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Énergie

Pétrole, gaz, charbon : les énergies fossiles en plein boom

Forages pétroliers en Écosse.

Les pays membres de l’Opep se réunissent mercredi 2 février pour discuter d’une nouvelle hausse de la production de pétrole, alors que les prix sont au plus haut depuis sept ans.

Charbon, pétrole et gaz : le monde est plus que jamais accro à ces énergies fossiles, qui représentent 80 % des émissions de CO2 mondiales. Et malgré l’urgence climatique, qui appelle à une diminution immédiate et rapide de leur utilisation, les dirigeants des plus grands pays du monde continuent d’engluer l’humanité dans un avenir brun.

Les treize pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et leurs dix alliés se réunissent, mercredi 2 février, pour discuter d’une nouvelle hausse de la production de pétrole, alors que les prix sont au plus haut depuis sept ans [1], stimulés par les crises géopolitiques impliquant la Russie, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, des mastodontes de la production et de l’exportation de l’or noir. Selon l’AFP, les analystes s’attendent pour le mois de mars à une nouvelle augmentation du volume total de production de 400 000 barils par jour, sans exclure une hausse plus importante.

Parmi les pays qui se présentent comme des leaders de la lutte contre le changement climatique, le tableau n’est guère plus reluisant. Dans une analyse publiée sur son site internet, l’organisation Oil Change International — qui s’efforce d’exposer les coûts réels des combustibles fossiles — affirme aussi que les États-Unis, le Canada et la Norvège « pompent plus de pétrole que jamais ».

Toujours plus de forages

Selon Counterpunch, l’Agence étasunienne d’information sur l’énergie (EIA) « prévoit que la production pétrolière étasunienne sera en moyenne de 12,4 millions de barils par jour au cours de l’année 2023, dépassant ainsi le record de la production nationale de pétrole brut établi en 2019 sous Trump ».

De plus, comme l’a montré une analyse de Public Citizen, publiée en décembre, Joe Biden approuve les permis de forages de pétrole et de gaz à un rythme plus rapide que Donald Trump [2], pourtant climatosceptique et partisan de l’expansion des combustibles fossiles. Les ambitions du président démocrate sont seulement freinées par les activistes, qui luttent par la voie des tribunaux : fin janvier, un juge fédéral a abrogé des licences d’exploitations pétrolières et gazières de plus de 324 000 km2 dans le golfe du Mexique, estimant que l’administration n’avait pas suffisamment pris en compte le changement climatique lorsqu’elle a mis aux enchères les baux.

Au Canada, le Premier ministre, Justin Trudeau, qualifié d’« hypocrite du climat » par les analystes d’Oil Change International, n’est pas près non plus d’abandonner l’exploitation des sables bitumineux en Alberta, malgré le retrait de plusieurs producteurs et investisseurs multinationaux, comme TotalEnergies (ex-Total). Pendant ce temps, la Norvège, plus grand producteur d’hydrocarbures d’Europe occidentale, vient d’annoncer cinquante-trois nouvelles licences pétrolières et gazières, non seulement en mer du Nord, mais aussi dans les mers de Norvège et de Barents.

Sur la scène internationale, la France continue de feindre l’ignorance sur les conséquences humaines et environnementales des ambitions pétrolières de TotalEnergies en Ouganda, où la multinationale va construire l’oléoduc chauffé le plus long du monde. Comme l’a montré un récent rapport de l’Observatoire des multinationales, des Amis de la Terre et de Survie, le soutien d’Emmanuel Macron est indéfectible dans ce dossier, la France déroulant le tapis rouge à TotalEnergies jusque dans son ambassade en Ouganda.

Le charbon « en plein essor »

Outre le pétrole et le gaz, la pire des industries pour climat, celle du charbon, « est en plein essor » alors qu’on la pensait en déclin, comme l’explique Javier Blas, chroniqueur énergie de l’agence de presse spécialisée Bloomberg. Avec l’explosion de la demande de charbon, les prix de référence ont atteint des sommets historiques et les sociétés minières qui ont conservé le charbon « font un malheur ». Les actions de Glencore, le plus grand exportateur mondial de charbon thermique maritime, ont par exemple atteint leur plus haut niveau depuis dix ans.

La Chine est la principale responsable de ce boom. Confronté à des pénuries d’électricité, le géant asiatique a puisé plus de charbon que jamais en novembre et décembre 2021. Mais les États-Unis, où le sénateur Joe Manchin s’échine à maintenir l’industrie du charbon en vie, ne sont pas en reste, tout comme des pays européens comme le Royaume-Uni ou l’Allemagne, qui continuent d’en exploiter.

Résultat : d’après l’Agence internationale de l’énergie (AIE), l’an dernier, le monde a brûlé la plus grande quantité de charbon jamais atteinte pour produire de l’électricité, et la consommation mondiale totale de charbon devrait atteindre, entre 2022 et 2024, un niveau record [3]. « Le fossé entre l’ambition du monde de se débarrasser du charbon et la réalité de son système énergétique n’a jamais été aussi grand », écrit Javier Blas.

Une coalition de huit pays, intitulée « Beyond Oil and Gas Alliance » (Boga), s’est engagée à arrêter la production de pétrole et de gaz. © Pierre Larrieu/Reporterre

La dissonance est d’autant plus grande que, fin 2021, les pays du monde entier avaient mis les énergies fossiles au cœur des débats de la COP26 pour le climat. Plusieurs coalitions étaient nées au cours des deux semaines de négociations. Des États s’étaient engagés pour une sortie du charbon, la fin du financement de projets fossiles à l’international, ou encore à ne plus délivrer de nouvelles licences d’exploration et d’exploitation de pétrole et de gaz, et ce avec effet immédiat.

Surtout, l’accord adopté à Glasgow mentionnait pour la première fois la « diminution progressive » du charbon « non compensé à la source » ainsi que la « suppression progressive des subventions » aux combustibles fossiles. Des formules considérablement édulcorées par rapport aux premières moutures du texte. Ému aux larmes, le président de la COP26, Alok Sharma, s’était d’ailleurs dit « profondément désolé », au moment de conclure le sommet, pour l’affaiblissement de ce passage.

Les dernières informations sur le front des énergies fossiles ne devraient pas le consoler ni les habitants de la forêt amazonienne équatorienne qui ont subi, vendredi 28 janvier, d’immenses projections de pétrole à la suite de cet éboulement et à la rupture d’un oléoduc. « C’est la raison exacte pour laquelle nous nous opposons à l’extraction pétrolière, a déclaré Andrés Tapia, de la Confédération des nationalités indigènes de l’Amazonie équatorienne, l’organisation mère de la Conaie, relate NBC News. Les déversements font désormais partie de notre quotidien, et nous vivons avec cette contamination depuis des décennies. L’industrie pétrolière ne nous a apporté que mort et destruction. »

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