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Luttes

Pas de répit pour Macron : écolos et syndicats déjà sur le pont

Manifestation contre la réforme des retraires à Paris, en février 2020.

Législatives, actions du 26 avril et du 1er mai… Emmanuel Macron à peine réélu président, les mouvements pour la justice sociale et l’écologie se mobilisent. Objectif : mettre « la pression dès maintenant ».

Soulagement et détermination. Ce sont les deux mots qui pourraient résumer les sentiments exprimés par les porte-paroles des divers mouvements et associations interrogés par Reporterre, au lendemain de la réélection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République.

L’extrême droite n’est pas passée, ouf. « Mais tous les reproches que l’on avait à faire à Emmanuel Macron restent sur la table, souligne Philippe Martinez, secrétaire national de la CGT. Et il ne semble pas prendre en considération la réalité de son élection, qui est plus le résultat d’un vote d’opposition à [Marine] Le Pen qu’un vote d’adhésion à son programme. » Plus question, donc, comme il y a cinq ans, de lui laisser le bénéfice du doute. « En 2017, il se disait ni de droite ni de gauche, affichait un côté social, les gens attendaient de voir », remarque Raphaël Pradeau, d’Attac. Désormais, on sait qu’il faut agir dès maintenant. »

D’ailleurs, le terreau paraît favorable à la mobilisation. « Beaucoup de gens se sont sentis démunis, car au second tour ils étaient face à deux candidats qui ne leur correspondaient pas, observe Sarah Fayolle, chargée de campagne chez Greenpeace France. Il faut leur proposer quelque chose. » Preuve de cet intérêt, chez Alternatiba, « plusieurs centaines de personnes se sont inscrites pour nous rejoindre, observe Élodie Nace, porte-parole du mouvement. Ils nous disent avoir conscience du retard pris dans la lutte contre la crise climatique, de l’urgence qu’ils ressentent à se mobiliser ». « Il ne faut pas laisser retomber la pâte, insiste Philippe Martinez. On met la pression dès maintenant et on plante les problèmes du monde du travail tout de suite dans le décor. »

Retraites, quartiers populaires... les dossiers brûlants

Le mouvement social est donc déjà sur le pont. Ce mardi 26 avril, 120 collectifs en lutte à travers le territoire appellent à des actions pour « stopper les projets toxiques ». Plusieurs organisations nationales soutiennent la démarche, comme Attac. « La date a été choisie volontairement pour ne pas laisser d’état de grâce à Emmanuel Macron », explique le porte-parole de l’organisation, Raphaël Pradeau. Luttes sociales et écologiques se sont aussi donné rendez-vous pour la traditionnelle manifestation du 1er mai, dimanche. « C’est la journée des travailleurs, mais c’est important d’élargir, estime Simon Duteil, codélégué général de l’union syndicale Solidaires. Que ceux qui se battent pour la justice sociale et la planète viennent aussi. »

L’autre échéance à venir sont les législatives, les dimanches 12 et 19 juin. Plusieurs organisations comptent bien y mettre leur grain de sel. Greenpeace et Alternatiba en ont fait l’une des priorités des prochaines semaines, « pour que les citoyens se mobilisent et qu’il y ait le plus grand nombre de députés avec une vision ambitieuse de l’écologie à l’Assemblée », explique Sarah Fayolle, chez Greenpeace France.

Lire aussi : « Macron ne connaîtra pas d’état de grâce » : à Montpellier, les Insoumis déjà mobilisés

D’autres ont choisi un angle plus social. « On a décidé d’engager dès maintenant la bataille des retraites, annonce Raphaël Pradeau, d’Attac. Cela a déjà mis Macron en difficulté pendant la campagne, on veut en faire un grand sujet des législatives. » Sur ce dossier brûlant, Solidaires a même prévu l’étape d’après : « On va en parler tout l’été dans les entreprises pour déconstruire le discours du gouvernement. Nous allons devoir organiser une forte résistance », prévient Simon Duteil.

Du côté des quartiers populaires, la coordination Pas sans nous a décidé d’interpeller les candidats aux législatives, à partir d’une série de propositions élaborées lors d’un tour de France des quartiers populaires. « On continue à se mobiliser pour dire à tous ceux qui veulent parler au nom des quartiers que tout ce qui se fait sans nous est contre nous », explique son président, Mohamed Mechmache.

Mobiliser à l’échelle nationale

Voici pour le court terme. Mais dans ce contexte d’élections, beaucoup d’organisations reconnaissent avoir à peine commencé à réfléchir à l’après-législatives. Elles sont plutôt dans l’expectative, attendent de connaître la composition du prochain gouvernement et de la future Assemblée nationale. Quelle stratégie adopter pour porter les luttes sociales et écologiques dans les années à venir ?

« Une chose à prendre en compte, c’est qu’il est de plus en plus difficile de manifester en France, souligne Raphaël Pradeau, d’Attac. Les manifestants sont considérés comme des ennemis de l’intérieur que l’on peut gazer, nasser, verbaliser. On sait aussi que les manifestations massives, en cinq ans, n’ont pas réussi à faire reculer Macron. Il va falloir que l’on réfléchisse à tout cela. » « Il n’y a pas de formule magique de victoire. C’est la multiplication des formats d’action qui permet de gagner », souligne diplomatiquement Élodie Nace.

Manifestation contre la réforme des retraites à Paris, en février 2020. © NnoMan Cadoret/Reporterre

Seules les organisations proches du terrain semblent déjà avoir décidé de leur attitude. Côté banlieues, Mohamed Mechmache compte bien continuer « comme depuis trente ans : localement, c’est tous les jours qu’on lutte pour des logements à la hauteur, contre le manque de profs, les expulsions de familles », explique-t-il. « D’ailleurs, j’aimerais que les autres mouvements sociaux viennent militer là-dessus, parler de ces habitants-là, que ce ne soit pas en sens unique », dit-il, en faisant référence au fait que Pas sans nous participe aux mobilisations pour le climat.

« On est devenu un mouvement social fort, éclectique »

Dans un autre style, le collectif Terres de luttes a également fait le choix radical du local et aide les luttes contre les extensions d’aéroports, les nouvelles routes, les centres commerciaux, les entrepôts Amazon, les fermes-usines, etc. Il soutient l’appel à mobilisation de ce mardi. « À l’échelle nationale, rien ne se passe, on a marché pendant un quinquennat et on n’a rien obtenu, estime sa fondatrice Chloé Gerbier. Alors qu’à l’échelle locale, on a comptabilisé quarante victoires. C’est l’échelon de mobilisation qu’il nous reste. Lutter sur des sujets très concrets, c’est ce qui permet de développer une écologie qui a des impacts visibles sur la vie des gens, qui peuvent ainsi récupérer une forme de pouvoir. »

Elle observe une « montée en puissance de ces luttes ». Les collectifs s’opposant à des projets similaires se regroupent, s’organisent. « C’est déjà fait avec Amazon et les aéroports, c’est en cours sur les jardins ouvriers et les routes. » Une nouvelle force qui s’enracine sur les territoires. Et qui s’ajoute à un mouvement climat de plus en plus fort, veut croire Élodie Nace, chez Alternatiba : « Il n’a rien à voir avec ce qu’il était en 2017. À l’époque, on bataillait pour que nos sujets arrivent dans le débat public, la question climatique était très peu présente. Désormais, on est devenu un mouvement social fort, éclectique, et connecté à d’autres mouvements sociaux. »

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