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ReportageClimat

« On cuit comme sur un gril » : des collégiens espagnols dénoncent la fournaise dans les classes

Des collégiens et des parents manifestent devant un collège à Séville, dans le sud de l'Espagne, pour réclamer des mesures face à la fournaise.

Dans les collèges du sud de l’Espagne, c’est la fournaise. Élèves et parents réclament l’application d’une loi visant à rafraîchir sans polluer. Aucune mesure d’ampleur n’a été lancée... mais des climatiseurs ont été installés.

Séville (Espagne), correspondance

« On cuit comme sur un gril. » La pancarte que brandissait Candela, 15 ans, collégienne à Matilde Casanova, à La Algaba, près de Séville, avait le mérite de la clarté. « Il n’y a pas la climatisation, on ne peut pas ouvrir les fenêtres à cause du bruit et le soleil tape en plein sur les vitres de nos classes », expliquait-elle à Reporterre le 10 juin, devant la porte de son établissement.

Un peu avant 8 heures, une trentaine d’élèves et certains parents ont voulu interpeller les autorités locales pour demander des solutions face à la surchauffe des écoles de la région. Si la fraîcheur matinale soulageait les corps, les 42 °C du week-end précédent étaient encore dans tous les esprits. « Apprendre la loi de Newton à 35-40 élèves dans une classe où il fait 38-39 °C, ce n’est pas tenable », assurait à Reporterre Ignacio Moreno, qui enseigne à Matilde Casanova depuis vingt ans.

Pas de travaux d’isolation ni de verdissement des écoles

Le bâtiment est vétuste et les revendications nombreuses, mais c’est bel et bien la chaleur qui a déclenché la manifestation. Comme d’autres écoles ces derniers jours, ils se sont unis à l’appel de la plateforme Escuelas de calor (les « écoles de la chaleur »), qui s’adresse au gouvernement local en Andalousie, région la plus au sud de l’Espagne. Elle exige l’application d’une loi régionale de « bioclimatisation » pour lutter contre la chaleur avec des « solutions basées sur la nature », en vigueur depuis 2020.

Las, celle-ci s’est soldée par l’installation, dans certains établissements, de climatiseurs : certes peu gourmands en énergie, ils ne remplacent pas des changements d’ampleur tels que des travaux d’isolation et le verdissement des écoles.

«  Ces conditions ne sont pas dignes pour nos enfants  », estime Manuel Tolosa, président de l’association de mères et de pères d’élèves du collège. © Alban Elkaïm / Reporterre

Il est pourtant urgent d’agir. « La semaine dernière, plusieurs enfants ont été pris en charge par les urgences car il faisait près de 40 °C. Ces cas sont exceptionnels, mais ces conditions ne sont pas dignes pour nos enfants », estimait Manuel Tolosa, président de l’association de mères et de pères d’élèves (Ampa) de Matilde Casanova, qui a convoqué le rassemblement.

Le premier épisode de fortes températures de l’année a eu lieu du 28 au 31 mai. Il s’agissait des trois journées les plus chaudes enregistrées en mai dans le pays — depuis qu’il existe des registres unifiés et fiables. Le deuxième épisode a eu lieu le 7 et 8 juin et la prochaine vague doit atteindre son point d’orgue lundi 16 juin.

Utiliser l’évaporation de l’eau pour rafraîchir l’air

« Nous avons commencé ce combat en 2017. À l’époque, nous ne savions pas qu’il existait autre chose que la clim’ classique », se souvient Teresa Pablo, une des porte-parole et pionnières d’Escuelas de calor. « Notre lutte a entraîné un mouvement politique au parlement régional. Podemos [gauche radicale] a suggéré d’en faire une loi pour transformer nos écoles avec des mesures bioclimatiques et ne pas empirer le problème du changement climatique avec un système classique d’air conditionné. Ça nous a plu. L’esprit du texte est aussi de lutter contre le changement climatique et de sensibiliser les élèves. »

Pour elle, cela signifiait des arbres dans la cour, murs et toits végétalisés, isolation et panneaux solaires, l’utilisation de climatisation seulement là où la chaleur résiste malgré tout… Le gouvernement local l’a traduit par l’installation de refroidisseurs à évaporation, aussi appelés adiabatiques, dans 465 centres scolaires publics, sur plus de 4 700 en Andalousie. De l’eau est injectée dans un tampon à travers lequel passe un flux d’air chaud et sec, qui se rafraîchit sous l’effet de l’évaporation et est ventilé dans la pièce.

Le système consomme 80 % d’électricité en moins mais est plutôt indiqué pour de grands volumes, bien aérés, avec peu de public à l’intérieur. Si la ventilation du local n’est pas assez bonne, il sature l’air en eau, ce qui lui fait perdre son efficacité et instaure une atmosphère très moite. Et s’il n’est pas bien entretenu, il peut diffuser des bactéries comme la salmonelle. Or, selon Escuelas de calor, le gouvernement local ne paie pas l’entretien de ces machines, trop coûteux pour certains établissements.

« Cinq ans après l’approbation de la loi de bioclimatisation, seuls 10 à 15 % des écoles publiques ont été dotées. Et même pour ces établissements où le gouvernement est intervenu, les mesures basées sur la nature brillent par leur absence », conclut Teresa Pablo.

« Seuls 10 à 15 % des écoles publiques ont été dotées »

« Les retours que nous avons là où nous avons installé ces systèmes sont très positifs », se défend le département du gouvernement régional chargé de l’éducation, contacté par Reporterre. Selon lui, la loi serait parfaitement respectée, mais les changements demandés nécessitent du temps en raison de leur coût élevé.

Par ailleurs, le petit nombre d’établissements dotés serait un trompe-l’œil : « Certains ont été équipés par les mairies, d’autres par les familles elles-mêmes. Et nous intervenons en priorité dans les zones où il fait le plus chaud dans la région, comme Séville et Cordoue. Mais les besoins ne sont pas les mêmes partout. » En attendant, à Matilde Casanova, il n’y a eu aucune installation. Comme dans nombre d’autres écoles à Séville.

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