Politicien, climatosceptique, irresponsable

Durée de lecture : 4 minutes

16 septembre 2016 / par kempf

Il y a quelques années, M. Sarkozy proclamait l’écologie comme « conviction ». Il alimente aujourd’hui le climato-scepticisme. Empêchant ainsi le pays de faire face à la réalité.

Jusqu’où le cynisme peut-il aller ? En 2008 et 2009, lorsque l’inquiétude écologiste culminait, le président de la République d’alors se proclamait champion de l’environnement, posait à côté d’Al Gore, lançait le « Grenelle de l’environnement », déclarait que l’écologie « n’est pas un positionnement. C’est une conviction ». Huit ans plus tard, le vent ayant tourné, M. Sarkozy se déclare climatosceptique : « On a fait une conférence sur le climat. On parle beaucoup de dérèglement climatique, c’est très intéressant, mais ça fait 4,5 milliards d’années que le climat change. L’homme n’est pas le seul responsable de ce changement », a-t-il déclaré le 14 septembre.

Sur une question qui engage l’avenir de l’humanité, l’inconstance et la démagogie sont criminelles. Car entraîner l’opinion à refuser la responsabilité humaine dans le changement climatique, donc la dissuader d’agir, revient à accélérer le phénomène. Si les positions des démagogues varient, la réalité, elle, existe. Et refuser d’en tenir compte et de s’y adapter ne conduit qu’à une chose : on en subira encore plus douloureusement les conséquences inévitables.

Je ne démonterai pas, ici, la bêtise et l’ignorance qu’en trois phrases, M. Sarkozy exhibe. Mais constaterai deux faits inquiétants.

Que ce personnage vide de convictions, mais très sensible aux humeurs de son époque, enfourche le climatoscepticisme, signifie qu’il sait entrer en résonance avec un sentiment répandu. Et donc que nombreux sont nos concitoyens à ne pas comprendre et à ne pas accepter la gravité du changement climatique. Ce déni, cette incompréhension attestent que, collectivement, nous ne sommes pas préparés aux temps qui viennent.

Par ailleurs, la saillie du candidat à la présidentielle n’est pas isolée : elle vient après le mot d’un Luc Chatel — le parti Les Républicains « doit être le parti du gaz de schiste et des OGM » — ou les décisions d’un Laurent Wauquiez soutenant Center Parcs et l’autoroute A 45 tout en jouant des chasseurs contre les associations naturalistes. Ces messieurs font le choix de mener une politique destructrice de l’environnement. Le mot de leur chef de bande vient aussi après l’attaque lancée par deux économistes orthodoxes, accusant de « négationnisme économique » ceux qui n’acceptent pas que seule la politique néolibérale soit possible.

La violence des propos et des positions — car le programme économique de M. Sarkozy s’inscrit dans le dogme néolibéral — atteste qu’une partie de l’oligarchie a choisi la guerre sociale : liberté toujours plus grande du capital financier, baisse continue des impôts sur les riches et les grandes entreprises, démantèlement du droit du travail et de la Sécurité sociale, recherche éperdue de la croissance quel qu’en soit l’impact sur l’environnement, refus du changement climatique... Ils s’apprêtent ainsi à jeter de l’huile sur le feu de situations nationales et internationales de plus en plus tendues, parce que l’inégalité devient insupportable à mesure que les tensions économiques et écologiques s’accroissent.

Au moment où M. Sarkozy affichait son climatoscepticisme, deux groupes de responsables produisaient des analyses mieux fondées. Aux États-Unis, un conseil de décideurs militaires a publié une déclaration sur la « sécurité climatique », soulignant son importance pour la stabilité géopolitique :

« Les tensions résultant du changement climatique peuvent augmenter la probabilité de conflits nationaux ou internationaux, la faillite des États, les migrations de masse, et la création de nouvelles régions incontrôlées. (...) Une chose est claire : la trajectoire actuelle du changement climatique présente un risque stratégique significatif pour la sécurité nationale des États-Unis, et l’inaction n’est pas une option raisonnable. »

Quelques jours auparavant, à Bratislava, en Slovaquie, une conférence sur « l’économie verte » avait réuni fonds d’investissement et industriels.

« Le changement climatique pose-t-il un risque systémique ? Je pense que la réponse est oui », déclarait la responsable d’une fonds de pension norvégien, tandis que, pour un de ses collègues néerlandais, « il y aura une transition. Si celle-ci est incontrôlée, elle sera très, très chère ».

Les politiciens démagogues risquent de nous coûter très, très cher.


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Source : Hervé Kempf pour Reporterre

Photos :
. panneau dans rue inondée : Alexis/Flickr

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