Notre-Dame-des-Landes : sur la Zad, manifestation sereine et déterminée

15 avril 2018 / Camille Martin (Reporterre)

Les autorités ont tout fait pour empêcher le rassemblement pacifique de se tenir. Mais des milliers de personnes sont venues soutenir la Zad dans le calme.

  • 23h30 - La charpente est posée au Gourbi. Un feu de joie illumine la clairière. La cantine rassasie les porteurs.
  • 23h00 - « On est dans les derniers mètres », raconte un témoin au téléphone. Des tracteurs précèdent le cortège, d’autres veillent derrière. La structure est si large qu’elle a du mal à passer sur la route étroite, on coupe les ronces des côtés à la tronçonneuse. « Ce qui se passe est un symbole absolu de la détermination des gens ».
  • 22h30 - Le convoi continue à avancer, raconte un témoin. Les slogans enjoués retentissent : « On est plus chaud que le lumbago », « Charpente, debout, soulève-toi ! », « Des fermettes pour la préfète », « La Zad vivra, la Zad vaincra ». Dans la lumière des lampes frontales, l’euphorie est magnifique.
  • 22h15 En entretien avec BFM et Médiapart, Emmanuel Macron n’ouvre aucune porte de sortie sur Notre-Dame-des-Landes. Il ne laisse comme délai que le 23 avril. « À l’issue de ce délai, tout ce qui doit être évacué sera évacué » (ire le verbatim complet de ses propos ici).

  • 22h00 - « Incroyable », s’exclame au téléphone un témoin. On entend autour de lui des cris de joie. « Une journée qui se finit en apothéose », s’exclame un autre, qui répète, « Mais c’est dingue ». « On a réussi » reprend le premier, « on amène la charpente de la halle, construite cet après-midi, vers l’emplacement même du Gourbi. » Les zadistes et leurs soutiens sont passés à travers les champs depuis la prairie où, cet après-midi, les charpentier(e)s construisaient la structure en bois. Les gendarmes ont quitté le carrefour de la Saulce il y a une heure à peu près. Y sont maintenant positionnés six tracteurs amis, dit « vigilants ». Un convoi de 300 personnes environ porte la charpente, écarte la haie quand c’est nécessaire, chante et rit en criant des « La Zad elle à qui ? La Zad elle à nous ! ». Le cortège s’approche du carrefour de la Saulce et va progresser par le chemin jusqu’au Gourbi, à quelques centaines de mètres.

  • 21h00 - LL - Voici ce qui s’est passé durant les deux dernières heures. Après avoir déposé la charpente dans un jardin à côté des Fosses noires, le jardin des Vrais rouges, une grande partie des personnes qui étaient là et qui avaient apporté cette charpente - il s’agit du campanile, la partie qui sera au-dessus de la future halle d’assemblée et de marché du Gourbi -, donc,une grande partie de ces personnes est repartie vers le carrefour de la Saulce. Là, en y arrivant, on s’est rendu compte que ça chauffait. Il y avait un gros nuage de fumée, un mélange de lacrymogène et de fumigène, des grenades assourdissantes, des grenades de désencerclement. Tout cela se passait au niveau du champ, à côté de la barricade des Lascars. Un gros dispositif de gendarmes, et encore plusieurs centaines de gens dans le champ à recevoir cela. Du côté des zadistes, quelques feux d’artifice étaient lancés, et des projectiles, jusqu’au moment où les gendarmes ont chargé. Là, le moment a été violent, les gens ont été repoussés dans la forêt de Rohanne, avec quelques mouvements de panique, à nouveau des grenades. On a beaucoup entendu crier "Médics, médics", sans savoir vraiment le nombre de blessés qu’il peut y avoir, mais ça donne une idée de la violence de cette charge. Les gens ont donc été repoussés dans la forêt, puis au niveau du champ au niveau de La Wardine, où un groupe d’une quinzaine de charpentiers et de charpentières étaient en train de monter la fameuse halle des assemblées et du marché, la structure qui sera le futur Gourbi. La plupart des personnes se sont retrouvées dans ce champ à se remettre de leurs émotions, à écouter de la musique, à jouer à saute-moutons, à regarder et à attendre de voir ce qui va se passer. Une autre partie des personnes ont profité du retour de l’accalmie pour aller reconstruire la fameuse barricade des Lascars.

  • 19h45 - LL - Les gendarmes sont repassés à l’offensive et ont repoussé tout le monde dans la forêt. Des gens sont blessés. Pendant ce temps, dans le champ près de La Wardine, les charpentiers continuent de construire la maison en bois.
  • 18h25 - À 40 km de Nantes, sur l’autoroute, un convoi de gendarmes comportant un véhicule blindé se dirige vers Nantes.
  • 17h48 - LL - La charpente est arrivée au niveau des Fosses noires avec plusieurs centaines de personnes et l’idée était de la ramener vers la route, non loin du lieu où se trouvait Le Gourbi. Mais les gendarmes étaient sur la route. Dès que la charpente a approché - c’était complètement pacifique -, ils ont envoyé des gaz lacrymogènes et quelques grenades assourdissantes. Du coup, la charpente a reculé dans le champ et les gens sont éparpillés en attendant de voir ce qui va se passer.

  • 17h00 LL et NLC - La charpente a passé la D 81.

    • Pendant ce temps, un grand quadrilatère est balisé par une haie de bâtons plantés dans le sol dans la prairie jouxtant La Warinde. Il délimie le chantier où s’affairent une vingtaine de charpentiers et charpentières qui mettent en place la structure qui portera la charpente et dont on apporte les éléments.

  • 16h48 - LL - Nous sommes dans la forêt de Rohanne. Un groupe d’une vingtaine de personnes porte la charpente à travers la forêt. Elle était arrivée dans le champ à côté de La Wardine. Elle est emmenée par ce groupe, environné de dizaines de personnes, l’idée étant d’aller le plus loin possible après cette forêt, de passer peut-être la D 81, qui est barrée par les gendarmes, en direction du Gourbi.

  • 16h17 - LL - Face aux gendarmes, l’ambiance reste non-violente. Certains lisent des textes aux gendarmes, d’autres leur apportent des fleurs, d’autres tentent de les amadouer avec de bisous, mais tout ceci les laisse impassibles. L’hélicoptère tourne dans le ciel sans discontinuer. On entend une batucada improvisée à partir des bâtons sur les tôles de la barricade. De nouveaux camions de gendarmes et de nouveaux pelotons arrivent sur la route vers le carrefour de la Saulce. La manifestation est à l’arrêt dans le champ et tout à fait non-violente.

  • 16h05 - LL Ceux de Bellevue rejoignent les défenseurs qui font face aux cordons de gendarmes depuis des heures. Un moment émouvant de solidarité.

  • 15h55 - LL - La manifestation arrive au blocage qui dure depuis des heures près de La Wardine.

  • 15h50 - LL - Devant la barricade des Lascars, l’avant du cortège qui est parti de Bellevue est en train d’arriver et de se positionner au long de cette barricade et dans les champs, face aux gendarmes. Il y a là plusieurs milliers de personnes, même si c’est difficile à évaluer, des familles, des jeunes, des vieux, tous avec leurs bâtons. L’ambiance est d’une manifestation familiale, festive, avec une batucada, des chants. Les gens avec leurs bâtons sur les morceaux de tôle qui constituent la barricade. Mais quand on discute avec les gens, ils sont tous très choqués par la répression et la présence policière. On va voir ce qui se passe par la suite, l’idée est de poser la cabane du Gourbi, reconstruite, le plus loin possible sur le chemin de Suez, sans confrontation avec les gendarmes.
  • 15h50 Le camion à eau est sur la route des Fosses, se dirige vers le carrefour de La Saulce, indique Zone à défendre. Il est suivi par un mur anti-émeute. Ils rejoignent le dispositif de gendarmes déjà important positionné depuis ce matin sur le carrefour.
  • 15h20 - NLC - La marche a commencé. Elle rassemble des milliers de personnes. Près de la ferme de Bellevue, le 8 octobre 2016, des centaines de personnes avaient planté des bâtons de résistance avec la promesse de revenir protéger la Zad. Ils sont maintenant déplantés de ce talus. Une file de personnes, un peu comme des pélerins avec leurs bâtons, accompagnent une structure déjà construite qui sera posée où il sera possible. Les bâtons seront plantés autour en symbole de protection. Ce ne sera pas au Gourbi, qui a été détruit et occupé par les gendarmes, mais à proximité, pour le replacer ultérieurement au Gourbi. Ce sera la cinquième fois que celui-ci sera rebâti.

  • 13h30 Beaucoup de monde à Bellevue.

  • 13h30 - LL -Peu avoir été éloignés par les gaz de poivre utilisé par les gendarmes pour les faire reculer, les gens reviennent leur parler.

  • 13h13 - L’Acipa, association historique des opposants à l’aéroport, communique : « L’Acipa craint que les douloureux évènements de Sivens ne se reproduisent. Nous condamnons très fermement l’escalade de la violence observée toute cette semaine. La zone doit retrouver le calme nécessaire à la réflexion pour la construction d’un avenir serein et la population doit pouvoir circuler librement sur les routes qui traversent cette zone. Par ailleurs, l’ACIPA soutient l’installation de projets agricoles ou autres sur la zone. De nombreux et beaux projets existent. Les personnes qui les portent individuellement ou collectivement doivent pouvoir les faire accepter et s’inscrire dans un processus de régularisation a minima. Le délai proposé par le gouvernement est trop court, dans le climat actuel. L’Acipa demande qu’un dialogue entre la préfecture et la délégation intercomposantes s’instaure au plus vite pour que cesse la violence. »
  • 13h06 - LL - Chemin de Suez au niveau de La Wardine. Un groupe de plusieurs centaines de personnes fait face aux gendarmes mobiles, corps à corps, quasiment. Un peu plus loin, à une dizaine de mètres, il y a une batucada, sur la barricade, qui met de l’ambiance.

  • 12h47 - LL - Nous sommes sur le chemin de Suez au niveau du Maquis, on est parti de la route où nous nous trouvions au nord du carrefour de la Saulce, et nous sommes passées à travers la forêt de Rohanne pour se retrouver sur ce chemin de Suez. Il y a beaucoup de monde qui afflue dans tous les sens. Un appel a été lancé au rassemblement à 14 h 30 à la ferme de Bellevue, afin ensuite de converger vers le lieu où se trouvent en ce moment les affrontements, c’est-à-dire au niveau de l’Ambassada et de La Wardine, autour du chemin de Suez. Beaucoup de monde, des personnes de tous âges et de toutes provenances, continuent à arriver.


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  • 12h45 NLC - Près de la barricade des Lascars, les gendarmes ont reculé de cinquante mètres. La barricade des Lascars se trouve sur le chemin de Suez, assez près du carrefour de la Saulce. Sur le chemin, à l’ouest, se trouvent plusieurs autre petites barricades. Les gendarmes se retirent de l’une d’entre elles, comme le montre cette vidéo :
  • 12h30 Les gens continuent d’arriver sur la zone, du côté de Bellevue, à l’ouest de la zone.

  • 12h24 - NLC - Au bord de la barricade des Lascars, la meuleuse de gendarmes mobiles a cédé la place à un blindé qui a sanglé un pilier de la tour et déchire la construction en la tractant. Un gendarme vient d’apporter une tronçonneuse. La barricade est en débris.

  • 12h00 - NLC - Je suis dans le champ à 500 m de La Wardine, près de l’Ambazada. Sur le chemin de Suez qui longe la Wardine en partant du carrefour de la Saulce, il y a la barricade des Lascars, qui doit être en voie de démontage, puisqu’on entend la meuleuse depuis au moins une heure. C’est une barricade en place depuis très longtemps, comprenant une porte.Là, une foule s’avance, les bras en l’air, vers les cordons de gendarmes, il y a des centaines de gens les bras levés.
    • La stratégie des gendarmes semble être de bloquer l’est de la zone, où devait se faire la reconstruction : ils sont au Gourbi, à la Saulce. Mais ils sont aussi à l’ouest, pour à la demande de la préfète d’enlever les barricades. Il y a une là, elle sera reconstruite juste après.... Ils n’avancent pas plus que ça, ils sécurisent leurs ouvriers. Les gens approchent à quelques centaines du cordon, qui vient de tirer des grenades.
    • Les messages sont passés : les gendarmes veulent empêcher la manifestation, donc rendez-vous à Bellevue, et pour ceux qui ne peuvent pas, rendez-vous à Notre-Dame-des-Landes et à Vigneux pour ouvrir de forums de discussion.
Cordon de gendarmes dans la forêt de Rohanne.
  • 11h45 - LL - Il est 11h42, nous sommes toujours au nord du carrefour de la Saulce. On apprend qu’en fait, alors que le rassemblement n’était pas interdit, le dispositif des gendarmes s’est installé sur le carrefour de la Saulce et sur toute la route menant aux Fosses noires. Ils ont aussi encerclé La Grée. Donc concrètement, les gendarmes empêchent le rassemblement pacifique de se tenir. Les gens sont plutôt furieux et énervés, même si ici c’est calme. Une personne disait : "Mais qu’est-ce que vous attendez, on venait juste passer un dimanche en famille, c’est en train de se tranquilliser, et là vous faites tout remonter, tout ça pour quoi, pour empêcher des gens qui voulaient faire du maraîchage". On voit dans la forêt de Rohanne, qui est au nord de La Wardine et du carrefour de la Saulce, ça pète depuis tout à l’heure, il y aurait des craintes que des cabanes autour de La Wardine soient détruites.
  • * Récit de Lorène Lavocat à écouter :

  • 11h32 - Nicolas de La Casinière (NLC) - Tirs de grenades explosives et lacrymogènes dans la forêt de Rohanne, à 400 m la Wardine.
  • 11h11 Chants devant les gendarmes :
    • Ecoutez :
  • 11h07 - LL - Au nord du carrefour de la Saulce, des militants non-violents sont devant les gendarmes. Le récit de notre reporter :
    • Ecoutez :
  • 10h59 - Lorène Lavocat (LL) - Les manifestants chantent face aux gendarmes.
    • Ecoutez :

  • 10h50 Nos reporters sont près de la barricade des Lascars.
    • Ecoutez :


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  • Regarder le reportage photo de Nicolas de la Casinière, dimanche 15 avril, à Notre-Dame-des-Landes




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Lire aussi : Zad de Notre-Dame-des-Landes : 15 jours de résistance à l’intervention militaire

Source : Lorène Lavocat, Nicolas de La Casinière et Marion Esnault pour Reporterre

Photos :
. Marion Esnault et Lorène Lavocat pour Reporterre, et :
. charpente transportée dans la nuit : Zone à défendre (@ZAD_NDDL) (vidéo)
. déplantation des bâtons : Marc Le Duc
. vidéo gendarmes lâchent une barricade : nuage
. gens arrivent à Bellevue : Julien Bayou
. blindé : © Nicolas de La Casinière/Reporterre
. video chanteurs : Sehla Bougriou



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