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ReportageAlternatives

Pour tester les low-tech, cette asso les loue à la semaine

Les low-tech permettent d'économiser l'eau et l'énergie, et sont souvent ludiques.

Dans le Var, l’association Lowbjethèque propose des objets low-tech à louer. Le but : démocratiser l’usage des marmites norvégiennes, fours solaires, machines à laver manuelles...

La Garde (Var), reportage

« T’avais déjà vu ce four solaire, toi ? » Sur les escaliers en pierres du domaine de Massacan, à La Garde, dans le Var, une quinzaine d’objets sont disposés sous le soleil méditerranéen de ce mois de mars. Certains sont reconnaissables, d’autres plus énigmatiques, tous sont proposés à la location par Lowbjethèque. Pensée sur le modèle des bibliothèques d’objets qui permettent de prêter ou louer toutes sortes d’objets du quotidien, cette association créée en 2024 par Sophie Ayoubi et Valentin Douarre est la seule à proposer, à ce jour, un large catalogue d’objets low-tech.

« Le mot low-tech peut faire un peu peur. Il donne l’impression d’être réservé aux ingénieurs, dit Sophie Ayoubi en finissant d’installer les low-tech pour les présenter aux bénévoles. Du fait de leur simplicité de fabrication et d’utilisation, c’est pourtant tout l’inverse ! » Par opposition aux objets high-tech, les low-tech sont pensés pour être utiles, accessibles (tant d’un point de vue financier que par leur conception) et durables au regard des limites planétaires, selon la définition qu’en donne le Low-Tech Lab.

Un four solaire en démonstration. © Cécile Massin / Reporterre

« Comme les low-tech sortent de l’ordinaire, on ne peut pas se contenter de les mettre à louer dans notre catalogue d’objets pour que ça marche, insiste Sophie Ayoubi. Il y a tout un travail de pédagogie à faire, qui passe par le fait d’expliquer leur fonctionnement. »

« Des économies d’énergie, mais aussi pour nos porte-monnaies »

C’est la mission de ce mercredi, qui débute par la présentation d’un objet phare de Lowbjethèque : la marmite norvégienne. Ce contenant très isolant permet de poursuivre la cuisson d’un plat sans gaz ni électricité sur le principe ancestral de la cuisson à l’étouffée. « Depuis que j’ai découvert la marmite norvégienne, je m’en sers dès que je peux, dit Dominique Mozzi. Je suis partante pour essayer tout ce qui permet de faire des économies d’énergie », poursuit la retraitée et bénévole de l’association.

Un autre objet low-tech — un four solaire — attire l’attention des bénévoles. Là encore, le fonctionnement est particulièrement simple. Une boîte, isolée thermiquement, au couvercle transparent et aux faces intérieures réfléchissantes, permet de cuire des plats à jusqu’à 140 °C, dès lors que le four est exposé au soleil. « Avant de tester, j’avais des doutes », confesse Camille Raymond. « Franchement, j’ai été bluffée », poursuit l’une des dix bénévoles actives de l’association.

Utile pour laver quelques vêtements, cette machine manuelle à laver le linge fait aussi partie des low-tech empruntables. © Cécile Massin / Reporterre

Enthousiaste, Isabelle Fousnaquer s’interroge. « Quels plats peut-on faire avec ? » demande la bénévole. Camille Raymond conseille de démarrer par du riz à la tomate ou un gâteau courgette-chocolat. « Il faut toujours adapter un peu les quantités par rapport à une recette classique », prévient cette dernière, qui avoue avoir essuyé quelques déconvenues culinaires. Sophie Ayoubi ajoute : « Il faut toujours veiller à prendre des maniques et des lunettes de soleil ! »

Au-delà du côté gadget, l’utilité du four solaire est réelle. En été, dans le sud de la France, utiliser un four solaire plutôt qu’un four classique permet de ne pas surchauffer son habitation. « Ça permet aussi de faire des économies, insiste Isabelle Fousnaquer, une autre bénévole qui, comme beaucoup de retraités, vit avec un peu de revenus. On économise l’énergie, mais aussi nos porte-monnaies », dit-elle.

Tester des low-tech avant un éventuel achat

On présente ensuite le cuicui, un plat en terre cuite qui, grâce à la superposition de contenants, permet de cuire plusieurs plats à la fois ; puis une machine manuelle à laver le linge (utile pour laver quelques vêtements) ; une tireuse à bières ou à limonade qui fonctionne sans électricité grâce à une pompe à vélo (« très utile pour un pique-nique sur la plage », dit une bénévole, amusée) ; une perceuse manuelle (ou « chignole »), à utiliser lors de travaux sans accès à l’électricité, comme sur un bateau... Autant de façons ludiques d’économiser de l’eau et de l’énergie.

Les bénévoles de Lowbjethèque découvrent elles aussi l’usage des low-tech proposés à l’association. © Cécile Massin / Reporterre

« Certains objets low-tech de notre catalogue existent aussi en version classique, précise Sophie Ayoubi, cofondatrice de l’association. On a par exemple une perceuse électrique et une chignole, ce qui permet de tester une alternative low-tech sans y être obligé. On défend le fait d’y aller pas à pas. » Depuis la création de Lowbjethèque, une trentaine d’objets ont été loués, dont dix low-tech. Ils sont empruntés plus ou moins régulièrement.

Tester un objet permet aussi de vérifier qu’il correspond à ses besoins avant de se lancer dans un éventuel achat, d’autant que le coût peut être élevé. La location d’une marmite norvégienne de quatre couverts coûte par exemple 12 euros la semaine (en plus de l’adhésion annuelle à Lowbjethèque) contre 120 euros minimum à l’achat. La location d’un four solaire revient, elle, à 27 euros la semaine, contre plusieurs centaines d’euros à l’achat.

Si l’adhésion annuelle à Lowbjethèque coûte 30 euros, il existe un tarif solidaire à 5 euros pour les petits budgets (étudiants, chômeurs, allocataires du RSA...). Par ailleurs, le prix de location « correspond à environ 10 % du coût de l’objet neuf. Ce seuil permet d’inciter à l’emprunt plutôt qu’à l’achat. Pour les objets low-tech, celui-ci a été abaissé à 5 % pour favoriser l’accessibilité financière d’objets au coût d’acquisition élevé », explique-t-on. Des subventions participent à financer l’association, et ainsi ces tarifs réduits.

Parmi les bénévoles de Lowbjethèque, certaines ont été attirées par l’aspect environnemental de la démarche, d’autres plutôt par l’aspect économique. © Cécile Massin / Reporterre

Réussir à toucher le grand public

Pour l’heure, Lowbjethèque — dont les low-tech proviennent principalement des achats personnels de Sophie Ayoubi, de dons de concepteurs comme Solar Brother ou d’achats communs avec d’autres associations de la région — est la seule bibliothèque d’objets à s’être spécialisée dans les low-tech. Mais « on reçoit des appels de bibliothèques d’objets qui veulent intégrer des low-tech à leur catalogue et des appels de communautés low-tech qui réfléchissent à louer certains de leurs objets, s’enthousiasme Sophie Ayoubi. Ça veut dire que l’idée commence à essaimer. »

Elle ne nie par pour autant les freins qui font des low-tech un sujet encore confidentiel. « Parmi notre soixantaine d’adhérents, ceux qui empruntent des low-tech sont souvent dans une démarche décroissante, dit-elle. Tout l’enjeu est d’arriver à toucher un autre public. » Ces adhérents sont d’ailleurs surtout des adhérentes : ce sont des femmes, surnommées « les ressourcières », qui tiennent l’association où se trouvent seulement quatre hommes actifs.

L’association, qui gère également un repair café, participe ainsi à des ateliers pour présenter son catalogue d’objets et sensibiliser le grand public à la sobriété technologique. Sophie Ayoubi, elle, y a été familiarisée grâce aux travaux de l’économiste Timothée Parrique, des journalistes Jacques Tiberi (rédacteur en chef du Low-Tech Journal) et Paloma Moritz et du réalisateur et militant Cyril Dion.

Le cuicui, un plat en terre cuite qui, grâce à la superposition de contenants, permet de cuire plusieurs plats à la fois. © Cécile Massin / Reporterre

L’association veut continuer à se développer avec l’acquisition de nouveaux objets low-tech comme une tondeuse manuelle, et son installation dans des locaux pérennes. « On espère récupérer un local à La Garde, où les low-tech pourraient être visibles en vitrine, se prend à rêver à voix haute celle qui travaille quatre jours par semaine comme responsable RSE. Ça permettrait de piquer la curiosité des passants ! »

D’ici là, tandis que la permanence hebdomadaire touche à sa fin, une bénévole songe à embarquer chez elle un four solaire, une autre repart avec un livre de recettes pour le cuicui, avant de se dire les unes les autres à la semaine prochaine, sans faute. « Parfois, je me dis que les objets sont presque un prétexte, dit Sophie Ayoubi. Ce qui compte c’est de faire du lien. »

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