« Nous avons besoin de héros »

Durée de lecture : 3 minutes

7 février 2013 / Jean-Marie Pelt


Inlassable Jean-Marie Pelt qui publie chaque année ou presque un ouvrage nous invitant à changer notre rapport à la nature. Le célèbre botaniste présente ici brièvement ses deux derniers titres dont Héros d’humanité, un hommage à ceux « qui ont dit non » et qui paraît chez Flammarion en janvier 2013.

Qui sont ces hommes ?

Les héros d’autrefois étaient des guerriers qui mouraient au champs de bataille pour l’honneur, le courage. Les héros d’aujourd’hui sont des hommes ou des femmes aux valeurs plus féminines, porteurs de solidarité, de fraternité et d’amour. Par leurs actes et leurs écrits ils ont réussi à faire reculer l’esclavage, le colonialisme, la dictature…

J’ai écrit ce livre en pensant aux jeunes surtout. J’ai voulu leur donner des exemples et la conviction que chacun peut encore agir. Je consacre aussi une partie de l’ouvrage aux héros de l’écologie, des hommes très actifs, parfois tragiquement disparus comme Chico Mendès ou Bruno Manser.

Au regard de l’état de la planète, les héros de l’écologie n’ont-ils pas échoué ?

Ah mais non ! Ils ont fait considérablement avancer l’écologie. Voyez Dian Fossey et son combat pour les gorilles. Je pense aussi à Henry David Thoreau, ce visionnaire du XIXe siècle, défenseur de la nature prônant la simplicité de vie. Il est parmi les pères, sinon Le père de l’écologie.

Plus récent et peu connu, je pense à Aymak Djangaliev *. Cet agronome né en 1913 et mort en 2009 qui a passé sa vie à étudier et tenter de sauvegarder les forêts de pommiers sauvages du Kazakhstan. Un jardin d’Eden sur lequel il a fini par attirer les regards du monde scientifique. C’est une belle histoire.

Aujourd’hui des chercheurs travaillent sur des croisements de pommes kazakhes avec nos variétés cultivées afin de leur faire bénéficier des gènes de résistances aux parasites et aux maladies dont on les protège par des épandages de pesticides.

Justement, l’an dernier vous avez publié Cessons de tuer la terre pour nourrir l’homme !

Pour en finir avec les pesticides comme l’indique le sous-titre du livre. L’idée est de passer d’une culture « anti », anti parasite, anti insecte à une vision plus harmonieuse de notre lien à la nature. Dans ce livre je fais le tour des alternatives qui sur le terrain, permettront de sortir des rapports de force.

Ce sont des stratégies qui favorisent les mécanismes naturels comme la capacité des plantes de se défendre face à des agresseurs comme la SDN, stimulation des défenses naturelles, ou l’allélopathie. Par exemple, certaines racines de plantes émettent des excrétions qui empêchent les adventices de pousser. Aujourd’hui, des recherches se développent dans ce domaine.

Vous en évoquez certaines sur les plantes et la musique. Pouvez-vous précisez ?

La matière est composée de corpuscules et de vibrations. Jusqu’à présent on a travaillé les corpuscules et peu exploré les vibrations comme le fait par exemple Joël Sternheimer et son équipe en France sur la vigne. A partir de vibrations qui correspondent au métabolisme interne de la plante, il cherche à développer leur potentiel, à augmenter la croissance, à favoriser la production de molécules d’autodéfense. Là il s’agit de recherches de pointe, non publiques.

Tous les agriculteurs sont-ils à même de pouvoir utiliser les techniques que vous évoquez ?

Non bien sûr. Cela demandera de la formation et un peu de culture dans tous les sens du terme et notamment une nouvelle culture dans les rapports homme nature qui se fera progressivement ! Mais les mentalités évoluent.

Propos recueillis par Pascale Garcia

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* Pour en savoir plus sur Aymak Djangaliev, voir aussi le site de l’association des Amis d’Aymak Djangaliev pour la sauvegarde de la pomme Malus sieversii.




Source : Pascale Garcia pour Reporterre

Photo :
- pommier sauvage : http://pecita.com/plantes/pla_026.html
- Jean-Marie Pelt : Isabelle Jourdain blog

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