Nouveau procès pour des militants anti-avion : « C’est un véritable acharnement »
Une trentaine de personnes se sont rassemblées à Paris en soutien aux sept activistes écologistes poursuivis, le 1er décembre 2025. - © NnoMan Cadoret / Reporterre
Une trentaine de personnes se sont rassemblées à Paris en soutien aux sept activistes écologistes poursuivis, le 1er décembre 2025. - © NnoMan Cadoret / Reporterre
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Sept activistes qui avaient envahi le tarmac de Roissy en 2020 ont comparu le 1er décembre devant la cour d’appel de Paris. Ils dénoncent une « procédure-bâillon » contre les militants écologistes. Le procès se poursuivra le 3 décembre.
Paris, reportage
Debout devant une grande banderole bleue estampillée « Extension de Roissy : c’est toujours non ! », maître Chloé Saynac se saisit d’un mégaphone. « On assiste à un véritable acharnement du parquet. Ce qui se passe est choquant : le ministère public est censé poursuivre au nom de l’intérêt de la société, or il s’attaque aux dernières personnes à se lever face à la catastrophe climatique. Mais nous aussi, on va s’acharner pour qu’elles obtiennent la relaxe ! »
Le 1er décembre à midi, une trentaine de personnes membres d’Action Justice Climat (AJC, ex-Alternatiba Paris), de Rester sur Terre et de Scientifiques en rébellion se sont rassemblées dans un froid glacial place du Châtelet, à Paris. Le but : apporter leur soutien à sept activistes écologistes poursuivis l’après-midi même devant la cour d’appel de Paris.
En novembre 2021, ces derniers avaient été relaxés par le tribunal correctionnel de Bobigny (Seine-Saint-Denis) des faits de « trouble au fonctionnement d’installations aéroportuaires ». Le 3 octobre 2020, à l’initiative notamment d’AJC et d’ANV-COP21, une centaine de militants avaient envahi le tarmac de l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle (Val-d’Oise). Leur objectif était de réclamer la réduction du trafic aérien et de dénoncer le projet de création d’un nouveau terminal, le T4, prévu pour accueillir jusqu’à 40 millions de passagers supplémentaires par an d’ici 2037. Celui-ci avait finalement été annulé par l’État quatre mois plus tard, ne « correspond[ant] plus à la politique environnementale du gouvernement », dixit l’exécutif de l’époque.
Quatre ans après leur audience en première instance, et alors qu’un nouveau projet d’extension de l’aéroport a été annoncé en avril, ces sept activistes étaient donc de retour au tribunal après que le parquet a interjeté appel. Le ministère public a en outre demandé que les faits soient requalifiés en « tentative d’entrave à la circulation d’aéronefs », un délit passible de cinq ans de prison et de 18 000 euros d’amende.
« La désobéissance civile non violente est légitime, nécessaire et même inévitable »
Convoqués chacun à leur tour à la barre, les prévenus ont tous estimé que cette « action symbolique », dont « le but n’a jamais été de bloquer les avions », relevait de « l’état de nécessité ».
« On a imposé à ma génération la responsabilité de changer le monde, mais sans jamais nous aider pour le faire […] À l’heure où ni les politiques ni les acteurs économiques n’agissent pour réduire nos émissions de CO2, la désobéissance civile non violente est légitime, nécessaire et même inévitable », a déclaré avec force Sixtine, autrice-illustratrice de 29 ans.
Le tout, en soulignant le bilan carbone désastreux du secteur de l’aviation (celui-ci est responsable de 5 % des émissions de gaz effet de serre dans le monde) et l’incompatibilité du développement de cette industrie avec l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050 prévu par l’Accord de Paris.
Jérôme, astrophysicien membre de Scientifiques en rébellion, a dit d’un ton doux mais résolu la même chose. Alors que la représentante du parquet faisait une référence inattendue voire hasardeuse à « l’influenceuse » Swann Périssé, laquelle aurait « beaucoup plus d’écho que [leurs] actions de désobéissance civile » pour alerter sur l’urgence climatique — un rapide tour sur internet permet pourtant de voir que l’humoriste a déjà invité l’activiste Camille Étienne… pour parler de désobéissance civile —, le chercheur a rappelé la complémentarité des différents modes d’action : « Les rapports scientifiques, la sensibilisation, les manifs, les pétitions, etc. sont évidemment utiles — et je me saisis de ces moyens-là également —, mais force est de constater que ce n’est pas suffisant. »
Et de qualifier cette audience en appel de « procédure-bâillon » s’inscrivant de façon plus générale dans le climat de « criminalisation » touchant les activistes écologistes depuis plusieurs années.
« Est-ce que ce dossier nécessitait de remobiliser ce tribunal cinq ans plus tard ? Je ne le crois pas : notre action était pleinement légitime, juste, et en faveur de l’intérêt général […] Elle a permis de sensibiliser le grand public et d’enclencher une dynamique pour s’opposer au nouveau projet d’extension de l’aéroport », a abondé Audrey, journaliste scientifique vivant à 20 km de Roissy et fondatrice du collectif de riverains Non au T4.
Interrogée par Reporterre en amont de l’audience, Léa Geindreau, coordinatrice générale d’AJC, a évoqué elle aussi « l’accélération de la répression » contre les mouvements citoyens en France. L’activiste a cité pour (énième) preuve une loi adoptée en 2021 en catimini par le Parlement. Celle-ci (qui ne peut s’appliquer rétroactivement à l’affaire du jour) qualifie le fait de s’introduire illégalement sur une piste d’aéroport de « délit » passible de prison. « On voit bien la volonté du gouvernement de décourager les personnes engagées dans la désobéissance civile », a-t-elle déploré.
Dans la salle d’audience, les prévenus ont pourtant continué de montrer leur détermination, et ce, malgré la « fatigue » liée à cette procédure qualifiée de « disproportionnée » par Côme, l’un des militants. L’audition des trois derniers activistes poursuivis, les plaidoiries des avocats et les réquisitions du parquet auront lieu mercredi 3 décembre à partir de 13 h 30 à la cour d’appel de Paris.