, carotte… S’ils ont bravé l’averse, c’est que le moment est crucial pour leur lutte. Dans quelques jours, les Montpelliérains vont élire une nouvelle équipe municipale. À la clé, espèrent les activistes : la remise en cause d’un projet immobilier qui condamnerait la dernière parcelle maraîchère de la ville.

Car la création de 69 logements a été avalisée par le maire socialiste sortant, Mickaël Delafosse, via un permis de construire délivré l’été dernier. Or « ce qu’un élu a fait, un autre peut le défaire », pensent les membres du collectif Préservons la cité Bergère. Par exemple en préemptant le terrain pour en faire une ferme municipale. « On croit dans le jeu électoral, dit Lucie dans son ciré jaune ruisselant. Avec cette élection, on a une toute petite chance de gagner. »

Pour ce faire, le collectif n’a pas lésiné sur les moyens. Tractages, conférences de presse… et surtout une interpellation des candidats. 7 des 10 listes contactées — les organisations d’extrême droite n’ont pas été sollicitées — se sont ainsi engagées à préserver cette terre agricole. Favori des sondages, Mickaël Delafosse a refusé de signer. « Ce scrutin est une occasion de dire stop à ce maire bétonneur », souligne Lucie.

La cité Bergère est une exploitation maraîchère familiale de 7 900 m2 située au cœur du quartier des Beaux-Arts à Montpellier. © David Richard / Reporterre

À l’instar du collectif pour la cité Bergère, nombre de luttes locales ont fait irruption dans la campagne des municipales. Sondage des candidats au sujet de la ligne à grande vitesse au Pays basque, sensibilisation des électeurs sur un projet de port touristique porté par la mairie à Anse (Rhône), fausses affiches électorales contre le projet EMME de raffinerie non loin de la Garonne, à Parempuyre, etc.

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« Il y a plus de 700 luttes locales, rappelle Zoé Pélégry, qui coordonne la campagne Alternatives territoriales pour Alternatiba. Une grande partie d’entre elles se saisissent des municipales pour obliger les candidats à se positionner. » Grâce au plaidoyer des collectifs, les projets écocidaires sont ainsi devenus des enjeux électoraux dans plusieurs territoires.

De nouveaux clivages politiques

Dans le Briançonnais, « les Jeux olympiques 2030 ont créé un nouveau clivage politique », dit Stéphane Faure-Brac du comité d’alerte contre ces olympiades. Une liste citoyenne s’est montée contre le maire sortant pro-JO, « qui affirme clairement qu’elle veut lutter contre les effets délétères de ces Jeux », selon le militant.

Au Verdon-sur-Mer, « les électeurs vont se positionner, pour la plupart, par rapport au saumon, pas par rapport aux municipales », concède à Rue89 Bordeaux Jacques Bidalun, maire sortant favorable au projet de ferme-usine Pure salmon. Même cas de figure à Lille, autour de la friche Saint-Sauveur. À Montpellier, la cité Bergère « est devenue un symbole, qui montre la vision de chaque liste en termes de bétonisation, de défense de l’agriculture », remarque Julien, membre du collectif.

«  La bataille ne s’arrêtera pas le 22 mars  », prévient Julien, membre du collectif. © David Richard / Reporterre

Un engouement militant qui peut s’avérer payant. Pour l’association Terres de luttes, Gaëtan Renaud a passé au crible 42 victoires locales sur les dix dernières années : « Dans un tiers des cas, la mairie a joué un rôle favorable dans la lutte et dans le succès final », explique-t-il. Préemption de terrains, changement du plan local d’urbanisme pour rendre des parcelles inconstructibles, blocage de permis de construire… « Les équipes municipales ont plein de leviers pour s’opposer à des projets polluants », dit le chercheur.

Un soutien qui peut aussi passer par « des coups de pouce », comme le prêt de salles municipales pour les collectifs en lutte, la collecte d’informations sur l’avancée des projets contestés — les élus ont souvent davantage accès aux promoteurs et aux autorités.

Sur les immeubles, des banderoles en défense de la parcelle maraîchère. © David Richard / Reporterre

Parmi les victoires obtenues avec l’appui des élus municipaux, le cas de Brétignolles-sur-mer fait figure d’exemple. Alors que l’édile cumulard poussait depuis des années pour la construction d’un port de plaisance, c’est finalement un changement d’élus au niveau de la communauté de communes qui a mené à l’abandon du projet, en 2021. Quant au vélodrome Arena, en Haute-Savoie, il a été stoppé à la suite d’un vote serré du conseil municipal de la Roche-sur-Foron — 17 voix contre 15, en 2023. « Cette histoire montre aussi le rôle que peuvent jouer les conseillers d’opposition », observe Gaëtan Renaud.

« On se dit que la voie électorale peut être décisive »

À Montpellier, le collectif de la cité Bergère espère réitérer le succès d’une autre association locale, Les Vrais amis du parc Prévost. En 2014, le projet immobilier contre lequel ils se battaient depuis trois ans a été retoqué par le nouveau locataire de l’Hôtel de Ville. « On se dit que la voie électorale peut être décisive », remarque Lucie, également candidate sur une liste « pour porter ce combat ».

«  Ce scrutin est une occasion de dire stop à ce maire bétonneur  », dit Lucie. © David Richard / Reporterre

La lutte peut en effet déboucher sur un engagement politique, individuel… ou collectif. En 2020, la chercheuse Léa Sébastien constatait que nombre de listes citoyennes étaient issues de collectifs locaux. « L’opposition amène la proposition. Les collectifs découvrent les dispositifs participatifs et ont envie de proposer une offre politique différente », expliquait-elle à Reporterre. Une dynamique initiée dès 2014, avec la célèbre expérience de Saillans, où une liste citoyenne s’est lancée après s’être opposée à la construction d’un supermarché Casino.

Même en cas de défaite, l’engagement dans la campagne municipale peut constituer une stratégie gagnante. « C’est un moment-clé où l’on capte plus facilement l’attention des habitants, parce qu’ils s’informent plus que d’habitude sur ce qui se passe dans leur territoire », observe Anne-Sophie Trujillo, d’Alternatiba Beaujolais. « Les municipales peuvent permettre un passage à l’action, souligne aussi Zoé Pélégry. On a des personnes qui sont informées, sensibilisées à cette occasion, et qui ensuite vont rester dans les collectifs de lutte. »

Plusieurs candidats aux élections municipales ont signé ces engagements à préserver la cité Bergère. © David Richard / Reporterre

Attention cependant à ne pas idéaliser le pouvoir communal : « Ce ne sont pas les maires tous seuls qui changent ou arrêtent un projet, dit Gaëtan Renaud. Il faut une pression citoyenne sur les élus. » Une ligne également défendue par plusieurs dizaines de collectifs et d’associations, dans une tribune parue sur Reporterre : « De nouveaux conseils municipaux seront élus en mars, écrivent-ils, mais nous ne pourrons pas changer les politiques locales sous pression des logiques capitalistes d’aménagement du territoire sans un rapport de force qui rende nos luttes incontournables. »

À Montpellier, les militants se préparent aussi à un combat de longue haleine. « La bataille ne s’arrêtera pas le 22 mars », prévient ainsi Julien. Si le maire sortant l’emporte de nouveau, le collectif entend poursuivre sa mobilisation, et notamment son recours juridique. Et si une autre majorité se dessine, « on sera là pour leur rappeler leur engagement à préserver la parcelle maraîchère ».



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