Emmanuel Macron appelle à procréer mais oublie les causes de l’infertilité
Un bébé prématuré en incubateur, à Nancy, à l'automne 2025 (illustration). - © Jean-Christophe Verhaegen / AFP
Un bébé prématuré en incubateur, à Nancy, à l'automne 2025 (illustration). - © Jean-Christophe Verhaegen / AFP
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Face à la volonté gouvernementale de voir les Français faire des enfants, les pollutions nuisibles à la fertilité et le manque de perspectives socio-économiques sont les premiers obstacles à la parentalité, rappelle notre journaliste dans cet éditorial.
Faites des enfants, et pas trop tard. Voici en substance la consigne du gouvernement. D’ici cet été, tous les Français de 29 ans vont recevoir un courrier pour les sensibiliser à la diminution de la fertilité avec l’âge. Des citoyennes et citoyens parfois à peine sortis des études, dont l’insouciance a été broyée par la pandémie de Covid-19, et dont la santé mentale n’a jamais été si mauvaise. Mais qu’on se rassure : le gouvernement précise qu’il ne s’agit pas de leur rajouter une pression supplémentaire, simplement d’éviter le « si j’avais su »…
Outre rappeler que l’horloge biologique tourne, cette missive vise aussi à informer sur la possibilité de conserver ses gamètes dès l’âge de 29 ans, dans le but d’un futur projet bébé. Elle fait partie du tant attendu plan pour la fertilité, dévoilé le 5 février par le ministère de la Santé. Un plan qui prévoit, certes, des diagnostics plus précoces, et un meilleur accès au parcours de PMA… mais rien pour lutter contre les causes systémiques et environnementales de l’infertilité.
Une fertilité plombée par les polluants
Pourtant, les études le confirment : la pollution, et notamment les pesticides, boostent l’endométriose, une maladie qui entraîne dans certains cas une baisse de la fertilité chez les femmes. Le chlordécone, ce pesticide utilisé dans les plantations de bananiers, est lui responsable d’un allongement du délai de conception pour les femmes les plus exposées. Présents dans l’eau et dans les aliments, les PFAS ont aussi un effet néfaste sur la fertilité ainsi que sur le développement du fœtus.
On retrouve des substances toxiques pour la reproduction dans les produits cosmétiques. Quant au sperme, on sait depuis des années que sa qualité est altérée par la pollution de l’air, et l’exposition aux perturbateurs endocriniens, comme les phtalates.
Qu’a fait le gouvernement contre ça ? Si peu. Ces dernières années ont plutôt été le lit de reculs environnementaux majeurs : fiasco du plan écophyto, censé réduire les pesticides, abandon des ZFE, qui visaient à améliorer la qualité de l’air [1], soutien à la loi Duplomb et à la réintroduction de l’acétamipride, scandale des eaux contaminées, moratoire sur des décisions locales liées à la qualité de l’eau…
Sans parler des cadeaux faits à la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles — syndicat activiste agricole productiviste et pro-pesticides — à l’occasion de la crise agricole, notamment la limitation de la hausse du prix des engrais. Cerise sur le gâteau : à l’automne dernier, le gouvernement prévoyait de réduire drastiquement le budget de la Sécurité sociale, au détriment des malades atteints de pathologies chroniques, comme l’endométriose.
Des conditions de vie hostiles à la parentalité
Alors oui, c’est certainement plus simple de sortir son stylo pour demander aux jeunes de fonder une famille que de se battre contre les lobbies de l’agrochimie… Mais l’hypocrisie a ses limites : on ne peut pas brandir d’une main l’étendard du réarmement démographique, et de l’autre, tirer à balles réelles sur les politiques environnementales.
Sans compter que l’entrée dans la parentalité dépend aussi de facteurs socio-économiques. Comment avoir les moyens de faire des enfants avant 30 ans dans un pays où l’âge du premier CDI est passé de 20 ans en 1975 à environ 27 ans de nos jours ? Quant à l’âge d’accès à la propriété, il atteint environ 34 ans aujourd’hui, avec des prêts d’une durée moyenne de 23 ans pour l’achat d’une résidence principale… contre 13 ans environ en 2001. À cela s’ajoutent l’augmentation du coût de la vie, la difficulté à trouver un mode de garde, etc. Difficile de se projeter dans la parentalité avec de telles conditions d’existence.
À travers cette lettre et son plan fertilité, le gouvernement macroniste a certes raison de rappeler que plus l’âge avance, plus la fertilité diminue. Mais en faisant cela, il fait reposer le problème sur les épaules des jeunes couples, plutôt que de s’attaquer aux problèmes à la racine. « On vous avait prévenus », doit-on alors lire entre les lignes de cette lettre, comme si l’épidémie d’infertilité, qui touche un couple sur huit, était seulement le fruit de comportements individuels. Or l’infertilité, comme le cancer, est politique, et doit appeler une réponse collective, à la hauteur des enjeux sociaux et environnementaux.
Ce plan de relance de la natalité révèle aussi l’ambiance hétéropatriarcale, traditionaliste et raciste de la société dans laquelle s’inscrit ce réarmement démographique. Car à qui demande-t-on de concevoir ? Visiblement pas aux personnes trans, toujours exclues des parcours PMA. Ni aux femmes de Mayotte, à qui l’ARS propose depuis 2023 la ligature des trompes lorsqu’elles se présentent à l’hôpital…