Pollution aux PFAS : l’étau autour de Tefal se resserre
La ville de Rumilly (Haute-Savoie) avec les entrepôts et l'usine de l’entreprise Tefal. - © Antoine Boureau / Reporterre
La ville de Rumilly (Haute-Savoie) avec les entrepôts et l'usine de l’entreprise Tefal. - © Antoine Boureau / Reporterre
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Du PFOA, un polluant éternel ultratoxique, a été retrouvé en grandes quantités dans l’eau à proximité de déchets de Tefal chargés en PFAS, selon les résultats d’une campagne citoyenne.
L’usine Tefal de Rumilly (Haute-Savoie) contamine toujours avec ses polluants éternels, trente-cinq ans après l’enfouissement de ses déchets. Dans les eaux souterraines, aux abords de ses dépôts de déchets, ont été retrouvés d’importantes quantités d’un des PFAS les plus dangereux, reconnu cancérogène : le PFOA.
C’est le résultat d’une grande campagne citoyenne d’analyses de PFAS dans l’eau, menée pendant deux mois par les bénévoles de l’association environnementale Agir ensemble pour Rumilly et l’Albanais (Aera). Cette substance chimique, utilisée jusqu’en 2012 par le groupe SEB, se retrouvait dans le revêtement antiadhésif qui fait le succès des poêles Tefal.
Cette campagne citoyenne semble ainsi confirmer la responsabilité historique de l’industriel dans cette pollution massive, que Reporterre a révélé dès janvier dernier. Elle interroge également sur la manière dont ces polluants se diffusent dans l’environnement.
Confirmation d’une vaste pollution
Avec leurs moyens « limités », les bénévoles de l’association Aera, suivant un protocole strict, ont prélevé une vingtaine d’échantillons d’eau tout autour de la ville. Résultats : parmi les 53 PFAS testés, c’est le PFOA qui a été retrouvé en plus grande quantité dans la plupart des prélèvements, avec des pics entre 90 et 95 % à divers endroits.
Jusqu’à 16 052 nanogrammes par litre (ng/l) de cette molécule chimique ont été mesurés en aval hydrologique de la déchèterie du lieu-dit de Broise, soit plus de huit fois la norme de qualité pour les eaux brutes, fixée à 2 000 ng/l. Or, elle aurait reçu des déchets de Tefal contenant des PFAS par le passé. Dans un document que Reporterre s’est procuré, l’industriel n’exclut pas d’avoir rejeté des polluants éternels dans cette décharge publique.
Idem au point de prélèvement d’un rejet d’eau du drain passant sous l’emprise actuelle du site Tefal. 3 428 ng/l de PFOA ont été détectés dans cette zone située à proximité d’un autre ancien dépôt de déchets chargés en PFAS de l’industriel.
Des PFAS dans l’air ?
Ce qui interpelle surtout l’association, c’est un échantillon d’eau éloigné de l’activité de Tefal. 173 ng/l de PFOA ont été retrouvés à l’ouest de Rumilly. Or, « c’est un point de prélèvement déconnecté de la nappe d’eau de Madrid [que l’on sait contaminée au PFOA]. Y a-t-il dès lors un déplacement des PFAS autrement que par l’eau ? » s’interroge Virgile Benoit, membre d’Aera et écologue de profession.
La direction des vents pourrait expliquer ce phénomène, selon l’association, qui formule deux hypothèses : soit le vent a déplacé les PFAS depuis les sols vers l’air à travers des poussières, soit des émissions atmosphériques de PFAS n’auraient pas été identifiées.
Autre résultat surprenant, du PFOA a été retrouvé dans le récupérateur d’eau de pluie de Virgile Benoit, habitant du quartier des Grangettes, tout près de la zone contaminée. « Je l’avais vidé auparavant pour attendre une pluie, précise-t-il. Mais c’est une cuve que j’ai depuis cinq ans et donc dans laquelle, potentiellement, il pouvait y avoir des résidus de PFAS. » L’association ignore toutefois si les 34,5 ng/L de PFOA retrouvés viennent de la pluie ou plutôt de la surface de la cuve.
L’association dans le viseur de Tefal
Certains résultats sont encore difficiles à expliquer, reconnaît l’association, qui veut en « discuter avec des chimistes pour connaître les risques sanitaires, et savoir d’où ces PFAS peuvent provenir ». Car, bien que le service géologique national français (BRGM) ait confirmé les conséquences de la pollution au PFOA par Tefal d’après France 3, il n’est pas question pour l’association d’incriminer l’industriel sans preuve solide.
« On fait attention à ce que l’on dit, admet Virgile Benoit. Un huissier de justice est venu nous voir sous l’ordre des avocats de Tefal suite à un reportage de “Complément d’enquête” [dans le cadre d’une sommation interpellative, en vue d’obtenir des réponses sur leurs analyses] alors qu’à aucun moment, en tant qu’association, nous ne les avions cités. »
Après avoir communiqué ses résultats à la communauté de communes, l’association réfléchit à la manière de partager ses informations avec les habitants de Rumilly — pour beaucoup salariés chez Tefal —, qui se demandent s’ils peuvent continuer à manger les fruits et légumes de leur jardin. Depuis février, la préfecture leur recommande en tout cas de ne plus utiliser l’eau de puits privés pour arroser leur potager.