Pétrole, gaz… Des élus veulent relancer les hydrocarbures dans les territoires d’outre-mer
Plateforme pétrolière offshore de la compagnie Tullow Oil au large des côtes de la Guyane, en 2011. - © Jody Amiet / AFP
Plateforme pétrolière offshore de la compagnie Tullow Oil au large des côtes de la Guyane, en 2011. - © Jody Amiet / AFP
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Le 29 janvier, le Sénat examinera une proposition de loi macroniste pour ouvrir la voie à la recherche et à l’exploitation d’hydrocarbures dans les territoires d’outre-mer. Ce revirement majeur divise au sein du gouvernement.
Ni historique ni exemplaire, elle figurait pourtant parmi les très rares avancées écologiques engagées sous Emmanuel Macron. Au point que le chef de l’État l’avait brandi comme un symbole de la lutte contre le dérèglement climatique sur la scène internationale. Promulguée fin 2017, la loi Hulot — qui interdit la recherche d’hydrocarbures et prévoit la fin de leur exploitation en France d’ici 2040 — est dans le viseur de plusieurs sénateurs macronistes et Les Républicains.
Une proposition de loi déposée début décembre par le sénateur (RDPI) de Guyane, Georges Patient, et soutenue par d’autres élus des territoires d’outre-mer, vise à réautoriser la recherche et l’exploitation d’hydrocarbures sur ces terres. Le texte, qui cible en particulier le pétrole en Guyane et le gaz à Mayotte, a été adopté par la commission des affaires économiques du Sénat, mercredi 21 janvier. Il sera discuté en séance publique le 29 janvier.
En attendant, au sein du gouvernement, la proposition de loi divise. Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, s’y oppose fermement face à Naïma Moutchou, ministre des Outre-mer. Selon le média Politico, Monique Barbut, appuyée par le ministre de l’Économie Roland Lescure, aurait même mis sa démission dans la balance si le Premier ministre venait à soutenir la proposition. Sa posture devrait être connue dans les prochains jours.
Une demi-douzaine d’organisations — dont Greenpeace France, Mayotte Nature Environnement et le Réseau Action Climat —, ont adressé le 19 janvier une lettre ouverte au Premier ministre lui demandant de rejeter le texte.
Un contresens climatique
Réautoriser la recherche et l’exploitation d’hydrocarbures dans les territoires d’outre-mer constituerait un immense bond en arrière. Les constats du Giec sont sans équivoque : pour maintenir une chance de limiter le réchauffement climatique à +1,5 °C, aucun nouveau projet fossile ne doit voir le jour. Une telle décision reviendrait, selon les organisations, à renier les engagements climatiques de la France sur la sortie des énergies fossiles pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Des engagements encore réaffirmés récemment lors de la COP au Brésil et dans la stratégie nationale bas carbone.
Le sujet n’est pas nouveau : en février 2025, le précédent ministre des Outre-mer, Manuels Valls, s’était dit favorable à la recherche de pétrole en Guyane. Le voilà qu’il réapparaît quelques mois plus tard dans les débats, lorsque Donald Trump a mis la main sur le pétrole du Venezuela et multiplié les menaces pour faire de même avec les minerais et terres rares du Groenland.
« Il ne faut surtout pas se lancer dans la course extractiviste menée par Trump »
C’est justement l’un des objectifs de la proposition de loi : « sécuriser l’approvisionnement énergétique de la France et réduire sa dépendance extérieure », arguent les parlementaires dans l’exposé de leurs motifs. Ils estiment que « la Guyane, Mayotte et plus largement les outre-mer, dont le potentiel pétrolier reste à déterminer, se trouvent être les principales victimes de la bonne conscience écologique de la France ».
« Il ne faut surtout pas se lancer dans la course extractiviste menée par Donald Trump, répond Lorelei Limousin, chargée de campagne climat à Greenpeace France. L’urgence est au contraire de se libérer de notre dépendance au pétrole, au gaz et au charbon, qui sont des sources croissantes de vulnérabilités climatiques, géopolitiques et stratégiques. »
« La Guyane n’est pas un eldorado fossile »
Si les parlementaires s’intéressent au pétrole en Guyane, c’est en raison des découvertes réalisées ces dernières années chez ses voisins. Le Guyana a produit en 2024 plus de 600 000 barils par jour. Le Suriname prévoit, lui, de démarrer la production en 2028. Quant au Brésil, Lula a annoncé en octobre l’ouverture de nouvelles zones d’exploration dont certaines face à l’embouchure du fleuve Oyapock, le long de la frontière maritime avec la Guyane.
Pour les défenseurs du texte, « il serait pour le moins extraordinaire que toute la côte des Guyanes regorge de pétrole sauf la partie française ».
« Cette pensée repose sur une illusion, la Guyane n’est pas un eldorado fossile, même Shell et Total ont baissé les bras, dit Lorelei Limousin, de Greenpeace France. Depuis 1968, quatre campagnes d’exploration ont été menées ici et elles se sont toutes soldées par des échecs techniques ou économiques. » Lors de la dernière, en 2019, les forages menés par TotalÉnergies n’avaient pas permis d’en trouver et le puits foré à 2 000 mètres de profondeur avait été cimenté.
Des impacts dès la phase de recherche
Autour de Mayotte et des îles Éparses, ce sont les gisements de gaz dans le canal du Mozambique qui aiguisent les appétits. La Banque africaine de développement évoquait en 2018 des réserves de plus de 5 000 milliards de m3 de gaz. Si plusieurs projets gaziers s’y développent en Tanzanie et au Mozambique, notamment avec TotalÉnergies qui a annoncé son intention de reprendre son mégaprojet, les eaux autour de Mayotte restent inexplorées.
« Là encore, on part du principe qu’il y a du potentiel car il existe des gisements à proximité, mais on ignore si autour de Mayotte ces potentiels gisements sont exploitables et rentables, affirme Théau Despeyroux, chargé de mission scientifique chez Mayotte Nature Environnement. Aux îles Éparses, plus au sud du canal, des recherches ont été menées en 2019 et 2020, mais elles n’ont pas donné de résultat concluant. »
Même en l’absence de découverte exploitable, dès la prospection il y a des destructions d’habitats marins, des risques de fuites et une perturbation directe de la faune, poursuit Théau Despeyroux : « La phase de recherche repose sur des émissions sonores très puissantes pour cartographier les fonds marins qui, combinées à la hausse du trafic maritime, perturbent les espèces migratrices. Le canal du Mozambique est un couloir majeur de migration pour les baleines à bosse et les tortues. » À cela s’ajoute la proximité du volcan sous-marin Fani Maoré, source d’une activité sismique importante et de risques industriels pour d’éventuelles plateformes gazières.
Surtout, alors que les territoires ultramarins concentrent 80 % de la biodiversité française et qu’ils sont particulièrement vulnérables aux effets du dérèglement climatique, l’exploitation d’hydrocarbures comporte des risques environnementaux considérables, notamment de marée noire. La preuve, début janvier, des fuites importantes de fluides ont contraint à interrompre les opérations de forage dans un gisement au Brésil, le long de la frontière maritime avec la Guyane.
Dernier argument des défenseurs de la proposition de loi, l’exploitation d’hydrocarbures créerait des emplois dans des départements parmi les plus pauvres de France. Mais là encore, la promesse apparaît illusoire : un rapport parlementaire de 2023 soulignait déjà que les rares emplois qualifiés potentiellement générés ne profiteraient pas aux Guyanais, faute de formations adaptées sur le territoire. « À l’inverse, précise Lorelei Limousin, ces projets d’exploitation menacent plutôt les moyens de subsistance et les emplois de la pêche. »