Pour l’UDI, « réduire le nucléaire à 50 % de la production est utopique »

Durée de lecture : 5 minutes

18 juin 2014 / Barnabé Binctin (Reporterre)



Alors que Ségolène Royal doit présenter aujourd’hui le projet de loi sur la transition énergétique, le parti fondé par Jean-Louis Borloo, l’UDI, a présenté sa proposition de résolution déposée au Parlement. Avec un absent de taille : le nucléaire.


Dehors, les manifestants-grévistes ont investi les jardins des Invalides et se tiennent à quelques mètres des barrages policiers qui protègent l’accès à l’Assemblée nationale. A l’intérieur de celle-ci, les couloirs calfeutrés ne bruissent que des commentaires sur la réforme ferroviaire. C’est dans ce contexte que l’UDI (Union des démocrates et indépendants) tentait d’attirer mardi 17 juin l’attention sur le projet de loi de transition énergétique, qui doit être présenté ce midi par la ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal.

Seuls cinq journalistes, dont Reporterre, étaient venus écouter Bertrand Pancher, député de la Meuse et responsable du pôle Ecologie du parti centriste, et Chantal Jouanno, ancienne secrétaire d’Etat à l’Ecologie et actuellement sénatrice de Paris. Les deux parlementaires ont chacun déposé dans leur chambre une proposition de résolution sur la transition énergétique, visant à souligner les dispositions prioritaires que doit intégrer le projet de loi qui y sera prochainement discuté. Une proposition « ambitieuse, mais réaliste et réalisable », selon Bertrand Pancher. « Car sur la transition énergétique, il est temps que le gouvernement passe de l’incantation à l’action ».

Que dit ce texte ? Que la priorité absolue est de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Et qu’en la matière, il faut « des objectifs plus volontaristes, car si on n’atteint pas 50 % de réduction à l’échelle européenne d’ici 2030, nous n’atteindrons jamais le facteur 4 en 2050 », explique Bertrand Pancher.

- Bertrand Pancher -

Deuxième objectif de la résolution, de nouvelles règles de gouvernance à l’échelle nationale et européenne. L’UDI soutient l’idée d’une Haute-autorité de la transition énergétique qui serait constituée en Autorité administrative indépendante. Pourquoi ? Parce que la transition énergétique ne se fera pas si elle n’est pas « encadrée, vérifiée, stimulée », selon Stephen Boucher, directeur du programme Politiques européennes du climat à la European Climate Foundation et conseiller du groupe UDI sur ces questions. « Je suis frappé par l’exemple des énergies renouvelables : par rapport à l’objectif des 23 % en 2020, on est aujourd’hui sur une trajectoire à 17 % », souligne Bertrand Pancher.

Cela pose la question des moyens, dernier axe de la résolution de l’UDI qui dénonce l’absence d’un cadre fiscal plus précis et appelle à développer la fiscalité du carbone : « Vouloir une transition énergétique sans fiscalité environnementale est un vœu pieux ». A travers les six objectifs mis en avant par la résolution, l’UDI réaffirme une approche pro-européenne et veut donner plus de marge de manœuvre aux collectivités locales : « C’est un texte très décentralisateur. Nous appelons à la mise en place de coopératives énergétiques, dans lesquelles nous croyons beaucoup », précise Chantal Jouanno.

"Réduire le nucléaire à 50 % de la production est utopique"

Toutefois, les parlementaires escamotent la question du nucléaire. Le thème n’est pas abordé une seule fois pendant la présentation. Reporterre s’en étonne :

- Echange à écouter ici :

« Reporterre - Vous n’avez pas abordé une seule fois le sujet du nucléaire…
Bertrand Pancher – Faire passer la part du nucléaire à 50 % dans la production énergétique [sic] en France en 2025 est complètement utopique. Nous pensons qu’il faut développer les énergies renouvelables et c’est d’ailleurs pour ça que nous nous sommes donnés des objectifs ambitieux en la matière à condition de pouvoir les financer, ce qui n’est pas le cas actuellement. Mais même avec cette augmentation de la part des énergies renouvelables, nous pensons que ramener celle du nucléaire à 50 % en 2025 est utopique.
Reporterre - Faut-il inscrire cet objectif dans la loi ?
Bertrand Pancher – S’il est inscrit, cet objectif ne sera pas tenu.
Chantal Jouanno – Mais par contre, réduire la part du nucléaire parce qu’on augmente la part du renouvelable, c’est inscrit dans notre résolution et c’est un objectif atteignable pour 2040.
Reporterre – Quid de la fermeture de Fessenheim, autre engagement présidentiel ?
Bertrand Pancher – Concernant la fermeture de Fessenheim en 2016, ce n’est pas une utopie, c’est impossible. (Rires).
Chantal Jouanno – C’est très théorique, on sait que techniquement… C’est du discours politique.
Reporterre – Cela ne nous donne pas votre position sur le dossier : êtes-vous favorable à la fermeture de Fessenheim ?
Chantal Jouanno – (Hésitation) Moui, à terme, moi ça ne me dérange pas, parce que de toute façon…
Bertrand Pancher – A terme, à terme, à terme… ça ne nous dérange pas, simplement là, c’est irréaliste. »

Plus tard, Chantal Jouanno justifiera ce positionnement sur le nucléaire par la volonté de ne pas en faire « l’alpha et l’oméga » du débat sur la transition énergétique : « On ne veut pas le réduire à l’opposition entre le nucléaire et le renouvelable. Il est dommage que le débat soit complètement cannibalisé par cette question, alors que l’enjeu est la réduction des gaz à effet de serre. Le choix du nucléaire est fondamentalement politique : quel niveau de risque accepte-t-on, ou pas, dans un pays ? Ce n’est pas un débat écologique, parce qu’après tout sur un plan purement écologique, on pourrait dire que le nucléaire provoque peu de gaz à effet de serre, peu d’emprise sur le territoire, donc on pourrait lui donner un bilan sur le plan écologique assez favorable ».





Source et photos : Barnabé Binctin pour Reporterre

Lire aussi : Denis Baupin : « Les écologistes ne voteront pas une loi qui n’inscrirait pas la réduction du nucléaire à 50 % en 2025 »


Cet article a été rédigé par un journaliste professionnel et a entrainé des frais. Merci de soutenir Reporterre :



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