Pour la rénovation énergétique, l’État se plie au lobby du BTP
Selon l'Ordre des architectes, les revirements du gouvernements incarnent « une position de court terme qui engage une dépense publique importante aux résultats discutables et qui n’apporte pas l’efficacité énergétique souhaitée ». - CC BY 2.0 / Energiesprong International via Flickr
Selon l'Ordre des architectes, les revirements du gouvernements incarnent « une position de court terme qui engage une dépense publique importante aux résultats discutables et qui n’apporte pas l’efficacité énergétique souhaitée ». - CC BY 2.0 / Energiesprong International via Flickr
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Alors que l’exécutif avait enfin lancé des mesures ambitieuses en matière de rénovation énergétique, le nouveau gouvernement multiplie les contre-déclarations. À la seule satisfaction des entreprises du BTP.
Un pas en avant, trois pas en arrière, c’est la politique en matière de rénovation des logements. Mi-février, Bruno le Maire, à peine renommé ministre des Finances, avait déjà annoncé le rabotage d’un milliard d’euros de budget supplémentaire alloué à l’Agence nationale de l’habitat.
Ce 8 mars, c’est Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique qui a détaillé lors d’une réunion avec les entreprises du BTP une série de mesures visant à « augmenter le nombre de rénovations énergétiques ». Une formule audacieuse puisque qu’elle sonne plutôt un coup d’arrêt à la réforme entrée en vigueur il y a a peine deux mois et qui visait à recentrer les financements vers les rénovations globales et ambitieuses.
Le retour des « monogestes »
À peine supprimés, voilà que reviennent les financements publics pour les « monogestes », réputés moins efficaces que les rénovations globales. Les travaux uniques d’isolation ou d’installations de chauffage dit « bas-carbone » seront aidés dans les logements les plus énergivores, au moins jusqu’à fin décembre 2024. Plus encore, ces aides pourront pendant une année de plus être accordées sans obligation de réaliser un diagnostic de performance énergétique (DPE).
Enfin, le pouvoir entend simplifier l’obtention du label RGE — qui certifie les entreprises habilitées à faire des travaux — en ouvrant la possibilité d’être labellisé sur simple présentation d’un certificat de travaux. « Mieux vaut une rénovation globale à un monogeste, mais mieux vaut un monogeste plutôt que pas de rénovation du tout », s’est justifié le ministre de la Transition écologique vendredi dernier.
Joie dans le BTP
« Mieux vaut » mais pour qui ? Avant tout pour les entreprises du bâtiment. Elles qui souffraient hier d’être débordées s’alarment depuis des mois de la baisse des mises en chantiers et des difficultés de l’immobilier. En décembre, la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb) avait lancé un « appel de la dernière chance » pour pousser le gouvernement à relancer et à simplifier le marché de la rénovation énergétique.
Victoire : ce 8 mars, la Capeb se disait « particulièrement satisfait de ce dialogue constructif » tandis que la Fédération française du bâtiment se réjouissait le même jour « d’avancées concrètes » qu’elle espère voir mises en œuvre « très vite ».
« Une position de court terme »
Sauf que le dialogue n’a pas eu lieu avec tout le monde. Les acteurs de la lutte contre la pauvreté et la précarité énergétique ont été oubliés. Ainsi Isabelle Gasquet, du Cler - réseau pour la transition énergétique -, considère ces décisions à la fois comme incompréhensibles et inquiétantes : « Nous avions travaillé toute l’année 2023 pour aboutir en décembre à une réforme qui avait vocation à favoriser des rénovations performantes. Et là, on laisse entendre qu’on revient déjà en arrière », regrette-t-elle.
L’Ordre des architectes déplorait également le 28 février dernier « une position de court terme qui engage une dépense publique importante aux résultats discutables et qui n’apporte pas l’efficacité énergétique souhaitée ».
Le comble c’est que sur le terrain, les remontées de ce virage vers les rénovations performantes semblaient plutôt encourageantes. Car si le nombre de dossiers déposés pour des rénovations a bien fortement diminué en janvier et février 2024 (- 40 %) par rapport à la même période en 2023, en parallèle, le nombre de demandes d’accompagnement, lui, a explosé.
Les demandes d’accompagnement en forte hausse
Depuis le début d’année, le réseau Soliha indique à Reporterre faire face à une sursollicitation, avec + 78 % des demandes d’accompagnement par rapport à janvier-février 2023. Car qui dit travaux accompagnés dit aussi des travaux mieux réfléchis, par bouquet, avec des artisans qui doivent se coordonner.
Si ces chantiers plus complexes ne semblent pas immédiatement satisfaire les intérêts des entreprises du bâtiment, l’enjeu du secteur demeure de « basculer les emplois actuellement affectés à la construction de bâtiment neufs vers ceux de la rénovation performante », analyse Vincent Legrand, président de Doremi. Une réunion est toujours attendue avec l’ensemble des acteurs d’ici fin mars, mais le ministère a d’ores et déjà annoncé que les décrets d’application pourraient être pris « dans les jours ou semaines qui viennent ».