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Politique

Pour Gabriel Attal, il faut faire « rimer climat avec croissance »

Discours de politique générale de Gabriel Attal devant l’Assemblée nationale, le 30 janvier 2024.

Lors de son discours de politique générale, le Premier ministre a vanté l’action passée du gouvernement, sans expliquer comment il comptait « accélérer » la transition écologique.

Il a mis trois semaines à peaufiner son texte mais, sur les enjeux écologiques, Gabriel Attal n’est rien allé chercher de nouveau. Le Premier ministre a prononcé son discours de politique générale le 30 janvier — il avait été nommé le 9 janvier — devant l’Assemblée nationale. Pendant une heure et demie, le jeune chef de l’exécutif a exposé les grandes orientations de son gouvernement pour les mois à venir. S’il a donné des exemples de nouvelles mesures à faire appliquer dans le domaine de la santé et de la jeunesse, Gabriel Attal est resté dans le statu quo sur la question écologique.

C’est la stratégie du président de la République depuis le remaniement : prétendre que, pour lutter contre le changement climatique et l’effondrement de la biodiversité, le plus gros des actions à entreprendre est déjà en route. « Je ne vais pas vous annoncer un nouveau cap écologique, parce que je pense qu’on a pris des décisions historiques et qu’elles sont les bonnes », s’était déjà vanté Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse le 17 janvier.

Dans la même lignée, Gabriel Attal a affirmé devant l’Assemblée nationale que, même si « le dérèglement climatique nous frappe plus fort, plus souvent, […] notre pays agit avec force, et jamais dans son histoire les émissions de gaz à effet de serre n’ont baissé aussi rapidement que l’an dernier ».

Le Premier ministre fait référence à ce chiffre : selon les données provisoires du Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa), les émissions de gaz à effet de serre (GES) ont diminué de 4,6 % dans les neuf premiers mois de 2023 (par rapport aux neuf premiers mois de 2022).

Certes, c’est bien plus que les années précédentes (-2,5 % en 2022 par rapport à 2021), mais Gabriel Attal fait mine d’ignorer que cette diminution, quoique bienvenue, ne peut pas être entièrement attribuée à l’action gouvernementale. L’Observatoire climat-énergie du Réseau Action Climat (RAC) soulignait en septembre 2023 que les réductions d’émissions avaient été obtenues « en partie grâce à des facteurs conjoncturels, comme des prix de l’énergie élevés et un hiver doux ». Le Haut Conseil pour le climat — créé par Emmanuel Macron lui-même — rappelait également en juin 2023 que le rythme de réduction des émissions de GES allait devoir continuer de s’accélérer, pour espérer tenir les objectifs climatiques de 2030.

Un plan d’action contre la pollution plastique

Estimant que le travail était déjà fait, Gabriel Attal a donc principalement ressassé des mesures qui avaient précédemment été annoncées par Emmanuel Macron : la mise en place de RER métropolitains, l’offre de leasing de véhicules électriques à moins de 100 euros par mois, le développement du transport ferroviaire… Ou encore le plan d’adaptation au changement climatique, préparé par le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu.

Une nouveauté toutefois : le gouvernement va lancer un plan d’action contre la pollution plastique, qui ciblera « les cinquante sites qui mettent le plus d’emballages plastiques sur le marché », sur le modèle du plan qui avait visé les cinquante sites industriels les plus polluants. Gabriel Attal a également affirmé que l’exécutif déposera un deuxième projet de loi Industrie verte, pour « concentrer les travaux de la Commission nationale du débat public sur les projets d’envergure nationale » et gagner « six mois sur les autres projets ». Autrement dit : le gouvernement compte restreindre la participation du public, en ne le consultant que sur certains gros projets. Gabriel Attal a en outre annoncé qu’il lancera un « service civique écologique » d’ici à la fin du quinquennat.

La décroissance, « la fin de notre modèle social »

Gabriel Attal était très attendu sur la question écologique. Comme Premier ministre, il est chargé de la planification écologique et énergétique. Pourtant, depuis sa nomination, il était resté très discret sur le sujet, évoquant à peine l’impératif de « garantir l’avenir de notre planète » lors de la passation de pouvoir avec Élisabeth Borne.

Dans son discours, le chef de l’exécutif a donc voulu marquer le coup, et imprimer sa marque. Pour se définir, il a choisi de dénoncer une « écologie de la brutalité », qui serait supposément portée par l’opposition de gauche. « Pour eux, l’écologie doit être punitive, douloureuse, passer par la désignation de boucs émissaires et par la décroissance. La décroissance, je le redis ici, c’est la fin de notre modèle social, c’est la pauvreté de masse », s’est-il exclamé.

« J’assume d’être à la tête d’un gouvernement pro-énergie nucléaire »

Le chef de l’exécutif a préféré y opposer sa vision de l’écologie, une « écologie populaire, une écologie à la française » — sans la définir. Seulement a-t-il expliqué qu’elle devait inclure les agriculteurs inquiets pour leur avenir, les « élus locaux qui veulent développer leur commune » et les millions de Français « pour qui la voiture est gage de travail ». En citant les emplois qui pourront être créés dans le secteur de la rénovation thermique ou de l’économie circulaire, Gabriel Attal a affirmé qu’il fera « rimer climat avec croissance ».

« J’assume d’être à la tête d’un gouvernement pro-énergie nucléaire avec une majorité pro-énergie nucléaire », a-t-il également lancé dans l’hémicycle, ajoutant que « nous continuerons à développer les énergies renouvelables de la même manière que nous développerons le nucléaire dans notre pays ».

Une manière d’assurer la « souveraineté » de la France — mot qu’il a répété vingt-cinq fois en une heure et demie. À l’inverse, le mot « biodiversité » n’aura été prononcé que deux fois, et sans l’assortir d’annonces ou d’exemples d’actions pour enrayer la sixième extinction de masse. Face aux crises qui s’annoncent, Gabriel Attal reste confiant, comme il l’a affirmé dans sa conclusion : « Nous sommes la France, et rien ne résiste au peuple français. »

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