Nissa Bek : « Les Libyens ignorent tout du changement climatique »
Anisa Bek Derna, ici à la COP28 de Dubaï, a créé la section libyenne de Fridays For Future. - © Valéry Laramée de Tannenberg / Reporterre
Anisa Bek Derna, ici à la COP28 de Dubaï, a créé la section libyenne de Fridays For Future. - © Valéry Laramée de Tannenberg / Reporterre
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L’étudiante libyenne, présente à la COP28 de Dubaï, veut faire passer le message environnemental et climatique grâce aux textes sacrés.
Dubaï (Émirats arabes unis), envoyé spécial
Il y a quelques mois encore, Anisa Bek Derna détestait les COP. Nissa Bek, comme on la surnomme, a, cette fois-ci, saisi l’occasion lors de la COP28 à Dubaï. « C’est vrai que je n’aime pas ces conférences dont l’organisation émet beaucoup de gaz à effet de serre, où les politiciens, qui viennent en jet privé, nous mentent. Mais il était nécessaire que je vienne pour porter le message des victimes des inondations de Derna », souligne l’activiste libyenne.
Le 10 septembre dernier, les pluies torrentielles, véhiculées par le cyclone Daniel, ont provoqué la rupture de deux barrages situés en amont de la cité libyenne. Les inondations qui ont suivi ont détruit une partie de l’ancienne capitale de la Cyrénaïque, causant la mort de milliers d’habitants.
Âgée de 26 ans, « Nissa » est une activiste professionnelle. Enfant, elle se passionnait pour la nature et les animaux. À 16 ans, elle découvrait les questions climatiques, « un sujet dont la plupart des 6 millions de Libyens ignorent tout », regrette-t-elle. Comme beaucoup de militants proclimat de cette génération, elle se réclame de l’activiste suédoise Greta Thunberg.
Déjà un prix
C’est logiquement, et malgré la guerre civile qui dure, qu’elle a créé la section libyenne de Fridays For Future. Faire la grève de l’école ou manifester n’est toujours pas à l’ordre du jour. Douze ans après la chute de Mouammar Kadhafi, une seule organisation a tenté de coordonner les actions associatives en faveur du climat. « Mais elle était dirigée par une militante LGBTQ+ qui a eu des problèmes avec les autorités. Elle a dû quitter le pays. »
D’autres activités sont mieux tolérées. À la tête du mouvement Let’s do it, Anisa Bek Derna coordonne les opérations de ramassage de déchets, dans le cadre du World Cleanup Day, en septembre. Initiatrice du projet Mulan, elle tente d’intéresser les leaders libyens aux objectifs du développement durable onusiens. Ces dernières actions lui ont valu de recevoir un Diana Award, prix attribué aux Young Changemakers par une fondation présidée par le prince de Galles.
Coupée en deux, la Libye souffre dramatiquement des effets du réchauffement. Sous la domination d’un gouvernement non reconnu par l’Organisation des Nations unies (ONU), la Cyrénaïque (Est) voit disparaître ses terres arables sous l’effet de la désertification. Ses rares forêts sont aussi régulièrement la proie des flammes. « Et nous ne disposons pas d’hélicoptères bombardiers d’eau », rappelle Nissa.
À Dubaï, Nissa Bek n’évoque pas que les maux qui frappent son pays. Sur les podiums, elle dénonce les hypocrisies de certains gouvernements. « Si l’on regarde la question des pertes et dommages, les États-Unis disent ne pas pouvoir donner plus d’une dizaine de millions de dollars. Dans le même temps, ils allouent 3 milliards d’aide militaire à Israël [par an] », remarque-t-elle.
L’écologie par la religion
L’étudiante en sciences politiques porte aussi un ambitieux projet : faire passer la question environnementale et climatique par le biais de l’islam. « Il y a dans le Coran et les hadiths du Prophète beaucoup de messages qui s’appliquent parfaitement à la situation environnementale actuelle. C’est incroyable pour un texte écrit il y a 1 400 ans ! »
Encore dans les limbes, l’éco-islam est promis à un bel avenir. « Je rencontre des imams, des professeurs qui sont enthousiastes. Tous pensent que c’est un excellent moyen d’ouvrir les yeux des Libyens sur la crise climatique. »
Nissa Bek ne compte pas en rester là. Une fois empochés ses derniers crédits, elle décrochera enfin son diplôme universitaire. « Il sera alors temps que je m’engage en politique. Il y a besoin de plus de jeunes en politique. » Les Libyens n’ont pas fini d’entendre la voix de Nissa.